Corentine

Corentine

Corentine – Roselyne Bachelot

Plon (2019)
Lu dans l’édition Pocket (2020)
Lorsque j’ai sélectionné ce livre dans la liste proposée par Babelio pour l’opération Masse Critique, j’étais loin de me douter que lorsque j’en commencerais la lecture, son auteure serait devenue ministre de la Culture ! Nomination que j’ai d’ailleurs vite oubliée, tant l’univers où nous emmène ce livre est dépaysant.
En 1919, une jeune veuve de guerre, bien mise, en tailleur et voilette, descend à Gourin du train en provenance de Paris. Elle est accompagnée de sa fille, a rendez-vous chez le notaire pour finaliser l’acquisition d’une maison cossue où elle a l’intention de s’installer et d’ouvrir une boutique de confection. Une fois les formalités effectuées, la jeune femme, Corentine, rend visite à sa mère, Marie-Louise, dans la misérable ferme où elle est née à la fin du XIXème siècle, une masure de quarante mètres carrés, où vivait la famille entière. Sept enfants, un père et une mère journaliers, les ainées qui s’occupent des petits, seuls les garçons peuvent aller à l’école, on ne mange pas souvent à sa faim. Corentine y a vécu jusqu’à l’âge de sept ans, puis a été « vendue » par ses parents comme bonne à un marchand de chevaux de Gourin. Lorsque son père a voulu la reprendre car le maire du village lui a reproché d’avoir placé sa fille avant l’âge réglementaire de dix ans, Corentine a refusé de le suivre, car au moins, là, elle mange à sa faim, même si les journées de travail sont épuisantes. Plus tard, à douze ans, Corentine trouve une place de bonne à Paris, chez un docteur. Là, pendant trois ans, elle renoue avec la faim et des conditions de vie encore difficiles, face à une patronne radine et malveillante. Puis, elle est embauchée chez une vicomtesse, dans un hôtel particulier de la rue du Bac. Elle a une chambre rien que pour elle, les repas sont abondants, elle a sa place dans la hiérarchie des domestiques d’une grande maison mais les dangers d’abus divers y sont nombreux. Néanmoins, Corentine parviendra à apprendre à lire et à écrire et à s’élever dans l’échelle sociale.
Roselyne Bachelot l’écrit dans l’avant-propos : cette histoire est presque un roman. Tout y est vrai, reconstitué à partir des souvenirs de sa grand-mère, des témoignages de proches, des lectures qui lui ont permis de replacer Corentine dans les différents environnements où elle a tracé son chemin de vie.
Ce que j’ai trouvé le plus marquant, ce sont les conditions de vie dans la ferme, la promiscuité, la saleté, les cochons qui vivent dans la maison ! On imagine l’odeur pestilentielle qui devait y régner ! Et la faim ! D’après Roselyne Bachelot, c’est ce qui obnubilera sa grand-mère toute sa vie, même si par la suite, elle vit dans de meilleures conditions. Mais on comprend que cette faim, alliée à une intelligence et une force de caractère remarquables ont donné à la petite paysanne la volonté de sortir de sa misérable condition et de ne pas se cantonner à l’avenir de domestique qui semblait tracé pour elle.
Et puis, je dois dire que j’ai trouvé aussi dans le récit de cette enfance morbihannaise un écho à ce que me racontait son grand-père, né en 1907, donc une vingtaine d’années plus tard que l’héroïne, dans un village au fin fond du Morbihan. Lui, c’est son engagement dans la Marine qui lui permettra de sortir de sa campagne, de s’éduquer et de voir du pays. J’ai souvent senti dans ses propos la fierté et le soulagement d’avoir échappé à une vie de misère. Ce n’est finalement pas si loin de moi.
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