Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell

Entourées d’une vive polémique, la réédition et nouvelle traduction d’Autant en emporte le vent ont titillé ma curiosité. Je voulais enfin lire ce roman pour me faire ma propre idée, et elle est faite…

Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell (éditions Gallmeister)

Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell (éditions Gallmeister)

J’ai mis un temps infini à venir à bout du premier tome des aventures de Scarlett O’Hara. Je ne pensais pas qu’Autant en emporte le vent allait m’accompagner aussi longtemps mais ce roman est si dense qu’il m’a fallu le poser de temps à autre pour lire d’autres choses. Ce roman fleuve a séduit des générations de lecteurs tout autant qu’il a suscité de vives polémiques sur la portée raciste de son contenu. Ce sont ces polémiques qui m’ont donné envie de le découvrir à mon tour. Face aux attaques dont Margaret Mitchell et la réédition de ce roman ont fait l’objet ces derniers temps sur les réseaux sociaux il me fallait le lire pour me faire ma propre idée. Certes celle-ci n’est encore que partielle puisqu’il me reste le tome 2 à lire mais j’y vois déjà plus clair dans toute cette histoire et surtout, j’ai enfin un avis sur la question.

Je ne vais pas vous faire un résumé de l’intrigue, tout le monde la connait ou presque, alors je vais passer directement à mon ressenti. Si je devais évaluer Autant en emporte le vent comme un livre dont je n’ai jamais entendu parler auparavant, je dirais que c’est assurément un grand roman dans le sens du roman fleuve, qui vous fait évoluer dans une atmosphère dont il est difficile de s’extraire. Tout y est minutieusement décrit, rendant cette histoire et les personnages extrêmement visuels. C’est un roman que l’on imagine écrit à une époque où les divertissements étaient rares et où un tel pavé pouvait se lire des soirées entières au coin du feu. En cela, il appartient au passé, sa forme et sa construction ne cadrant pas avec les standards actuels. J’ai beaucoup aimé ce charme désuet même si j’ai souvent regretté des descriptions interminables et des longueurs qui me poussaient à refermer ce livre pour vaquer à d’autres occupations. Mais j’y revenais à chaque fois, fascinée par le personnage de Scarlett, plus complexe qu’il n’y parait pendant les premières centaines de pages de ce livre. Evidemment, la jeune O’Hara est détestable de suffisance, d’égoïsme, de froideur mais c’est aussi une femme avec un tempérament de feu, une guerrière. Par opposition, Melanie, la femme de son Ashley tant convoité fait pâle figure alors même qu’elle possède les mêmes forces mais sous des abords bien plus aimables. La méchanceté apporte du relief au personnage, on n’aime pas vraiment les gentils en littérature… Et c’est tout aussi vrai pour les personnages masculins puisque Rhett Butler paraît éminemment plus charismatique sous ses abords de dragueur impénitent doublé d’un salaud que le brave et fiable Ashley.

– Honte ? Vous devriez mourir de honte. Nous abandonner ici, seules, sans défense…
– Chère Scarlett ! Vous n’êtes pas sans défense. Quiconque est aussi égoïste et déterminé que vous n’est jamais sans défense. Que Dieu vienne en aide aux Yankees si jamais ils vous attrapaient.

Maintenant si j’en viens au fond du problème, à savoir l’idéologie nauséabonde qui se dégage de ce roman pour certains, je suis au regret de ne pas partager leur point de vue sur la question. Entendons-nous bien, je ne suis pas du tout en train de dire que ce roman n’est pas choquant par bien des aspects et que la manière de traiter le sort des esclaves correspond à une réalité, il suffit de confronter ce roman à d’autres comme Beloved de Toni Morrison pour voir immédiatement que l’on est ici dans le fantasme le plus pur. Mais c’est bien cela que nous propose ce roman : le fantasme d’une vie de Sudiste entouré de ses esclaves dans une plantation de coton. Que nous dit Margaret Mitchell dans ce roman ? Rien d’autre que ce que pensaient les Sudistes au moment de la guerre de Sécession, à savoir que les nègres n’étaient que des petits animaux sans défense, incapables de survivre sans leur maître blanc qui leur apporte sécurité et nourriture. Est-ce abjecte comme pensée ? Evidemment ! Mais cela correspond à ce que pensaient les personnes qui ont inspiré les personnages de Margaret Mitchell. Il est normal qu’elle leur prête ce genre de pensée, normal qu’elle évoque des nègres heureux de travailler pour leur maître, non parce qu’ils étaient réellement heureux mais parce que c’est ce qu’aimaient à penser leurs maîtres. On n’imaginerait pas un roman consacré à une famille nazie en pleine guerre, s’appesantir sur le sort des juifs. Si Autant en emporte le vent est un roman sur fond historique, il n’est pas l’Histoire. Il ne vise aucune impartialité, aucune réalité mais croque une société dans sa manière de vivre et de penser. Aurait-il fallu faire précéder cette réédition d’une note explicative, d’un contexte ? Peut-être mais là encore je n’en suis pas certaine. On peut aussi faire confiance au lecteur et à sa capacité de discernement. Qui aujourd’hui sain d’esprit pourrait remettre en cause les abominations de l’esclavage ? (J’ai bien dit sain d’esprit…)

– Les Yankees ne vous feront pas de mal, mais la typhoïde si.
– Les Yankees ne me feront pas de mal ! Comment pouvez-vous proférer un tel mensonge ?
– Ma chère petite, les Yankees ne sont pas des démons. Ils n’ont ni cornes ni sabots, comme vous semblez le penser. Ils ressemblent beaucoup aux Sudistes – exception faite de leurs mauvaises manières, naturellement, et de leurs terribles accents.

