La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur (Hunger Games 4) de Suzanne Collins

La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur (Hunger Games 4) de Suzanne Collins

Ecrire le nouveau roman d'une saga clôturée de mains de maître il y a neuf ans, c'était déjà un défi. Mais Suzanne Collins a l'air d'aimer les défis. Je me souviens, quand j'avais découvert la quatrième de couverture du tome 2 de la saga, j'avais craint l'impression de répétition et la lassitude (Katniss retourne dans l'arène avec Peeta quand même !), mais non, évidemment, l'autrice avait réussi son coup. Elle renouvelle l'exploit avec ce préquel ! Quel bonheur de s'immerger de nouveau dans cet univers sans fausse note.

La Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur... Ou l'histoire de Coriolanus Snow, certainement l'un des personnages les plus détestables de la saga Hunger Games. Le voilà le nouveau défi. Faire du méchant bien connu de tous les fans de Katniss Everdeen, le héros d'un roman, sans dégoûter le lecteur du début à la fin et sans le rendre trop sympathique. Pari tenu ! Et avec les honneurs !

Je rassure immédiatement les fans : vous serez dépaysés et en terrain connu à la fois. Quand l'histoire commence, la guerre entre les districts et le Capitole est terminée depuis une dizaine d'années. Toutes les familles ont été touchées par les conséquences humaines et financières de cette révolte et les Hunger Games sont une forme de revanche qui commence à peine à prendre une dimension un peu plus large. Les tributs sont traités complètement différemment de ce que nous avons vu avec Peeta et Katniss et l'arène n'est pas du tout une zone où la technologie crée l'horreur. L'horreur vient simplement du fait qu'il ne doit en rester qu'un.

Snow est un jeune homme désargenté par la guerre, il espère simplement pouvoir financer ses études et il est choisi pour être de la génération des premiers mentors pour les tributs, celle du début des paris des habitants du Capitole. Le tribut qui lui est attribué est la fille du District Douze, mais les similitudes s'arrêtent ici.

Ce que j'ai trouvé passionnant dans ce tome, c'est que les jeux ne sont pas le cœur de la narration, ils sont le cœur d'une réflexion et d'une évolution du personnage. Comment Coriolanus Snow, qui aime sa grand-mère et sa cousine, qui veut juste sortir sa famille d'une vie misérable, devient cet homme froid, calculateur et dépourvu de toute forme d'humanité ? Je ne peux pas vous le dire sans tout dévoiler, et c'est très complexe.

La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur (Hunger Games 4) de Suzanne Collins

Il croisera sur son chemin l'arène bien sûr, mais aussi l'amour, la peur, les dissertations scolaires, les rancœurs liées à son père, les Pacificateurs, l'amitié, la trahison, la violence et déjà l'on sent poindre ce Capitole que nous avons connu, cette dictature basée sur le contrôle et le règne de la peur. On est là au cœur de l'émergence d'une philosophie politique effrayante dans laquelle Snow hésite toujours à s'intégrer. On le sent sur une corde raide, prêt à basculer à tout moment. A l'âge où un jeune homme est en pleine construction de l'adulte qu'il veut devenir, Coriolanus a la chance de rencontrer Sejanus, Lucy Gray, Tigris ; mais aussi la malchance de tomber sur la Dr. Gray, sur le doyen Highbottom, eux-mêmes embarqués dans une haine telle que des idées farfelues d'étudiants deviennent d'atroces réalités.

On a beau savoir l'horrible personnage que devient Snow quelques décennies plus tard, je me suis surprise à espérer, à penser que non, il n'allait pas passer du côté obscur. Mais indéniablement, et ce n'est pas du spoil, il y passe. La question est de savoir comment... En ce qui nous concerne Mag et moi, nous avons été passionnées par ce cheminement.

Au-delà des références plaisantes aux geais moqueurs, à la chanson de " L'Arbre du Pendu ", on retrouve dans ce préquel le rythme haletant des trois autres tomes, la menace lancinante dont on sent ici qu'elle n'est pas réservée aux seuls districts, l'enchaînement rapide d'actions qui emportent le lecteur au point de l'empêcher de refermer le roman. Ce tome a la force d'avoir son existence propre, il n'est pas là pour justifier les trois autres, il n'est pas là uniquement pour des raisons de marketing, il est finalement nécessaire et permet d'intensifier la réflexion proprement dystopique : comment l'Homme en arrive-t-il à ce stade de l'inhumanité ? Même si, bien sûr, ce n'est qu'une fiction... heureusement !

Et vous, l'avez-vous lu ? Avez-vous des craintes ? Dites-moi tout !

Priscilla


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