Interview de Chris Claremont

C'est lors de son passage à Comic Con Paris en octobre dernier que j'ai eu la chance d'interviewer Chris Claremont, le scénariste culte des séries X-Men. C'était l'occasion pour moi de parler avec lui de ses motivations en tant que scénariste et revenir sur la période de sa vie pendant laquelle il s'est écarté de l'industrie des comics.

Je me disais que ce n'était peut-être pas la peine de vous présenter Chris Claremont mais, comme il le dit lui-même, pour le lectorat le plus jeune, il est "cette légende étrange [des comics] qui traîne toujours dans le coin". Eh bien, sachez qu'il a marqué de sa patte toute l'industrie des comics simplement en reprenant en mains une licence de Marvel Comics quasiment laissée à l'abandon pendant une période où les comics de super-héros avaient du mal à surprendre ou à se différencier les uns des autres. C'est en effet en écrivant la série Uncanny X-Men au milieu des années 70 qu'il s'est fait un nom en proposant des histoires très matures dans la forme et étalant différentes intrigues en parallèle sur plusieurs numéros.

Il a vraiment apporté cette touche soap opera que nous retrouvons encore maintenant dans les comics du genre avec son lot d'aventures, de moments joyeux et, surtout, ces drames mémorables qui ébranlaient les lecteurs et les lectrices. On lui doit notamment la fameuse Saga du Phénix Noir qui a été adaptée tout de même deux fois au cinéma mais qui a su inspirer plein d'autres histoires, dans les comics mais aussi dans les séries TV - notamment Buffy contre les Vampires.

Le scénariste de talent a ainsi écrit pendant de nombreuses les X-Men mais, aussi, des titres dérivés qu'il a parfois lancés comme les aventures en solo sur Wolverine dans une mini-série dessinée par Frank Miller, ou comme Les Nouveaux Mutants [ New Mutants en V.O. - NdR] dont l'une des histoires qu'il a écrite sera la base du film à venir du même nom. Pour la suite de l'interview, il est important de savoir qu'il a été viré du poste de scénariste en 1991 après avoir écrit le titre "principal" sur les X-Men pendant presque 17 ans d'affilée. Un moment qui a été difficile pour les fans, d'autant plus que le scénariste a plus ou moins disparu des crédits de comics par la suite.

Il en a profité pour écrire des romans et pour plancher sur des projets personnels avant de revenir dans l'industrie chez DC Comics puis revenir à la fin des 90 chez Marvel Comics pour reprendre les rênes du destin des mutants et des mutantes. Depuis, il a lancé d'autres séries sur la licence, pris en charge des personnages comme Rachel Summers, Psylocke et Nightcrawler, et il revient de manière épisodique sur des one-shots événements. Récemment, il a écrit le one-shot New Mutants: War Children dessiné par son compère Bill Sienkiewicz publié en France dans le one-shot X-Men : Legends of Marvel chez Panini Comics.

Enfin, il faut savoir qu'il a dessiné avec les meilleurs artistes de ces époques que ça soit Alan Davis, Rick Leonardi, Chris Bachalo, Adam Kubert, Jim Lee, Marc Silvestri et j'en passe.

C'est donc tout timide que j'ai posé mes questions à cette légende vivante qui m'a fait aimer les comics plus que tout (si, si) afin de parler un peu de cette période après son licenciement et comment il s'est senti pendant cette période et, on a terminé la discussion en parlant de sa méthode de travail avec les artistes avec lesquels il a collaboré. L'interview fut courte à mes yeux mais, Chris Claremont est, vous allez le voir, quelqu'un d'aussi passionnant à l'oral que dans les histoires qu'il écrit.

Mighty! : Avant de parler des X-Men [dont on ne parlera jamais dans l'interview - NdR], j'aimerais revenir sur une période de votre vie qui n'est pas souvent mentionnée : vous avez dû arrêter d'écrire les X-Men en 1991. Ce fut vraiment étrange pour nous et, je ne peux imaginer ô combien ce fut douloureux pour vous. Cependant, j'aimerais savoir, après avoir écrit ces personnages pendant 16 ans...

