Battements de cœur

Battements de cœur
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En deux mots:
L’histoire d’Anna et de Paul pourrait être celle d’un grand amour, d’une deuxième chance après une première union ratée. Mais la passion, même tardive, résistera-t-elle à l’usure du temps?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Anna et Paul, une histoire d’amour

En racontant l’histoire d’Anna, éditrice, et Paul, paysagiste, Cécile Pivot réussit un premier roman qui touche au cœur. Cet amour sera-t-il le bon, après une première expérience manquée de part et d’autre?

Après un échec sentimental, que ce soit du côté de la femme ou de celui de l’homme et que l’on soit quitté ou que l’on décide de quitter, vient forcément le temps des questions et souvent, celui des remises en question. Ai-je choisi le bon? Qu’est-ce-qui a fait que la relation a fini par s’user? Ne vaut-il pas mieux être seul que mal accompagné? Anna Capaldy a décidé de s’offrir un break. Sa rupture avec Étienne, qui a préféré aller voir ailleurs si l’herbe était plus verte, l’a secouée. D’autant qu’elle doit a sous son toit leurs deux garçons, Gabriel et Hugo, que les médecins ont diagnostiqué autiste et qu’elle entoure de toute son affection.
Elle a aussi édicté certaines règles. En tant qu’éditrice, elle s’interdit par exemple de coucher avec un écrivain. Les relations qu’elle s’autorise sont des aventures d’un soir: «Elle compte sur le sexe et les hommes pour s’amuser dans la vie».
Une relation sérieuse est d’autant plus inenvisageable qu’elle n’aime que les hommes qui la fuient.
Lors de ce dîner chez Louis Landersonne, elle a à peine remarqué son frère Paul et, il faut bien l’avouer, est surprise de l’invitation à déjeuner au Plaza qu’il lui propose au lendemain de leur rencontre.
Paul, qui a également un parcours sentimental et conjugal chaotique, s’investit davantage dans son métier de paysagiste que survole l’éducation de ses deux enfants, Rose, la fille qu’il a eu avec Isabelle et Tom, le fils qu’il a eu avec Laurence sept ans plus tard. Il a appris à «éteindre le feu avant même l’étincelle».
Et si leur premier rendez-vous se passe très bien, il vont vite se rendre compte que leurs intérêts sont n ne peut plus divergents. « Elle aime la ville, lui la nature. Elle aime la mer, lui la campagne. Elle lit beaucoup, lui peu. Elle est bordélique, lui est maniaque. Elle se couche tard, lui s’endort tôt. Elle goûte les bourgognes, lui les bordeaux. Ces dissemblances deviennent vite un jeu entre eux. Ils se séduisent, se défient, tentent de se convaincre qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre, mais c’est perdu d’avance et ils le savent.» Anna a 38 ans, Paul 43. Ils ne vont plus se quitter.
Au bout de quelques mois, ils décident d’acheter une maison, partent en vacances tous les six en Grèce puis en Toscane. Un bonheur que Tom a envie de partager. Il demande à son père de vivre avec eux. Anna va accepter, même si elle sent que l’équilibre des familles recomposées et fragile. Peut-être a-t-elle l’intuition d’un premier coup de canif dans leur contrat. Ce qui n’était qu’un jeu entre eux, le refus de Paul de se marier, va devenir une source d’inquiétude.
Quand Gabriel, qui a rompu avec son père, prend son envol et s’engage dans des études de médecine – il veut se spécialiser en autisme – il faut s’adapter à nouveau.
Au fil des jours, on va constater l’usure du couple que Hugo, hypersensible, sent au plus profond de lui. L’heure de prendre de la distance a sonné.
Cécile Pivot a la précision de l’entomologiste pour dire combien telle attitude, tel détail, telle remarque vient s’inscrire au passif de cette histoire d’amour qui, comme dit la chanson, finit mal en général. Un premier roman très réussi, sensible et qui sonne on ne peut plus vrai.

Battements de cœur
Cécile Pivot
Éditions Calmann-Lévy
Roman
272 p., 17,90 €
EAN : 9782702165607
Paru le 2 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, Fontainebleau, Nogent-sur-Marne et Marseille. Il y est aussi question de lieux de villégiature à Arcachon, Beaulieu-sur-Mer, Rome, Madagascar, Paros ainsi que d’un séjour sur la côte adriatique, entre Bol et Split, d’un autre au Japon, à Kyoto, Uno et Teshima et d’une escale à Munich.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Elle aime la ville, lui la nature. Elle aime la mer, lui la campagne. Elle lit beaucoup, lui peu. Elle est bordélique, lui est maniaque. Elle se couche tard, lui s’endort tôt. Elle goûte les bourgognes, lui les bordeaux. Ces dissemblances deviennent vite un jeu entre eux. Ils se séduisent, se défient, tentent de se convaincre qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre, mais c’est perdu d’avance et ils le savent.»
Tout oppose Anna et Paul, hormis une même habitude des relations sans lendemain. Et pourtant, ces deux grands solitaires vont s’aimer. Passionnément. Un amour si dense, si parfait, qu’il suffirait d’un rien pour qu’il vole en éclats.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Valmyvoyoulit
Blog de fflo la dilettante
Blog Aude bouquine

