Fille de Camille Laurens

Je n’ai jamais considéré qu’être une fille était une tare pourtant Camille Laurens vient de passer plus de 200 pages à tenter de me prouver le contraire. Un roman étonnant qui m’a fait passer par une multitude de sentiments.

Fille de Camille Laurens (éditions Gallimard)

Fille de Camille Laurens (éditions Gallimard)

Tout a très mal commencé entre ce roman et moi, l’entrée en matière m’a excédée par son côté geignard. A peine née la petite Laurence Barraqué est déjà cataloguée comme un sous-être parce que née fille au lieu d’être le garçon tant espéré par son père. L’auteure s’adresse directement à cet enfant à travers un « tu » qui donne le sentiment qu’elle lui fait entrer dans son petit crâne à peine formé que toute sa vie elle devra porter le poids de n’être qu’une fille. Elle lui assène une vérité qui ne souffre d’aucune contradiction car elle, la narratrice, le sait du haut de son expérience que naître fille est une calamité. En réalité, on peut considérer que l’auteure s’adresse à elle-même enfant puisque ce roman est inspiré de sa vie mais la manière dont les choses sont amenées m’a fortement déplu, au point d’émettre de sérieux doutes sur ma capacité à venir à bout de ce roman. Sans beaucoup de faits auxquels se raccrocher, l’auteure martèle son idée-force : c’est terrible d’être née fille.

Je suis précoce, comme fille, oui, ou plutôt, précoce comme une fille : je parle mieux que je ne bouge, j’écoute mieux que je ne cours, je préfère jouer avec les mots qu’à chat perché ». Il paraît que la langue est notre privilège, à nous qui apprenons si tôt à limiter notre corps. La parole est notre Nautilus, elle a ses abysses.

Or, cette idée va à l’encontre de celle de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme : on le devient ». Chez Camille Laurens, il y a un déterminisme qui empêche toute possibilité d’évolution. Laurence est née fille, elle sera femme, on l’a décidé pour elle, elle n’a pas voix au chapitre, c’est ainsi depuis la nuit des temps et qu’elle ne s’attende pas à des miracles, elle n’est qu’une fille après tout et fera ce qu’une fille sait faire, point. Un tel discours en plus d’être agaçant devient assez vite plombant.

Garce. Le mot revient et la hante. C’est une injure. Mains n’est-ce pas d’abord le féminin de garçon ? Tout ce qui est féminin déçoit, déchoit, elle le sait désormais. Garçon, c’est un constat. Garce, c’est un jugement.

Et puis le livre bascule dans un autre registre. Tandis que Laurence grandit, la narration passe à la première personne. Enfin Laurence est en capacité de raconter sa propre histoire sans que l’on parle pour elle. Certes, elle nous dit peu ou prou la même chose : une fille est toujours inférieure à un garçon, les faits le prouvent cette fois, la langue le dit. Mais son histoire, jalonnée d’épreuves dramatiques m’a touchée et plus encore intéressée. J’ai fait un peu abstraction du thème définitivement orienté de ce roman pour m’intéresser à la personne de Laurence. Les généralités, très peu pour moi, mais la singularité d’un vécu, d’un parcours de vie, ça, ça me parle.

A partir de ce jour, je ne la lâche plus. […] Elle a été un garçon manqué, elle va devenir une fille réussie.

En définitive, je reconnais qu’être fille puis femme peut ajouter des difficultés à l’existence mais surtout grâce à ce roman j’ai pris davantage la mesure du chemin parcouru depuis les années 60. Laurence est née en 1959, ce roman est un très bon rappel des combats qui ont dû être menés pour que les femmes des années 2000 n’aient plus à s’excuser d’être nées filles. J’ai donc fini ce livre en révisant ma position à son sujet et j’ai même été éblouie par l’écriture ciselée de Camille Laurens. Quelle plume ! Il y a des passages mémorables dans ce livre et des jeux avec la langue qui démontrent une grande finesse d’esprit. Heureusement que le goût amer de ce premier chapitre ne m’a finalement pas dissuadée de persévérer, autrement je serais passée à côté d’un très beau moment de littérature.

Si je ne suis pas d’accord avec la généralisation du constat de Camille Laurens, je suis en revanche totalement convaincue par son style. Un étrange coup de cœur que celui-ci qui m’oblige à dissocier quelque peu fond et forme.


L’ESSENTIEL

Couverture de Fille de Camille Laurens

Couverture de Fille de Camille Laurens

Fille
Camille LAURENS
Editions Gallimard
Sorti le 20/08/2020 en GF
240 pages 

Genre : roman contemporain auto-biographique
Personnages : Laurence Barraqué, sa soeur Claude, ses parents, Christian son mari et Alice
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤❤
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : Chavirer de Lola Lafon, L’empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich, Le consentement de Vanessa Springora, Les choses humaines de Karine Tuil

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

FILLE, nom féminin 1. Personne de sexe féminin considérée par rapport à son père, à sa mère. 2. Enfant de sexe féminin. 3. (Vieilli.) Femme non mariée. 4. Prostituée. Laurence Barraqué grandit avec sa soeur dans les années 1960 à Rouen. « Vous avez des enfants ? demande-t-on à son père. – Non, j’ai deux filles » , répond-il. Naître garçon aurait sans doute facilité les choses. Un garçon, c’est toujours mieux qu’une garce. Puis Laurence devient mère dans les années 1990. Etre une fille, avoir une fille : comment faire ? Que transmettre ? L’écriture de Camille Laurens atteint ici une maîtrise exceptionnelle qui restitue les mouvements intimes au sein des mutations sociales et met en lumière l’importance des mots dans la construction d’une vie.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Fille

  • Parce que la plume de Camille Laurens vaut à elle seule de plonger dans ce roman
  • Parce que la réflexion sur le choix des mots et ce qu’ils font peser sur nous est passionnante
  • Parce que la réflexion sur l’évolution de la place des femmes ces soixante dernières années est intéressante

3 raisons de ne pas lire Fille

  • Parce qu’il y a une espèce de victimisation des femmes assez pénible
  • Parce que les intentions de l’auteure sont tellement claires depuis le départ que tout le récit semble tourner autour de cette idée, comme une obsession
  • Parce que la généralisation du propos laisse penser que toutes les femmes ont vécu ce que décrit Camille Laurens, ça manque de nuances

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