Chris Claremont : Presque 17 ans, oui...

Oui... Pendant presque 17 ans... après avoir créé la plupart d'entre eux, après avoir donné une voix à chacun d'entre eux, comment avez-vous géré votre carrière en tant que scénariste après ça : est-ce que vous avez essayé de créer vos propres X-Men ? Ou, au contraire, est-ce que vous avez essayé de prendre vos distances et essayer de faire quelque chose de complètement différent?

Je voulais faire des choses, je voulais faire des histoires qui étaient les miennes. J'ai eu cette chance chez DC Comics avec Sovereign Seven. Malheureusement, l'Industrie s'est effondrée trois mois après que nous ayons commencé. Donc... Ça n'a pas marché aussi bien que je l'espérais. J'ai écrit des romans. J'ai présenté un certain nombre de concepts à des éditeurs européens, qui ont tous fait faillite peu de temps après. Donc, je pense que c'était une période intéressante. Et puis, Marvel m'a réembauché.

Donc vous essayez de créer quelque chose de nouveau avec les romans mais c'est un tout au média, quelque chose de nouveau [pour vous]... Donc, après avoir dû abandonner - je pense qu'on peut dire ça - vos enfants, les X-Men, comment avez-vous gérer cette transition?

Eh bien, je pense que la différence est qu'écrire un comic book c'est comme écrire pour un quotidien : vous avez toujours un délai à tenir, vous travaillez toujours aussi rapidement que vous le pouvez, vous êtes toujours en train de penser à l'histoire que vous écrivez aujourd'hui, mais aussi à l'histoire qui va arriver demain, et à l'histoire qui arrivera la semaine d'après. Alors qu'un roman et... Désolé ! Vous êtes toujours en train de travailler avec l'artiste et l'éditeur. Donc, c'est en effet une synergie d'équipe.

"Je passe soudainement d'un domaine de l'édition où je suis au sommet de mon art à un autre où je ne le suis pas."

Au fond, avec un roman, un écrivain s'assied dans une pièce, regarde la feuille de papier en face de lui jusqu'à ce que les mots viennent. Et, c'est seulement à ce moment-là que vous commencez à écrire... parce que je fais mes premières ébauches avec stylos, crayons à papier et à l'encre. Ça prend plus de temps, et il n'y a personne avec qui en parler sauf avec moi-même. Et, dans un sens, c'est plus difficile. Je suis incroyablement envieux de ces écrivains qui peuvent claquer un roman en quelques semaines ou quelques mois. Mais ce n'est pas ainsi que je fonctionne. Ajouté à cela la nécessité de vivre une vie, de payer l'hypothèque et d'élever les enfants, il y a donc des décisions qui deviennent obligatoires; chaque étape du chemin, dont certains me mèneront sur la bonne voie, d'autres non.

De ce point de vue, c'est toujours un défi ; écrire des comics, c'est facile, je l'ai fait pendant toute ma vie. Écrire des romans, des scénarios de films, écrire des poèmes, c'est difficile. Peut-être plus satisfaisant. Mais aussi plus frustrant parce que je passe soudainement d'un domaine de l'édition où je suis au sommet de mon art à un autre où je ne le suis pas, et où je suis ce qu'on appelle en Amérique un newbie ["un bleu" en français - NdR]. Je suis un jeune punk [dans le sens "novice" en français - NdR]. Et puis, les goûts des éditeurs changent. Tous les éditeurs que je connaissais quand j'ai commencé ont pris leur retraite. [Parmi] Les éditeurs et éditrices pour lesquelles je travaille à Marvel en ce moment, il y en a deux qui sont né·e·s que trois ans après que j'ai été viré la première fois. Donc pour ces gens-là je suis cette étrange légende [des comics] qui traîne toujours dans le coin, et j'apporte avec moi un historique que des "nouveaux talents" n'ont pas.