INCIPIT (Les premières pages du livre)
MER ADRIATIQUE, CROATIE
Août 2017
À bord du ferry qui laisse derrière lui Supetar, Joséphine, sept ans le 10 septembre prochain, joues rondes et peau semée de taches de rousseur, habillée d’un short et d’un débardeur orange, arbore deux nattes brunes qui lui donnent un petit air coquin et joyeux mais ne disent rien de sa tristesse.
Le paysage défile lentement devant les yeux de la petite fille, adossée au garde-corps. Elle a aimé ses montagnes couvertes de champs d’oliviers et de chemins de rocaille, ses pins odorants, les galets qui lui brûlaient la plante des pieds avant qu’elle ait le temps de se jeter à l’eau, les glaces en fin d’après-midi, les chats qui se prélassaient au soleil devant les portes des maisons, qui se nourrissaient des poissons que les pêcheurs voulaient bien leur abandonner. Son genou cogne de manière régulière contre la rambarde en un geste entêté.
Depuis le ferry, Joséphine discerne une femme, allongée sur la petite plage de la crique, point minuscule et vêtue, lui semble-t-il, d’un maillot de bain une pièce noir. Elle aimerait être à sa place.
La femme que discerne la petite fille au loin se prénomme Anna. Elle vient de terminer Le Lit défait de Françoise Sagan, d’en lire la dernière phrase, « Et lorsque levant les yeux, elle aperçut son reflet dans la glace, lorsqu’elle vit cette femme brune, si sombre et si fatale, entourée de toutes ces roses matinales et mortes, embuées de rosée, elle ne put s’empêcher de penser que, de toute façon, en même temps qu’un bel amour, Édouard lui avait offert un beau rôle. »
Joséphine fait provision de paysages et de lumières. Elle se raconte une histoire. Le ferry tomberait en panne et on aurait tous le droit d’aller se baigner en attendant qu’il reparte. On raterait l’avion, le temps se serait arrêté.
Anna a maintenant l’habitude de voir passer les ferrys au loin. C’est le même mouvement, lent et imposant, aux mêmes heures de la journée. Elle referme son livre. Le bateau est déjà hors de vue. Elle sourit. Et elle, que dirait-elle ? Paul lui a-t-il offert, sinon un beau rôle, un bel amour?

