Premières lignes #89

Premières lignes #89

Premières lignes est un rendez-vous initié par Ma lecturothèque. Le principe est simple, tous les dimanches, je vais vous citez les premières lignes d’un ouvrage.


1.

Je suis Camille, mais depuis un an, quatre mois et vingt-et-un jour, je m’appelle Yann. Depuis que mon père ne sait plus lequel de nous deux est mort dans l’accident, son fils ou sa fille, Camille ou Yann.
Yann, c’était mon double, mon frère jumeau et mon meilleur ami. Yann était un ange. Je me rappelle encore la façon qu’il avait de s’allonger au soleil, les mains derrière la tête, en plissant les yeux. Alors il disait qu’il était au paradis et qu’il pouvait bien y rester indéfiniment, il s’en fichait, parce que c’était le plus bel endroit du monde.
Est-ce qu’il y est vraiment, à présent? Est-ce qu’il m’y attend ? On n’a plus qu’un petit jardin aujourd’hui, mon père et moi, et à partir de quinze heures, les ombres envahissent chaque centimètre carré d’herbe. Alors je ne peux plus m’allonger au soleil avec mon frère quand je reviens de ma promenade quotidienne. Il fait trop froid dans le jardin. Il fait trop froid partout, de toute façon maintenant.
Mon père n’est pas encore rentré du boulot, ou du bistrot plutôt. IL a postulé pour un nouveau job, un truc pas compliqué qui ne lui demandera pas de faire fonctionner son cerveau. Je sais, pourtant, qu’il n’est pas devenu idiot, même s’il boit beaucoup. La marijuana caramélise le cerveau, je l’ai appris en cours de bio l’année dernière. L’alcool à fortes doses aussi, a ajouté la prof.
J’ai débarrassé le salon. Quand je suis rentrée de ma promenade, il y avait quatre bouteilles de bière vidées par terre et le cendrier était pleins à ras bord. D’abord, j’ai ouvert les fenêtres pour aérer la pièce, ensuite j’ai enfilé des gants en plastique et j’ai fait le ménage. Comme tous les jours.

Premières lignes #89