Bientôt dans ma PAL ? #15

Dans l’esprit des Premières Lignesj’ai envie de partager avec vous un autre rendez-vous hebdomadaire : celui de livres qui me tentent, et qui rejoindront (peut-être ?) bientôt ma PAL. Et ce n’est ni en fonction des sorties littéraires, ni des différents challenges ou prix : juste ceux qui me parlent au moment où ils me tombent sous la main…

Refuges (Les)

de Jérôme LOUBRY

Valérie lança le bâton avec détermination. Celui-ci suivit une courbe haute, défia les nuages gris avant de retomber sur le sable. Immédiatement, le labrador beige se rua à sa poursuite, le saisit dans sa gueule, remua la queue de plaisir puis retourna en direction de sa maîtresse qui avançait d’un pas nonchalant le long de la plage.
– Allez ! Rapporte !
Valérie se pencha, félicita son compagnon et jeta de nouveau le morceau de bois flotté. Le vent du début d’automne soufflait une brise fraîche et légère. L’odeur du sel et des algues marines battues par les flots enivrait le rivage tandis que la lumière blafarde d’un soleil à peine éveillé perçait avec difficulté la couverture de nuages bas.
Tous les matins, Valérie et Gus, son chien âgé de deux ans, se baladaient le long de l’océan. Un rituel immuable. Qu’il vente ou qu’il pleuve. Cette promenade quotidienne n’était pas seulement la promesse d’un instant complice. Elle permettait surtout à la jeune femme d’inspirer à pleins poumons la liberté dont elle avait dû se passer durant de trop nombreuses années.
Valérie abandonna un court moment le labrador pour se poster face aux vagues qui s’échouaient tendrement à ses pieds.
Elle ferma les yeux et écouta.
Rien.
Rien de plus que le vrombissement des rouleaux et le cri des mouettes.
Aucun Stuka allemand hurlant à travers les nuages.
Aucun silence pesant comme celui qui accompagne la funeste descente d’une ogive carnassière.
Aucune sirène antiaérienne implorant les habitants de se terrer dans leurs caves.
Aucun murmure de résignation des gens autour, tous agglutinés dans des abris de fortune, n’osant lever le nez de peur d’attirer, par un simple regard épuisé d’effroi et de mort, le terrible éclair.
Valérie soupira tandis qu’un sourire se dessinait sur ses lèvres. Elle rouvrit les yeux, aperçut la minuscule silhouette d’une île au large, blottie dans le brouillard marin, puis se retourna vers les bâtiments du front de mer. Son visage se fit plus sombre. Le voile des douleurs et des souvenirs stria son front de rides, mais promis – elle se l’était répété une heure plus tôt en enfilant sa veste –, elle ne pleurerait pas. Les stigmates de la guerre ne s’étaient pas tous enfuis à la Libération. Des vitres brisées, des façades éventrées, des toits mutilés… Il faudra du temps, beaucoup de temps pour réparer le néant, songea-t-elle face aux ruines.
Un jappement l’extirpa de ses pensées au moment même où elle sentait une boule de tristesse grandir dans sa gorge. À quelques mètres, Gus était couché et ne bougeait plus, apparemment effrayé par le nuage de mouettes qui stagnait au-dessus de la plage puis plongeait en piqué non loin de lui.
Valérie s’approcha, s’accroupit à ses côtés et le caressa.
– On a peur d’une volée d’oiseaux ? lui murmura-t-elle d’un ton moqueur.
Pourtant, c’était vrai qu’elles étaient nombreuses ces mouettes. En voir autant s’élever dans le ciel puis retomber vers le sable l’intrigua. D’habitude, ces volatiles ne se regroupaient que par petites bandes de dix, parfois de vingt, mais rarement plus. Du moins, pas dans ses souvenirs. Mais à ce moment, elle l’aurait parié, plus d’une centaine de spécimens surchargeait l’air de mouvements d’ailes et de claquements de bec.
Que peut-il y avoir là-bas ? se demanda-t-elle en se relevant. Eh bien reste ici si tu veux, le froussard. Moi, je vais voir de plus près.
La jeune femme laissa son chien, qui poussa un cri plaintif que le rire des mouettes rendit inaudible. Elle se dirigea vers l’attroupement le plus large, à une cinquantaine de mètres, juste au bord du rivage. Par habitude, comme lorsqu’elle arpentait seule les rues de son quartier, carnet de rationnement en main, pour aller retirer de quoi nourrir sa mère et ses frères, elle jeta un regard panoramique autour d’elle pour vérifier qu’aucun danger ne la menaçait.
Il n’y avait personne.
Le décor demeurait le même : d’un côté, les ruines silencieuses, et de l’autre, la mer, froide et indolente, avec au-delà cette île, à peine perceptible, qui ne ressemblait qu’à un minuscule caillou. Les ombres inquiétantes qui hantaient les recoins de la  ville s’étaient dissipées depuis longtemps avec l’arrivée des Américains. Les regards que l’on devinait en arpentant les rues – regards hostiles ou effrayés, à l’époque, il était bien difficile de les différencier – ne pesaient plus sur ses épaules au point de recroqueviller son corps pour le faire plus discret.
À présent, la liberté lui permettait de se tenir droite et de marcher sur la plage sans crainte. mais elle ne la débarrassait pas encore de ses anciens réflexes de persécutée.

Bientôt dans ma PAL ? #15

Résumé :
Installée en Normandie depuis peu, Sandrine est priée d’aller vider la maison de sa grand-mère, une originale qui vivait seule sur une île minuscule, pas très loin de la côte.
Lorsqu’elle débarque sur cette île grise et froide, Sandrine découvre une poignée d’habitants âgés organisés en quasi autarcie. 
Tous décrivent sa grand-mère comme une personne charmante, loin de l’image que Sandrine en a. 
Pourtant, l’atmosphère est étrange ici. En quelques heures, Sandrine se rend compte que les habitants cachent un secret. 
Quelque chose ou quelqu’un les terrifie. Mais alors pourquoi aucun d’entre eux ne quitte-t-il jamais l’île ? 
Qu’est-il arrivé aux enfants du camp de vacances précipitamment fermé en 1949 ? 
Qui était vraiment sa grand-mère ? 
Sandrine sera retrouvée quelques jours plus tard, errant sur une plage du continent, ses vêtements couverts d’un sang qui n’est pas le sien…

278 pages – Éditions de l’épée – Broché – Kindle – 04/09/2019

J’avais bien aimé Le douzième chapitre, j’ai donc hâte de retrouver Jérôme Loubry. Vous aussi ça vous tente ?

Dans tous les cas, bon week-end et… bonne lecture !


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