Forêt obscure

Forêt obscure

Forêt obscure – Nicole Krauss

Éditions de l’Olivier ( 2018)
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Paule Guivarch
Forêt obscure met en scène deux personnages dont on va suivre le cheminement dans des lieux identiques, sans qu’ils ne se rencontrent jamais, un homme et une femme d’âges différents parvenus tous les deux dans une sorte d’impasse existentielle, qui ne trouvent plus de sens à leur vie.
Tout d’abord, Jules Epstein, un riche new-yorkais de soixante-huit ans qui se dépossède petit à petit de tous ses biens en faisant don de ses œuvres d’art, de son argent. Son objectif, désormais, est de faire un leg conséquent à une fondation, une œuvre caritative ou une association d’Israël en échange d’un hommage à ses propres parents. Dans l’avion qui le mène à Tel-Aviv, il retrouve un rabbin qu’il a rencontré à New-York quelques jours auparavant et qui a prétendu qu’Epstein était comme lui-même un descendant du Roi David. Un peu malgré lui, une fois à Tel-Aviv, alors qu’il cherche à préciser son projet de donation, Epstein va se trouver invité par le rabbin Klausner dans sa communauté religieuse, ce qui va le mener à de nombreuses interrogations et à une remise en question personnelle.
L’autre personnage, c’est Nicole, alter ego de l’auteur, comme elle écrivain et mère de deux jeunes enfants, en pleine prise de conscience de l’effondrement de son couple. Elle peine à écrire un nouveau roman et décide de partir en Israël afin de s’installer à l’hôtel Hilton de Tel-Aviv, là où elle a passé tant de moments heureux de son existence. Sur les conseils d’un parent, elle rencontre un professeur de littérature à la retraite, Friedman, qui aurait, selon les dires de son parent, été un temps membre du Mossad. Friedman voudrait lui confier une mission. Nicole est intriguée puis presque déçue lorsque Friedman lui présente des textes, des documents inédits, des lettres ayant appartenu à Franz Kafka et qui sont stockés dans un appartement de Tel-Aviv.
Le roman se présente comme une succession de chapitres, consacrés tour à tour aux deux personnages de l’histoire, il les accompagne dans leurs interrogations sur le sens de leur vie, leurs analyses du passé, la conscience de leur religion et de leur spiritualité. Il montre leurs doutes, leurs recherches d’un but, d’un nouvel élan pour l’avenir, aussi différent qu’il puisse être pour un homme âgé revenu de tout que pour une jeune femme qui a encore toute la vie devant elle.
C’est un livre impossible à résumer tant il est riche et complexe et tant il mêle habilement petits incidents de la vie quotidienne et réflexions profondes philosophiques, théologiques et existentielles. On y découvre tout autant l’architecture et l’ambiance de l’hôtel Hilton de Tel-Aviv que l’œuvre et la vie réelle ou supposée de Kafka, ou encore les conséquences d’un séjour dans le désert. On suit Nicole et Epstein dans les étapes de leur quête, passant d’épisodes bien concrets jusqu’à des aventures oniriques ou fantasmatiques, où pointe parfois l’absurde.
Dans une interview vidéo, Nicole Krauss assume la complexité de son roman et la revendique, conseillant de le relire, une fois qu’on l’a terminé, pour mieux dénicher les indices qu’elle a semé tout au long des chapitres et qu’on ne détecte pas forcément à la première lecture. Avant de regarder cette vidéo, c’est ce que j’avais déjà fait et je ne suis pas sûre que deux passages soient suffisants ! C’est un livre plein de ressources, qui demande un effort, mais ça, je commence à y être habituée avec Nicole Krauss et je me demande pourquoi je persiste à emprunter ses livres à la médiathèque, sachant très bien que les trois semaines de prêt ne me suffiront pas à démêler les multiples pistes de son roman et qu’il me restera de nombreux chemins à explorer pour saisir tout ce qu’elle a voulu nous dire !
Pages 24-25
La veille du premier anniversaire du décès de ses parents, Epstein décida deux choses : prendre un crédit hypothécaire de deux millions de dollars sur son appartement de la Cinquième Avenue et partir pour Israël. Emprunter était nouveau pour lui, mais Israël était un lieu qu’il avait souvent visité au fil des années, attiré là-bas par tout un réseau d’allégeances. Il s’installait rituellement dans le grand salon du quinzième étage du Hilton, où il recevait la visite d’une cohorte d’amis, de parents et d’associés, intervenant dans tout, distribuant de l’argent, des opinions, des conseils, résolvant de vieux conflits et en créant de nouveaux. Cette fois, cependant, il donna l’ordre à son assistante de ne pas remplir son planning ainsi qu’elle en avait l’habitude mais de prendre des rendez-vous avec les bureaux du développement du centre médical Hadassa, l’institut Weizmann et l’université Ben-Gourion, afin d’explorer les possibilités d’une donation au nom de ses parents. Le reste de son temps devait demeurer libre, lui dit Epstein. Peut-être louerait-il une voiture pour visiter des régions où il n’avait pas mis les pieds depuis longtemps, comme il l’avait souvent envisagé sans jamais le faire, trop occupé qu’il était à se disputer, à s’impliquer outrageusement, à ne jamais s’arrêter. Il voulait revoir le lac de Tibériade, le Néguev et les collines rocheuses de Judée. Le bleu minéral de la Mer Morte.
Pages 167
(…) La chienne et les croissants, le sac froissé rempli de livres de poche en lambeaux, les chats, le Mossad et Friedman qui, peut-être, ne faisait que chercher un moyen de se distraire pendant sa retraite : tout cela me sembla soudain presque comique. J’avais aussi abandonné pour le moment mon premier objectif, celui d’écrire un roman, encore que ce ne soit jamais exactement un roman que l’on rêve d’écrire, mais quelque chose de beaucoup plus global auquel on donne le nom de roman pour masquer une folie des grandeurs ou un espoir opaque. J’étais devenue incapable d’écrire un roman, de même que je n’arrivais plus à faire des projets, parce que mes problèmes professionnels et personnels n’en constituaient qu’un seul : je me méfiais désormais de toutes les formes que je pouvais donner aux choses. Ou bien j’avais perdu confiance dans ma capacité instinctive à leur donner forme.
D'autres avis sur ce livre ici et .
La vidéo dont je parlais plus haut, proposée par Diacritik :

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