Chronique de lecture : Lumière pâle sur les collines de Kazuo Ishiguro

La dernière lecture : Lumière pâle sur les collines de Kazuo Ishiguro.

Chronique de lecture : Lumière pâle sur les collines de Kazuo Ishiguro

L’ouvrage mêle passé et présent à travers les souvenirs d’Etsuko, Japonaise expatriée en Angleterre, de l’époque où elle habitait le Nagasaki d’après-guerre. Ces réminiscences explorent ses relations avec son mari de l’époque et son beau-père, ainsi que Sachiko, une mystérieuse « amie » élevant seule sa fille.

Etsuko a ensuite quitté le Japon dans des circonstances inconnues et eu deux filles : Keiko, de père japonais, et Niki, née de ses secondes noces avec un Britannique. Les chapitres consacrés au temps présent explorent les échanges entre cette dernière et sa mère, alors qu’entre elles plane l’ombre de Keiko, morte suicidée quelque temps auparavant.

Le livre est très bien écrit, tout en nuances. J’ai particulièrement apprécié son traitement de la société japonaise, dont la culture me fascine. La place des parents, du respect des aînés et de la tradition y est primordiale. Entre le premier mari Jiro et son père, cela est particulièrement manifeste. Les tensions, les conflits se nouent et se dénouent tous de manière feutrée, sans éclats de voix, mais ne sont pas moins lourds de sens — entre dignité constamment entretenue et subtiles humiliations. Les non-dits, l’implicite sont partout, chaque personnage soucieux de sauver la face. Le beau-père par exemple veut être fier de son fils et le voir réussir, mais aussi être admiré et défendu par lui, conserver le dessus, le conseiller et parfois le contrôler. Jiro semble passif et assez désarmé face à ces sortes de manipulations, mais compense en dominant à son tour sa femme, dont les rapports avec lui demeurent flous tout au long de l’intrigue…

Enfin, le livre se dénoue sur une note ambiguë et mystérieuse, propre à semer le doute dans les esprits — au point que j’ai dû faire quelques recherches pour m’assurer d’avoir bien compris, et eu l’occasion de lire différentes interprétations. La narratrice semble moins fiable qu’il n’y paraît au départ, les multiples relations évoquées présentant de troublants parallèles ou offrant des métaphores de son propre vécu. Les tenants et les aboutissants ne nous seront pas dévoilés : la vie passée d’Etsuko, son départ de sa patrie, le décès de son aînée demeurent dans cette brume troublante. J’en ressors un peu sur ma faim, mais charmée par l’atmosphère, l’intelligence, l’écheveau complexe des personnages.

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