Deaf

Deaf

LECTURE EN AVANT-PREMIÈRE
Deaf
Titre : Deaf / dernier tome de la trilogie Les Singes de la Bêtise     Auteur : Joseph Kochmann - facebook     Sorti le 9 décembre 2018     Lu entre le 27 novembre et le 3 décembre     Auto-édition     Genre : thriller / fantastique / horreur
4eme de couverture
Prisonnière d’un royaume entouré d’un mur si haut qu’il cache les rayons du soleil, Manon, courageuse cadette de la famille Dauphin, se bat pour renverser l’odieux roi Deaf. Au même moment, Camille, jeune artiste au cœur lourd, se réveille dans le corps d’un amour perdu tandis qu’Edward, lecteur passionné, découvre un roman mystérieux. Pourchassés par d’atroces créatures squelettiques à têtes de corbeaux, parviendront-ils à survivre à ce monde étrange et ainsi mettre un terme à leurs sordides histoires??
Je remercie Joseph Kochmann pour sa confiance ainsi que son soutien sans failles, il m’a offert l’occasion de découvrir Deaf en avant-première. 
Deaf
     Deaf n’est autre que la suite logique de Mute puis de Blind, clôturant ainsi la trilogie des Singes de la Bêtise. La boucle est enfin bouclée, traduisant l’aboutissement de très nombreuses années d’écriture et de réécriture, d’un travail acharné afin que les trois livres puissent voir le jour. Deaf est sans l’ombre d’un doute mon préféré des trois, celui que j’ai pris le plus de plaisir à lire et à analyser. Je le savais avant de commencer la lecture, j’avais été avertie, ce tome est le plus personnel des trois, peut-être le plus violent aussi, cela se ressent. Le lecteur non seulement comprend mais sent aussi qu’il fallait que cela sorte, qu’il s’agissait d’une nécessité, d’un réel besoin. 
     Je ne vous présente plus l’univers original et décalé de Joseph Kochmann que j’ai déjà évoqué et développé dans mes précédentes chroniques (Mute/Blind). J’ai plutôt envie d’aborder cette fois-ci la construction du livre et de l’intrigue qui s’avère, elle aussi, être des plus originales. Bien qu’elle puisse sembler assez banale de prime abord, on se rend très rapidement compte qu’elle suit une logique implacable qui se dévoile, au fil des chapitres, dans toute sa richesse et sa complexité. Vous comprendrez bien vite que l’auteur ne laisse rien au hasard, tout est minutieusement étudié, dans les moindres détails de la structure du livre. Véritable énigme que l’on déchiffre non sans mal mais avec un goût très prononcé de satisfaction. Tout s’emboîte parfaitement et des éléments des deux autres tomes viennent ajouter du piment mais surtout des éclairages particulièrement fascinants sur Deaf
     Nous suivons ici plusieurs personnages, développant ainsi plusieurs points de vue qui permettent tous d’aborder l’histoire selon un angle différent mais complémentaire. On sent les rouages se dessiner, on les pressent, les ressent et les devine, le mécanisme est plus que bien huilé, témoignant d’une construction sans failles mais surtout, du travail d’un perfectionniste. Les personnages apparaissent comme des entités qui se dévoilent au fil des livres, éléments d’une fiction qui en rejoignent une autre, immense boucle dans laquelle tout prend sens. Je savais que je ne devais pas m’attarder sur chaque élément, sur chaque détail, je me devais de laisser l’auteur me guider afin de savourer pleinement l’intrigue. C’est ce que j’ai fait et la magie des mots a opéré, m’offrant la possibilité de savourer pleinement chaque réflexion. 
     Ce qui peut frapper dans ce texte, ce qui assurément interpelle, c’est l’expression d’un profond mal-être intérieur mais surtout, d’une rage de vaincre, de vivre, d’apprendre de ses erreurs et de donner le meilleur de soi-même. Plus qu’un exutoire, ce livre délivre des clés pour s’accepter et s’assumer dans le monde, pour aller de l’avant et sourire aux autres. La souffrance n’est pas une finalité, elle peut être considérée comme une étape, un moyen de se rendre compte que le bonheur nous tend parfois les bras, que la vie n’est pas un long fleuve tranquille mais qu’elle offre un large éventail de possibilités. Il ne faut pas avoir peur de s’ouvrir aux autres, d’aimer et d’être aimé, de sortir d’une torpeur quasi meurtrière pour aller à la rencontre de la vie...  Ce livre délivre un véritable message d'amour et de respect, de tolérance, mais aussi et surtout d'empathie, cette capacité à écouter les autres et à se mettre à leur place, une qualité humaine bien trop souvent négligée...
Deaf
     Ce livre traduit différents mal-êtres qui peuvent trouver un écho plus ou moins fort dans la vie des individus. Le premier n’est autre que celui d’un jeune garçon mal dans sa peau, d’un adolescent presque adulte (adulescent?) qui se cherche et se raccroche à un amour illusoire qui fait mal. Son histoire est touchante mais j’avoue que ce personnage m’a rappelé quelques mauvais souvenirs, une personne dont l’obstination m’a énormément fait souffrir. J’ai donc dû apprivoiser ce personnage, réussir à ne plus l’assimiler à cet autre, à en faire un être à part entière, protagoniste du récit. Cela n’a pas été facile, mais les différents chapitres aidant, j’y suis finalement parvenu. Camille, pour ne pas citer l’un des héros de Deaf, est un personnage au demeurant attachant bien qu’un peu étrange, on ne sait pas vraiment comment le cerner ni quelles sont ses réelles intentions. Un voile de mystère plane autour de lui, lui conférant un statut très particulier et ambigu qui prend de plus en plus d’ampleur au fil du récit. Sa souffrance est loin d’être niaise, elle est profonde et vive, résultat de plusieurs années de refoulements, de remises en question et de doutes permanents. 
