Vox – Christina Dalcher

Par Les Lectures Sucrées @Lecturessucrees

Jean McClellan est docteure en neurosciences. Elle a passé sa vie dans un laboratoire de recherches, loin des mouvements protestataires qui ont enflammé son pays. Mais, désormais, même si elle le voulait, impossible de s’exprimer : comme toutes les femmes, elle est condamnée à un silence forcé, limitée à un quota de 100 mots par jour. En effet, le nouveau gouvernement en place, constitué d’un groupe fondamentaliste, a décidé d’abattre la figure de la femme moderne. Pourtant, quand le frère du Président fait une attaque, Jean est appelée à la rescousse. La récompense ? La possibilité de s’affranchir – et sa fille avec elle – de son quota de mots. Mais ce qu’elle va découvrir alors qu’elle recouvre la parole pourrait bien la laisser définitivement sans voix…

Vous n’imaginez même pas, mesdames. Vous ne vous rendez pas compte. On retourne lentement à la préhistoire les filles. Réfléchissez. Réfléchissez à ce qui vous arrivera, et à ce qui arrivera à vos filles, lorsque les lois nous feront remonter le temps. Réfléchissez aux expressions comme « autorisation du conjoint » ou « consentement paternel ». Réfléchissez au moment où vous vous réveillerez un beau matin, en constatant que vous n’avez plus voix au chapitre.

Depuis la vidéo publicitaire de ce roman, je n’avais qu’un souhait : le découvrir. Je remercie Babelio et les éditions Nil pour cet envoi.

Du jour au lendemain, l’Église se tient aux côtés du nouveau Président des Etats-Unis et met en place un mouvement « Pur ». Chaque femme, adolescente et petite fille doivent désormais porter un bracelet électrique. Elles disposent de 100 mots par jour, pas un de plus au risque de recevoir une décharge pouvant atteindre 100 volts. L’État réussit à instaurer son mouvement Pur grâce à des propagandes et des fidèles de l’Église. Ces derniers souhaitent suivre et appliquer les souhaits du Révérend Carl qui « prêche » la parole de Dieu. Chaque personne du sexe féminin peut choisir la couleur de son bracelet pour en faire un accessoire de mode. Les femmes n’ont plus besoin de travailler, elles doivent se contenter de maintenir leur maison propre, de préparer de bons petits plats à leur famille, de satisfaire leur mari et d’être Pure.

Jean McClellan, docteur en neurosciences vit avec son mari Patrick, ses jumeaux Sam et Léo, son aîné Steven et sa petite fille Sonia en Amérique. Cela fait un an qu’elle a perdu sa voix et sa fille également. Cette célèbre scientifique ne travaille plus, ne parle plus, ne vit plus. Jean en vient à haïr son mari et à détester ses fils, car eux peuvent s’exprimer librement, travailler, se cultiver et décider. Mais lorsque le Président requiert ses connaissances, Jean tente le tout pour le tout, elle souhaite qu’on lui redonne sa voix, celle de sa fille et compte bien crier haut et fort sa rébellion.

J’ai tout de suite été plongée dans ce roman éprouvant et révoltant. En tant que femme, je ne peux que me sentir contrôlée, piégée et rabaissée en lisant le traitement que les USA inflige à mes congénères. J’ai été plus d’une fois stressée avec une boule dans la gorge en découvrant que le mouvement Pur cherche à relayer la femme au rang de « ménagère » et « objet sexuel ». Les femmes ne peuvent plus étudier, si ce n’est la couture, la cuisine et le jardinage. Les homosexuels sont considérés comme des criminels et sont envoyés dans des prisons et des camps pour travailler dans des conditions déplorables.  Ils sont obligés de cohabiter avec le sexe opposé pour les ramener sur « le droit chemin ». Vous êtes une femme : on vous coupe la voix ; vous êtes homosexuel : vous n’avez pas le choix de pouvoir aimer qui vous souhaitez. Imaginez-vous mesdames vivre dans ce monde ? Quel cauchemar, quelle honte, quel manque de considération de la Femme et de notre libre arbitre. Ce livre est une réelle claque. Je n’avais qu’une envie, aller dans la rue crier haut et fort que je suis une FEMME et que je suis LIBRE.

Le seul point négatif du roman est sa fin. J’aurais aimé qu’elle soit plus détaillée et que l’on sache concrètement ce qu’il est advenu des victimes de ce mouvement mais également des rescapés. J’ai eu le sentiment que cette fin n’en était pas une, car il me manquait des éléments pour quitter Jean et sa famille. L’histoire comporte de nombreux termes scientifiques liés au métier de Jean qui sont parfois compliqués à comprendre. Je me suis sentie plus d’une fois alourdie dans ma lecture par ces mots qui me sont inconnus.

C’est un coup de coeur, un roman glaçant, car quand on réfléchit bien, nous ne sommes jamais à l’abri qu’un mouvement aussi radical que celui des « Purs » voit le jour dans notre société. Je vous invite fortement à découvrir cette histoire et à la conseiller autour de vous afin de sensibiliser et surtout d’éviter qu’un jour nous soyons face à une telle abomination.