Chronique : L’apiculteur d’Alep – Christy Lefteri

Nuri est apiculteur, sa femme, Afra, est artiste. Ils vivent tous deux avec leur jeune fils, Sami, dans la magnifique ville d’Alep, en Syrie. La guerre éclate et ravage tout, jusqu’aux précieuses ruches de Nuri. Et l’inimaginable se produit. Afra ne veut plus bouger de sa chambre. Pourtant, ils n’ont pas le choix et Nuri déploie des trésors d’affection pour la convaincre de partir. Fous de douleur, impuissants, ils entament alors un long périple où ils devront apprendre à faire le deuil de tout ce qu’ils ont aimé. Et apprendre à se retrouver, peut-être, à la fin du voyage, dans un Londres où les attendent des êtres proches. Pour reconstruire les ruches et leur vie.

Chronique : L’apiculteur d’Alep – Christy Lefteri

Je remercie la maison d’édition pour l’envoi de ce roman dans le cadre d’une masse critique spéciale Babelio.

Lorsque ce roman m’a été proposé, j’ai tout de suite été partante : couverture alléchante, sujet de la migration qui m’intéresse particulièrement, il ne m’en a pas fallu plus pour avoir envie de découvrir cette histoire.

A travers le récit, le lecteur suit le long parcours de Nuri, apiculteur en Syrie, et de sa femme Afra. Le couple va traverser une partie du monde, fuir la guerre qui sévit dans leur pays natal pour rejoindre l’Angleterre dans l’espoir d’une vie meilleure.

« Là où il y a des abeilles, il y a des fleurs, et là où il y a des fleurs, il y a l’espoir d’une vie nouvelle. »

La narration du livre permet de suivre les personnages à différentes étapes de leur itinéraire. Chaque chapitre est coupé en deux : une partie est plutôt axée sur l’avant, sur la description du chemin parcouru et des embûches passées, la seconde se concentre sur le présent, sur l’après, les démarches faites pour obtenir un titre de séjour et surtout les séquelles psychologiques qui résultent de ces semaines d’enfer pour atteindre l’eldorado anglais. J’ai bien aimé cette narration même si j’avoue avoir regretté son côté un peu redondant vers la fin du roman, ce qui m’a parfois amenée à survoler un peu l’histoire. Néanmoins, cela donne un bon rythme à la lecture et permet de retenir l’attention du lecteur, avec une certaine poésie dans la façon de lier les deux chronologies.

Les descriptions sont très immersives, l’auteure n’a aucun mal à nous faire imaginer les paysages de Syrie. Elle stimule notre imagination avec les odeurs d’épice et de miel, nous éblouissant de toutes ces teintes qui colorent les étals des marchés ouverts, sous le ciel brûlant. De même, la thématique de l’apiculture est bien amenée et intéressante. J’ai aimé cet univers et les parallèles établis entre les hommes et les abeilles.

«  Tu dois apprendre à marchander. Les êtres humains sont très différents des abeilles. Nous ne travaillons pas ensemble, nous n’avons pas de véritable notion du bien commun. Voilà ce que j’ai découvert. »

L’histoire de ces personnages est évidemment touchante, notamment grâce à Nuri qui est assez énigmatique mais très attachant. On comprend bien qu’il a été profondément marqué par une série d’évènements depuis le début de la guerre, et qu’il tente comme il peut de s’en sortir et de ne pas perdre pieds pour sa femme, Afra. J’ai eu plus de mal à apprécier cette dernière car je l’ai trouvée assez insondable.

«  En chaque personne que tu connais, il y a quelqu’un que tu ne connais pas. »

Je m’attendais à être davantage touchée par cette histoire mais j’ai passé un bon moment de lecture. Certains passages restent affreusement durs, d’autres bouleversants, mais l’espoir reste présent, surtout à travers l’amour. Il y a beaucoup de pudeur dans l’amour qui lie les personnages mais on en ressent toute la puissance. La fin est très belle. Malgré tout, je reste un peu sur la réserve car au regard de la thématique, j’avais d’autres attentes. Au final, le récit est davantage concentré sur la psychologie du personnage principal et sur la reconstruction après leur fuite (ce qui n’en est pas moins intéressant, mais ce n’était pas ce à quoi je m’attendais).

«  Quand elle riait, elle faisait trembler la maison. Mais, dès que son humeur tournait, mon univers s’assombrissait. Je n’y pouvais rien. Elle était plus forte que moi. Elle pleurait comme une enfant, son rire tintait haut et clair, et son sourire reste le plus beau qu’il m’ait été donné de voir. Elle pouvait débattre pendant des heures sans interruption. Afra adorait ou détestait, et elle inhalait le monde comme si c’était une rose. Voilà pourquoi je l’aimais plus que la vie. »

C’est un bon livre, que je recommande si vous êtes sensibles à cette thématique toujours d’actualité. Et si vous êtes amateurs de miel, vous allez en avoir l’eau à la bouche !

Retrouvez ce roman : 

Chronique : L’apiculteur d’Alep – Christy Lefteri

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