Alors, Margaret Mitchell était-elle raciste ? Peut-être, je ne sais pas, je n’ai jamais étudié sa biographie en détail ni n’ai jamais eu l’occasion de lui poser la question mais je n’en suis pas certaine si je me fie à ce que je viens de lire. Elle s’est très certainement appuyée sur l’histoire de ses ancêtres sudistes pour élaborer ce roman et donner énormément de matière à ses personnages. Mais à plusieurs reprises j’ai eu le sentiment qu’en filigrane elle montrait qu’elle n’y croyait pas ou plus. Peut-être l’ai-je mal lue mais j’en retiens que très régulièrement les Sudistes sont présentés comme des fous qui ne se rendent pas compte qu’ils sont vaincus d’avance. Rhett n’a de cesse d’ouvrir les yeux de Scarlett sur ce qu’il va advenir. Cette vie dorée est terminée, les Sudistes en ont fini de manger leur pain blanc et de vivre du travail de leurs esclaves. Je n’ai pas perçu comme d’autres de regrets de la part de l’auteure pour cette période révolue, si regrets il y a, ce sont ceux exprimés par Scarlett ou par ses sœurs. Je n’ai pas eu le sentiment de lire que « c’était mieux avant ». Mais encore une fois, je suis bien incapable de dire ce que l’auteure avait comme réelles intentions et je n’ai pas envie de la condamner à l’aveugle pour un roman écrit il y a près d’un siècle.

La question reste donc posée : doit-on moraliser la fiction ? Lui donner le sens que l’on souhaite ? Faut-il regarder une œuvre du passé ou traitant du passé avec notre regard d’aujourd’hui ? Je pense que oui, car cela nous rassure sur le fait que nous évoluons dans le bon sens sur ces questions. Oui, pour continuer à tracer notre chemin avec humanité et discernement mais certainement pas pour modifier ce qui nous gêne dans le passé. Appuyons-nous sur ce qui choque aujourd’hui nos consciences, c’est une démarche qui me semble bien plus salutaire.

Je vais bientôt attaquer le tome 2, mais en audio cette fois car j’ai pu écouter un long extrait et la voix de Caroline Maillard m’a conquise en apportant un souffle romanesque supplémentaire à ce roman.


Intéressé par le livre audio Autant en emporte le vent ?

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Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell


L’ESSENTIEL

Couverture de Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell

Couverture de Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell

Autant en emporte le vent (tome 1)
Margaret MITCHELL
Editions Gallmeister
Sorti le 11/06/2020 en poche et le 04/09/2020 en audio
720 pages (24h14 d’écoute)
Lu par Caroline Maillard

Genre : roman sur fond historique
Personnages : Scarlett O’Hara, Rhett Butler, Ashley Wilkes, Melanie Hamilton
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : Autant en emporte le vent (Tome 2) évidemment et, sur le thème de l’esclavage Beloved de Toni Morrison

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

1861, Géorgie. A tout juste seize ans, Scarlett O’Hara a devant elle l’avenir radieux d’une riche héritière de Tara, une importante plantation de coton. Mais la guerre civile est sur le point de plonger dans le chaos le pays tout entier, et Scarlett a le coeur brisé : Ashley Wilkes vient d’en épouser une autre. Pour fuir son chagrin, elle va s’installer à Atlanta, impatiente de goûter à l’énergie d’une grande ville. Là, un certain Rhett Butler, à la réputation douteuse de contrebandier, commence à s’intéresser à Scarlett, attiré par son caractère rebelle. Un duel de séduction s’engage alors, et ils vivront ensemble les pires heures du siège d’Atlanta.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Autant en emporte le vent

  1. Parce que c’est un classique qui a bercé des générations de lecteurs
  2. Parce que Scarlette O’Hara est certainement l’un des personnages de fiction les plus connus au monde
  3. Parce que quoi qu’on en dise, c’est et ça restera un chef-d’œuvre, un roman hors normes

3 raisons de ne pas lire Autant en emporte le vent

  1. Parce que vous allez bondir quand vous allez lire la manière dont les Noirs y sont perçus
  2. Parce que c’est un roman extrêmement dense et qui souffre tout de même de pas mal de longueurs
  3. Parce que les amourettes de Scarlette O’Hara vous indiffèrent totalement

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