Donc, c'est un défi à tous les niveaux. De mon point de vue, je m'en fiche. Tout ce que je veux faire c'est trouver un éditeur, trouver une histoire que je veux raconter, et un éditeur qui va m'aider à lui donner vie, peu importe si c'est dans la bande dessinée [en français dans le texte - NdR] ou des romans.

Vous avez parlé de la collaboration avec les artistes avec lesquels vous travaillez. J'ai toujours ressenti que vous vous étiez très proches d'eux, que vous étiez à l'écoute des leurs envies, de ce qu'ils attendaient de vos histoires. Je pense que Paul Smith vous a [d'une certaine manière] influencé dans vos histoires. J'ai senti la même chose avec Marc Silvestri par exemple, ou Rick Leonardi, ou Alan Davis. Pourquoi intégrez-vous les artistes de la sorte ? J'ai l'impression que peu de scénaristes le font [ainsi].

Vous pourriez tout aussi bien demander pourquoi John Lennon et Paul McCartney ont collaboré de la sorte. Non, ce que je veux dire, c'est que lorsque vous travaillez avec Alan Davis, par exemple, ou Rick Leonardi, ils ont tous les deux des conteurs d'histoire extraordinairement doués. Comme Stan Lee était avec Jack Kirby, Jack Kirby était avec Stan Lee. Pourquoi serais-je assez stupide de restreindre leurs capacités en écrivant un script ?

"C'est ce qui fait le style Marvel si amusant ! Si vous trouvez le bon artiste et le bon scénariste, la magie peut se produire."

Par exemple, Marvel vient [au moment de l'interview - NdR] de publier une histoire de Les Nouveaux Mutants par moi et Bill Sienkewicz. Bill Sienkewicz est l'un des narrateurs les plus radicaux et extraordinaires dans les comics modernes. Pourquoi, pour l'amour de Dieu, devrais-je le limiter à ma visualisation, à ma vision de l'histoire alors que moi, en tant que lecteur, je suis beaucoup plus curieux de savoir quelle est sa vision.

Maintenant, oui, si vous regardez les trois premières pages, c'est structuré comme je l'ai écrit parce que c'est nécessaire pour lancer l'histoire... c'est ce qu'il a fait ! Mais, aussitôt que ce ce moment est passé, les choses sont devenues folles de la meilleure façon imaginable. C'est ça la synergie. C'est ce qui fait le style Marvel si amusant ! Si vous trouvez le bon artiste et le bon scénariste, la magie peut se produire.

Et, je pense que la frustration que j'ai eue en tant que scénariste c'est quand j'ai présenté mes histoires sur la marché européen, aux éditeurs européens. Le style de narration ici est bien plus structuré, et bien plus, en de meilleurs termes, conservateur qu'en Amérique.

Donc, j'écris des histoires. OUI ! Ce sont des scripts complets, pour Rick Leonardi ou John Byrne ou Alan Davis... Comme avec Dave Cockrum, si je disais que je veux deux pages pleines d'un système stellaire binaire [on sent l'excitation monter dans sa voix - NdR] avec deux flottes spatiales qui se battent devant des cadavres volant partout dans le vide, cinq jours après j'avais l'image. Parce qu'il y a une alchimie entre Dave et moi. Si je dis cela ici, c'est intéressant, c'est une approche conceptuelle différente pour les narrateurs visuels de ce côté de l'Océan. Et, beaucoup d'entre eux, beaucoup de gens ici, semblent beaucoup plus structurés, si vous pardonnez l'expression, terre-à-terre.

Alors que lorsque je regarde les choses telles que Stan et Jack me les ont montrées : un écran de soixante-dix millimètres de large... [on nous informe que c'est la fin de l'interview - NdR] (...) Du coup, je continue d'essayer jusqu'à ce que je réussisse.

Merci à l'équipe de Comic Con Paris d'avoir rendu cette interview possible et merci à Chris Claremont pour sa passion.

Lire en version originale Interview de Chris Claremont

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