    La seconde forme de mal-être évoqué est ici un peu plus générale quoique personnelle d’une certaine manière. Elle concerne l’écrivain, l’homme ou la femme qui doute derrière son cahier ou son écran, qui doute et ne se sent pas légitime ; cette personne qui vit avec ses personnages et tenter de faire passer des messages en s’inspirant de son expérience. Dans Blind, j’avais déjà prés-senti une réflexion sur le statut de l’écrivain, notamment de celui qui écrit des thrillers, avec Deaf, l’approche est quelque peu différente. Joseph Kochmann nous fait part, grâce à de nombreuses et habiles mises en abyme, de tout ce qui fait effraie les auteurs en devenir mais aussi de ce qui les freine dans leur élan. Au gré des réflexions d’Edward, un des personnages-clés du récit, des conseils sont distillés, des ébauches de réponses, des pistes à explorer. On comprend le calvaire qu’a vécu l’auteur, car je ne doute pas que tout ce qui a été écrit s’inspire en réalité de son propre vécu, de ses propres errements quant à sa légitimité de publier ses livres, de les exposer à un public… 
      Revenons un peu plus en détails sur les personnages… Chacun d’entre eux possède des caractéristiques uniques que l’on retrouve pourtant dans Mute et Blind. Si vous les avez lu, vous trouverez sans doute des ressemblances entre les multiples protagonistes des différents tomes. On peut par exemple évoquer un pseudo triangle amoureux, je dis bien pseudo car ici le choix est déjà fait pour la personne doublement convoitée. J’ai horreur des triangles amoureux dans le sens où on l’entend communément, ici l’emploi est différent. Ouf. J’ai aussi envie d’évoquer Deaf, qui au même titre que Mute et Blind (romans éponymes donc), apparaît comme un être atypique et fascinant, qui n’en fait souvent qu’à sa tête. Deaf, comme son nom l’indique, est sourd, mais ce n’est pas sa seule particularité. Deaf est un roi violent et autoritaire, un homme qui semble peu soucieux du bien de son royaume, très enclin aux démonstrations sanglantes pour asseoir sa domination. 
Deaf
    Vous comprendrez vite que Deaf et son royaume sont tout droit sortis d’une imagination torturée mais ô combien fascinante. N’ayez pas peur de ce que vous allez trouver, laissez-vous surprendre par la tournure des événements, les métaphores et l’humour parfois douteux des personnages. Coeur-Mort vous apparaîtra comme un mystère de plus à ajouter à la multitude que je ne peux lister. Entre corbeaux, livre magique et Résistance, ce livre vous entraînera dans une aventure folle et tortueuse, empruntant des chemins escarpés ainsi que des routes étroites et sinueuses. Vous ne serez pas au bout de vos surprises, je peux vous le garantir ; ne prenez rien pour argent comptant, tout n’est que perpétuelle remise en question d’un schéma qui se veut déstabilisant et totalement maîtrisé. 
     J’aime toujours autour la plume de Joseph Kochmann, riche et sensible… Encore une fois l’univers dépeint par l’auteur est original, décalé et violent, mais c’est ce qui fait son charme, témoin d’une souffrance qui se devait d’être exprimée et partagée. Je peux vous assurer que, eu égard de cette lecture, Mute et Blind démontrent toute leur puissance, apportant des éclairages plus qu’appréciables. La fin de l’histoire… Un final en apothéose qui dégage des émotions diverses mais intenses, c’est avec un petit serrement au cœur que j’ai dit au revoir à cette trilogie. Ce n’est qu’un au revoir car elle restera gravée dans mon cœur de lectrice. Je me rappellerai longtemps de cette scène épique digne des plus grands films d’aventures ! 
    En définitive, Deaf clôture parfaitement la trilogie Des Singes de la Bêtise. Ce dernier tome est certes plus violent que les précédents, mais aussi beaucoup plus personnel. Il traduit un mal-être intense, celui d’un adolescent qui cherche sa place dans le monde, d’un adulte en devenir qui peine à s’assumer. Deaf s’intéresse également à la question de l’écrivain, des doutes qui l’assaillent à sa légitimité qu’il daigne ou non s’accorder… À travers ces deux réflexions, le visage de l’auteur se dessine, celui de l’homme derrière les mots. En ce sens, j’ai passé un très bon moment avec ce livre que l’on devine authentique, non seulement dans sa démarche mais aussi dans son écriture. Tout est minutieux, fruit de nombreux choix afin de proposer une saga dans laquelle tous les éléments s’emboîtent et prennent sens, en témoigne les mises en abyme aussi fascinantes que déroutantes... Plus qu’un thriller fantastique gore, ce livre s’avère être le synonyme d’une délivrance, un témoignage sensible qui touche le lecteur en plein cœur. 
3 raisons de lire Deaf :
- Un dernier tome absolument fabuleux- Un univers décalé, original et gore- Une fin époustouflante
PS : Je suis amoureuse de la couverture 
Vous pouvez vous le procurez et vibrez avec Deaf ici 
Deaf

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