L’Enigme de la chambre 622 de Joël Dicker

Je vous vois venir : « Ah non, pas encore Dicker ! On en bouffe matin, midi et soir de la Chambre 622 en ce moment ! » Eh bien si, c’est bien avec Dicker que je vais vous bassiner aujourd’hui mais rassurez-vous, ça sera peut-être la dernière fois…

L'Enigme de la chambre 622 de Jpël Dicker (éditions de Fallois)

L’Enigme de la chambre 622 de Jpël Dicker (éditions de Fallois)

Dicker bénéficie chez moi d’un grand capital sympathie parce que je lui dois de nombreuses heures de pur plaisir de lecture et parce que La vérite sur l’Affaire Harry Québert est certainement le livre que j’ai le plus conseillé à des non-lecteurs pour leur donner le goût de lire. En général ça fait mouche, ils adorent et m’en redemandent. Heureusement, je peux alors leur conseiller Le livre des Baltimore tout aussi addictif. Mais après ça, ça commence à coincer. La Disparition de Stephanie Mailer, sorti il y a 2 ans, a commencé à accumuler les travers avec une intrigue montée en épingle et des rebondissements à ne plus savoir qu’en faire, susceptibles de décourager les lecteurs les moins motivés. Malgré tout l’ambiance du livre et les décors avaient un petit air d’Harry Québert qui rendait le tout assez agréable à lire.

Avec l’Enigme de la Chambre 622, changement de décor ! On part en Suisse enquêter aux côtés de l’auteur en personne pour comprendre ce qu’il s’est passé des années plus tôt dans la Chambre 622 de l’hôtel dans lequel il séjourne. Dit comme ça, ça a l’air assez simple à suivre mais c’est compter sans l’imagination hors normes de l’auteur qui n’hésite pas à mêler sa propre histoire à celle des protagonistes du drame. On assiste alors à un vibrant hommage rendu par Dicker à son éditeur mentor, Bernard de Fallois, décédé en janvier 2018, en plusieurs séquences disséminées ça et là au milieu d’une enquête sur un « cold case » pas franchement passionnant. Quelle mélasse à l’arrivée !

L’édition, c’est comme l’amour. On ne peut aimer vraiment qu’une seule fois. Après Bernard, il n’y aura personne d’autre. Après le succès de mon second roman, tout le monde pensait que j’allais quitter les Editions de Fallois pour rejoindre une maison d’édition plus prestigieuse. « Qu’allez-vous faire à présent ? me demandait-on régulièrement. Vous avez certainement reçu des offres des plus grands noms de l’édition française. » Mais ceux qui me posaient la question n’avaient pas compris que le plus grand nom de l’édition, c’était Bernard.

Dicker accumule les invraisemblances dans son roman, on a du mal à y croire, du mal à s’attacher aux personnages et du mal à s’intéresser à leur sort. Mais au lieu de travailler son entrée en matière pour nous créer un univers dont on ne voudrait plus s’extraire, Dicker nous livre un début de roman absolument catastrophique. Je n’ai jamais fait particulièrement attention à son style dans ses romans précédents car il parvenait de suite à m’embarquer dans son histoire mais là au bout de quelques pages je me suis sincèrement demandé si c’était bien lui qui avait écrit ce livre. C’est franchement mauvais, tartignolle au possible et en toute franchise, je n’aurais pas dépassé les 20 premières pages si ça avait été écrit par un auteur qui m’était inconnu. Etrangement, le style est un peu moins maladroit ensuite, une fois entré dans le vif du sujet mais là d’autres écueils sont à déplorer. Dicker use et abuse franchement d’effets cinématographiques pour révéler son histoire. C’était l’un de ses points forts sur ses premiers livres, ce qui parvenait à susciter la curiosité du lecteur mais ici il à trop forcé sur les ingrédients de ses succès passés, on est clairement dans l’overdose d’effets narratifs. On passe son temps à suivre trois histoires parallèles : l’enquête menée par Dicker en 2018, le déroulé de la semaine qui a précédé le drame et des scènes qui se sont produites 15 ans avant le drame. A chaque fois que l’on avance un peu dans l’enquête, qu’il y a une révélation susceptible de tout faire vaciller, l’auteur nous replonge dans un passé plus ou moins lointain pour illustrer son propos. En règle générale j’aime les romans qui guident le lecteur en lui expliquant précisément ce qu’il en est mais là on frise souvent le ridicule : chaque petit élément révélé par l’enquête est ensuite illustré par une scène qui s’est déroulée dans le passé. Voilà comment on arrive à écrire une telle brique pour un fait divers tout à fait banal. Ce qui l’est moins en revanche c’est tout le bazar qui s’organise autour du dénouement. Là on atteint des sommets d’invraisemblance. Soit Dicker n’était vraiment pas inspiré par son histoire, soit il l’était trop mais dans tous les cas ça ne fonctionne pas, on n’y croit pas, ça sonne faux, c’est naïf, tiré par les cheveux et totalement ridicule (aucune mention inutile n’est à cocher dans cette liste).

