Tous tes enfants dispersés de Beata Umubyeyi Mairesse

Tous tes enfants dispersés de Beata Umubyeyi MairesseTous tes enfants dispersés

Beata Umubyeyi Mairesse

Autrement

2019

242 pages

Rwanda. 1994. Le génocide des Tutsi. Trois générations de femmes, la grand-mère qu'on entrevoit par la voix de la mère, la mère et la fille métisse, qui n'a jamais connu son père français. La fille, Blanche, quitte le Rwanda au moment de la guerre civile, elle échappera aux massacres, mais elle n'échappera pas à la perte du lien maternel.

A travers les générations, l'auteure dessine les paroles perdues, l'incommunicabilité entre les parents et les enfants et nous propose un roman d'une grande sensibilité. J'ai aimé le tissage du texte, histoires relatées par l'une ou l'autre des narratrices, mère ou fille, sans aucune chronologie, cet enchevêtrement est à l'image des racines et crée une métaphore supplémentaire. L'auteure a ciblé son roman sur l'importance de la famille, des racines, sur la difficulté à se comprendre, sur les non-dits, sur l'importance des mots, ceux qu'on dit et ceux qu'on tait. C'est pudique et profond, comme les cicatrices qui ont du mal à se refermer. Il est touchant le personnage du mari de Blanche, métis, qui cherche dans la couleur de sa peau, un héritage inconnu.

Les paroles imagées de la mère et de la grand-mère, la musicalité des mots m'ont entièrement conquise.

Des bémols ? Oui, il y en a, j'ai moins aimé les lettres et le texte du petit-fils, très différents du reste. Et j'aurais aimé en apprendre davantage sur l'histoire du pays, les informations étant dissoutes dans les rapports entre les personnages. Mais ce sont des petits bémols de rien du tout. L'écriture de ce roman m'a vraiment séduite.

C'est un livre que j'ai lu lentement, pour me pénétrer de l'indicible.

Je crois que je vais lire ses deux recueils de nouvelles Ejo et Lézardes.

" C'était une femme-murmure aux mains toujours fraîches comme une source, même en plein soleil quand elle travaillait dans les champs. Elle écoutait son mari tempêter ou lui faire des reproches à longueur de journée sans broncher et restait impassible là où d'autres auraient riposté ou élevé la voix. Elle aurait sans doute aimé que ses deux filles adoptent la même tempérance et nous prévenait : " Quand vous serez dans vos propres foyers, évitez de laisser votre bouche bâiller sans raison ; le mari est le fils d'une autre, votre parole ne vaudra jamais bien cher à son oreille ; évitez de colporter des histoires succulentes, le miel est aussi délicieux qu'il colle aux doigts de celle qui l'a volé, la désignant ainsi aux abeilles qui la piqueront aussi certainement que les médisances reviennent immanquablement frapper la bouche de celle qui les a mâchées avidement puis recrachées comme un bâton juteux de canne à sucre. "

" En réalité, il ne peut véritablement être ni l'un ni l'autre, et c'est là tout son drame. Il fait partie de ces gens qui pensent que la vie se trace uniquement avec des lignes et des angles droits, ignorant toute la latitude qu'offrent les courbes, les renflements cachés, les bulles qui prennent la tangente, feignant de ne pas voir la monotonie atroce des parallèles. "

" Tu vois, si la vie pouvait être comme un tricot, on aurait l'assurance de pouvoir défaire les mailles actives juste en tirant sur un fil, tsss, juste en tirant sur un fil. Revenir en arrière pour en découdre avec ses erreurs et reprendre en main la trame de son histoire. "


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