Tour Eiffel ou Tour Alice?

Tour Eiffel ou Tour Alice?

A comme Eiffel (Xavier Coste – Martin Trystram – Editions Casterman)

Et si la Tour Eiffel était en réalité une gigantesque lettre A, en hommage au grand amour caché de son célèbre concepteur? A comme la première lettre du prénom Alice, la cousine tant aimée de Gustave Eiffel, avec qui l’ingénieur français vécut une relation secrète pendant de très nombreuses années. Depuis son adolescence jusqu’à sa mort, c’est Alice que Gustave a toujours aimé, même si sa mère n’a jamais accepté que les deux cousins se marient. Au contraire: elle a obligé son fils à en épouser une autre, Marguerite, avec qui il eut plusieurs enfants avant qu’elle ne décède à seulement 32 ans d’un mal de poitrine lié à la pollution. De son côté, Alice ne pouvait pas avoir d’enfants, après s’être brisée le bassin en plusieurs endroits suite à une chute d’un toit sur lequel elle était montée avec Gustave pour (déjà) admirer la vue. Alice et Gustave, c’était l’alliance du fer et de l’air. De son vivant, Eiffel était déjà une légende. Acclamé dans le monde entier, il a conçu de nombreux viaducs et bâtiments plus ambitieux les uns que les autres, que ce soit en France, en Espagne, au Portugal, en Algérie ou au Vietnam. Sa marque de fabrique, c’était la structure métallique. On retrouve même une de ses armatures dans la statue de la Liberté à New York. Quant au point culminant de sa carrière, c’est bien sûr sa Tour de 300 mètres de haut, conçue pour l’Exposition universelle de 1889. C’est elle qui a fait de lui un personnage mythique, même si ce projet un peu fou s’est heurté à d’énormes résistances. Alice, elle, a toujours vécu dans l’ombre d’Eiffel, se contentant d’apparaître durant les brefs instants où il cessait de travailler. « Tu es devenu un mythe, quasi un demi-dieu. Il n’y a pas de place pour moi dans ta vie », lui dit-elle, au sommet de la « Dame de fer » de Paris. Et pourtant, c’était aussi un peu sa tour…

Tour Eiffel ou Tour Alice?

Il y a des biographies sages comme des images et d’autres qui le sont beaucoup moins. Celles qui font partie de la deuxième catégorie sont évidemment beaucoup plus intéressantes! C’est le cas de « A comme Eiffel », une BD dans laquelle Xavier Coste et Martin Trystram s’inspirent d’éléments biographiques réels sur la vie de Gustave Eiffel pour mieux s’en éloigner et signer ainsi une fiction romantique particulièrement touchante. « A comme Eiffel » n’est sans doute pas totalement fidèle à la vie de l’ingénieur français, mais peu importe. Ce qui est très enthousiasmant dans cette BD, c’est qu’elle parvient à donner corps aux rêves et aux tourments de Gustave Bonickhausen, dit Eiffel. Les auteurs de « A comme Eiffel » le transforment en un véritable personnage de roman, en mettant en avant à la fois son côté brillant et sa face beaucoup plus sombre. Il est vrai qu’Eiffel a connu la gloire absolue avant de vivre une descente aux enfers, d’abord lors du scandale financier lié au canal de Panama et ensuite lors de l’effondrement d’un de ses ponts ferroviaires en Suisse. C’était d’ailleurs un personnage complexe, puisque Gustave Eiffel était à la fois un grand scientifique passionné par les progrès techniques et un adepte du magnétisme pour identifier le meilleur endroit où construire ses ouvrages. Au milieu de cette vie tourmentée, Alice apparaît comme un personnage presque irréel, et surtout comme l’une des seules devant qui Gustave ose laisser tomber son armure. « A comme Eiffel » est une biographie graphique à la fois osée et poétique. Elle marque le retour au premier plan du dessinateur Xavier Coste, auteur il y a quelques années d’une biographie très remarquée sur Egon Schiele.


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