Selon Bernard, un « grand roman », c’est un tableau. Un monde qui s’offre au lecteur qui va se laisser happer par cette immense illusion faite de coups de pinceau. Le tableau montre de la pluie : on se sent mouillé. Un paysage glacial et enneigé ? On se surprend à frissonner. Et il disait : « Vous savez ce qu’est un grand écrivain ? C’est un peintre, justement. Dans le musée des grands écrivains, dont tous les libraires possèdent la clé, des milliers de toiles vous attendent. »

Et que dire du chemin pour en arriver là ! Des révélations et fausses pistes, vous en avez à peu près à chaque page parmi les 100 dernières. Peut-être que sur certains lecteurs ça aura l’effet escompté mais chez moi ça c’est plutôt transformé en mal de mer à force de me retrouver ballottée de droite à gauche en permanence.

Si vous aimez les intrigues palpitantes aux multiples rebondissements mais qui restent crédibles, je vous conseille plutôt d’aller voir du côté de Robert Goddard. Là vous en serez quitte pour vous faire des noeuds au cerveau à vraiment essayer de démêler le vrai du faux. C’est beaucoup plus subtil et plaisant à lire, je vous le garantis !


L’ESSENTIEL

Couverture de L'Enigme de la chambre 622 de Joël Dicker

Couverture de L’Enigme de la chambre 622 de Joël Dicker

L’Enigme de la chambre 622
Joël DICKER
Editions de Fallois en GF
Sorti le 27/05/2020 en GF
575 pages 


Genre : roman contemporain qui verse dans le thriller
Plaisir de lecture : ❤❤
Personnages : Joël Dicker en personne, Macaire Ebezner, Anastassia, Lev Levovitch, Tarnogol…
Recommandation : non
Lectures complémentaires : les précédents de l’auteur (La vérité sur l’affaire Harry Québert, Le livre des Baltimore, La disparition de Stephanie Mailer) et les romans de Robert Goddard (Le secret d’Edwin Strafford et L’héritage Davenall)

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Une nuit de décembre, un meurtre a lieu au Palace de Verbier, dans les Alpes suisses. L’enquête de police n’aboutira jamais.
Des années plus tard, au début de l’été 2018, lorsqu’un écrivain se rend dans ce même hôtel pour y passer des vacances, il est loin d’imaginer qu’il va se retrouver plongé dans cette affaire.

Que s’est-il passé dans la chambre 622 du Palace de Verbier?

Avec la précision d’un maître horloger suisse, Joël Dicker nous emmène enfin au cœur de sa ville natale au fil de ce roman diabolique et époustouflant, sur fond de triangle amoureux, jeux de pouvoir, coups bas, trahisons et jalousies, dans une Suisse pas si tranquille que ça.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire L’Enigme de la chambre 622

  1. Pour vous faire votre propre opinion du dernier Dicker
  2. Parce que vous êtes un(e) fan inconditionnel(le) de l’auteur
  3. Parce que vous aimez les pavés et les retournements de situation à foison

3 raisons de ne pas lire L’Enigme de la chambre 622

  1. Parce que c’est peu réaliste
  2. Parce qu’il y a trop d’effets qui finissent par fatiguer le lecteur
  3. Parce que le style de l’auteur est franchement mauvais dans ce roman

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