Anka, fille de l'Atlantique et d'Odile d'Oultremont

Par Sarah Trillet, invitée de LU cie & co

Anka, fille de l'Atlantique et d'Odile d'Oultremont

Gustave Doré, "Les travailleurs de la mer" de Victor Hugo.

Anka, fille de l'Atlantique et d'Odile d'OultremontLe deuxième roman d'Odile d'Oultremont, "Baïkonour" (Editions de l’Observatoire, 219 pages), nous invite à une plongée dans le tourbillon d'un deuil. On y suit Anka, fille d'un marin-pêcheur chevronné qui vient de disparaître en mer. Immergée depuis l'enfance dans un monde d'hommes, de ressac et de marées, Anka a développé un lien quasi filial avec l'Atlantique, dont elle connaît la grammaire et les mille visages.
"(...) le mieux pour s'adresser à l'océan est de se taire. De retenir les mots, de les maintenir bien en silence et de ne parler qu'avec les yeux."

Après lui avoir arraché ce qu'elle a de plus cher, l'immensité des eaux autrefois rassurante et si familière de son enfance prend soudain les traits d'une étrangère, auxquels Anka oppose désormais une irrémédiable rancune.
Anka entre en lutte contre une part d'elle-même, ce lieu enfoui où l'on demeure solidement ancré à soi et d'où jaillissent les rêves. S'ouvre un périple intime à travers les turbulences du processus de séparation qui, à la fois, la tiennent amarrée aux origines mais qui peu à peu l'émanciperont des entraves des lieux communs et des prédestinations convenues.
'Si tu savais comme ça vient de loin, de haut, de large, de profond. De partout."

Au cours de cette quête, deux chemins se croisent, entre horizon et verticalité. Une profondeur et un vertige communs. Un point de rencontre qui permettra à Anka d'accéder à la pleine et entière affirmation d'elle-même. Et à l'amour.
"Elle prononce les mots comme on souffle une bulle de savon, ressent aussitôt en elle la propagation d'un souffle chaud qui court dans son dos."

"Baïkonour" est un très beau roman d'atmosphère, sur le deuil, l'amour et la quête de soi. Il interroge avec finesse les liens qui nous rassurent, nos attachements aux personnes et à la terre qui sont le fond de ce que nous sommes mais dont la dissolution, aussi douloureuse que salutaire, permet qu'advienne la véritable création de soi.
L'écriture d'Odile d'Oultremont est ciselée, minutieuse, saupoudrée d'humour et d'une verve affermie. Les personnages sont incarnés avec une sensibilité remarquable. Son style m'a rappelé la finesse et la poésie de l'écriture de Maylis de Kerengal et certaines scènes, dont celle, magnifique et quasi onirique qui ouvre le roman, les illustrations de Gustave Doré.

"Le spectacle est étrange. De toute sa puissance, la nuit se penche à présent sur le jour, lui fait de l'ombre, d'un coup il fait sombre, le golfe de Gascogne a viré grisâtre."

Je suis sortie de cette lecture imprégnée de la beauté périlleuse des côtes déchirées de la Bretagne, mais aussi de la densité de tous les personnages, dont la romancière parvient à nous faire toucher l'intime avec une justesse, une frappe et un talent qui se confirment.
"Baïkonour" est un roman qui dégage des saveurs minérales et dont les pages ont la puissance des embruns. On encourage définitivement l'auteure à user et abuser encore de sa liberté d'écrivain!
Odile d'Oultremont a reçu pour son pour son premier roman, "Les Déraisons", le prix de La Closerie des Lilas. "Baïkonour" est en lice pour le prix du Style 2019.

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