PARIS, FRANCE
Avril 2004
Paul est en retard, mais personne ne lui en tiendra rigueur. Il va dîner chez son frère cadet et passera la soirée avec leurs amis communs. Ils seront nombreux, comme toujours chez Louis, le bon vivant de la famille, enjoué et affectueux, qui aime les grandes tablées, avoir du monde autour de lui, sortir avec des filles drôles et effrontées, qui l’embarquent pour des nuits qui se terminent à l’aube, jouer au rugby avec ses copains le dimanche au bois de Boulogne et faire de la voile en Bretagne l’été venu. « Un sacré fêtard », « un type vraiment gentil », « on peut compter sur lui », « un mec droit », c’est ce que disent de lui ses amis et sa famille. L’opposé de Paul le lunatique, qui arbore souvent un air revêche, prend les choses trop au sérieux et se montre intransigeant dès qu’il s’agit d’écologie et de développement durable. « Insaisissable », « ténébreux », « antipathique », « généreux », « attentionné » : sont les mots que l’on emploie à son propos et personne n’est d’accord avec personne.
Au-delà des apparences, rien n’est aussi simple ni aussi caricatural. Lequel ne s’est pas marié et ne veut surtout pas d’enfant ? Louis. Qui en a deux ? Paul. Et qui plus est de deux femmes différentes, dont il est aujourd’hui séparé. Depuis, il s’est promis que plus jamais.
Paul est enfin arrivé. Il fait le tour des convives, déjà attablés, claque la bise aux amis. Ils lui demandent des nouvelles de ses enfants, d’où il vient comme ça, avec cet air hirsute et son jean tout crotté. Ils sont contents de le voir. Il se dirige vers la seule personne qu’il ne connaît pas.
— Bonsoir. Paul.
— Anna.
— C’est mon grand frère, précise Louis.
— Je sais, nous nous sommes vus à ton anniversaire, Louis.
— Mais oui, c’est vrai ! répond-il, avant de retourner en cuisine.
Paul n’a gardé aucun souvenir d’elle.
— Oui, je me souviens, murmure-t-il d’un ton distrait.
— Non, vous ne vous souvenez pas, lui dit-elle en riant. Ça n’a aucune importance, on ne se souvient pas de moi la première fois, je ne sais pas pourquoi.
Lui sait. Elle n’est pas son genre. Il préfère les blondes et les rousses féminines, grandes, le corps plantureux, la tête solide, l’esprit pratique, qui veulent vivre des histoires d’amour légères. Il fuit les torturées, les intellos, les féministes revanchardes, les revanchardes tout court, les anorexiques. Il part en courant quand elles n’ont pas d’enfant à trente ans passés. En fait, avec le temps, il apprécie de plus en plus les pétasses. Il assume. Et pour elles, aucune préférence physique. Plus elles sont consternantes, vulgaires, plus elles parlent fort, font des selfies à tout-va, plus elles l’excitent.
Cette Anna est l’opposé. Elle est petite, mince, ses yeux sont d’une couleur indéfinissable et son visage, d’une pâleur extrême, est encadré par de longs cheveux noirs. Il est difficile de deviner de prime abord d’où provient précisément sa distinction que l’on remarque dès le premier regard et qu’elle habite comme une seconde peau. Elle a le sourire généreux, elle rit facilement, mais ne se départ pas d’une certaine froideur qui tient l’autre à distance. Elle doit séduire les hommes qui aiment les poupées, pense Paul. Elle ne le laisse pas indifférent, mais il n’est pas certain de la trouver agréable. Est-ce parce qu’elle n’a pu s’empêcher de lui faire remarquer qu’il lui avait menti, ou le mélange de douceur et de fermeté qui émane d’elle, ou encore son regard, qui se plante dans celui de son interlocuteur et ne le lâche pas ? Il n’en a pas la moindre idée.
Anna pense qu’elle ne sait décidément pas se taire quand il le faut. C’est malin de dire à un inconnu, d’un air bravache, que personne ne se souvient d’elle.
Les conversations vont bon train, les verres s’entrechoquent. On félicite Louis pour ses lasagnes maison. Olivia confie à Juliette qu’elle ne s’habille plus que chez Monoprix et Zara. « À quelques exceptions près, précise Renaud, son mari, Jérôme Dreyfuss pour les sacs, Patricia Blanchet pour les chaussures, Isabel Marant si on a une soirée… » Camille et Isabelle prennent la défense d’Olivia. « Encore heureux qu’elle se fasse plaisir, après les heures qu’elle fait au bureau. Et puis dis donc, on ne t’a pas vu dernièrement avec un costume Renoma ? »
Paul raconte à Vincent ses journées passées près de Fontainebleau, où il réaménage pour un couple d’hôteliers un parc de dix hectares, les arbres qu’il est en train d’y planter, les fleurs qu’il prévoit d’installer autour de la maison, les allées qu’il remet à neuf, les nouvelles perspectives visuelles, que les propriétaires découvriront dans quelques mois. Bientôt, peut-être, il signera avec le Ritz pour l’aménagement des terrasses. Il a envie de leur proposer dans le cahier de charges… mais brusquement il se tait. C’est le rire de cette femme, Anna, assise à la gauche de Louis, qui lui a fait perdre le fil de sa conversation. Un rire particulier et très rauque, rauque comme le timbre de sa voix, réalise-t-il maintenant qu’il arrive à le discerner parmi les autres. Puis il remarque ses mains, longues et fines, aux ongles coupés court et dépourvus de vernis. Il se penche légèrement pour voir son visage mais elle est tournée de l’autre côté, il ne voit que ses cheveux qui lui tombent sur les épaules. Alors il revient à ses mains, qu’elle ne cesse d’agiter en des mouvements amples ou brefs. Ses mains qui passent dans ses cheveux pour venir enrouler des mèches autour de ses doigts, entament un geste pour les attacher puis les relâcher, jouent avec sa fourchette qu’elle fait tourner comme une baguette de majorette. Ses mains qu’elle cache sous la table et qui réapparaissent aussi sec. Des gestes délicats et fébriles, oui, ce sont les adjectifs qui disent le mieux son agitation. Sa mère, professeur de français et de grec, a donné à Paul le goût des mots. Il aime depuis son enfance trouver ceux qui conviennent le mieux à chaque situation, les plus justes et les plus précis. Le vocabulaire est un domaine où il refuse l’approximatif. »

Extrait
« Les livres sont devenus son refuge, sa forteresse indestructible, son mode d’emploi de la vie. Le bonheur se cachait dans les mots, dans ces existences parallèles à la sienne, et cela, même quand ils racontaient des histoires insoutenables et sordides. Elle n’aurait échangé son bonheur de la lecture contre rien au monde. »

À propos de l’auteur
Cécile Pivot est journaliste et s’offre avec plaisir quelques incursions dans l’écriture.
Battements de cœur est son premier roman. (Source : Éditions Calmann-Lévy)

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