
Scénario de Renaud GARRETA et Laurent GRANIER
Thèmes : Ségrégation, Lutte pour les Droits Civiques, Journalisme, Histoire, États-Unis
Avec Reporter, nous suivons le jeune journaliste Yann Penn Koad au fil de ses reportages aux quatre coins du monde pour suivre l'actualité, avant qu'elle ne devienne de l'Histoire.
Avec ce tome, Alabama 1965, Bloody Sunday, nous le découvrons dans sa toute première mission.
2 janvier 1965, à Paris.
Yann est peut-être un " Bleu " mais il est très au fait de l'actualité américaine, intéressé, voire même attaché à la cause des Noirs dont il raconte l'histoire, les multiples figures et évènements, ce dont se fiche éperdument Cagliari.
Les Blacks, tu les aimes bien, mais tu n'es qu'un sale petit blanc-bec pour eux, ne l'oublie pas.
C'est grâce à Enna que j'ai découvert cet album dont la couverture m'a tapé dans l'œil.
Elle est magnifique !
Mais elle peut être trompeuse car on ne voit Martin Luther King qu'à la toute dernière planche (et deux fois dans le dossier).
Il est pourtant toujours question de lui, de ses discours, de son organisation (la SCLC - La Southern Christian Leadership Conference ), de ses décisions et de ses manifestations dans lesquelles il défile.
Ce 7 mars 1965, 600 manifestants emmenés par Hosea Williams et John Lewis sont arrêtés et tabassés par les policiers au Pont Edmund Pettus. Cela m'a permis de comprendre les premières planches du premier tome de Wake up America écrit avec John Lewis ( CLIC pour lire ma chronique sur cet album).
Le 9 mars, une deuxième marche est tentée mais ce sera celle du 21 mars qui sera un succès mais en se terminant tragiquement avec le meurtre de Viola Liuzzo, une Blanche horrifiée par ce qu'il s'était passé le 7 mars et qui avait décidé de partager le combat des Noirs.
" Et comme je le rappelais il y a encore quelques jours, combien de temps ?
Oh oui, je vous le dis, ça ne prendra plus très longtemps pour que nous obtenions gain de cause, face à la barbarie de quelques-uns... "
Martin Luther King
Cet album, c'est une enquête, un reportage sur l'engagement unilatéral et entier (quelle que soit sa cause) fort d'une documentation historique riche et précise (j'aime !), mais aussi un portrait tout en nuances des Etats-Unis d'alors, et un peu du monde du fait de la présence de quelques journalistes étrangers.
Il nous restitue les mentalités, des faits, des engagements forts, des épisodes plus ou moins connus (il me semble) de la Lutte pour les Droits Civiques, comme des agissements du FBI avec les " cointelrpo ", programme de contre-espionnage visant à s'introduire dans des groupes ou organisations comprenant des éléments politiques radicaux (Blancs Panthers ; Ku Klux Klan ; le parti communiste, le parti nazi américain etc.)
Si j'aime le fond, j'apprécie tout autant la forme.
Les pages de garde " recouvertes " de négatifs ou de rushes.
Le dessin dense, très expressif dans les mouvements ou les violences, même si moins dans les visages.
Le 8 mars 2015, Barack Obama fut le premier Président américain à refaire la marche de Selma à Montgomery à l'occasion de la commémoration des cinquante ans. Il conclut son discours ainsi :
" Cinquante ans après ce " Bloody Sunday ", notre marche n'est pas encore terminée, mais nous nous en approchons. Deux cent trente-neuf ans après la fondation de cette nation, notre union n'est pas encore parfaite, mais nous nous en approchons. Notre travail est plus facile parce que quelqu'un nous a permis de marcher de premier mile.
Quelqu'un nous a déjà fait traverser ce pont. Quand on sent que la route est trop dure, lorsque le flambeau nous semble trop lourd, il faut se souvenir de ces premiers voyageurs, et leur exemple nous rend plus fort... "
Barack Obama