Debout-payé, Gauz

Je vous parlais il y a quelques jours d'un réjouissant nouveau club lecture entre copines dans le cadre duquel j'ai pu lire Les amnésiques, et dont le deuxième livre du mois est Debout-payé, écrit par Gauz, photographe, scénariste et directeur d'un journal en Côte d'Ivoire. 

Debout-payé, Gauz
Libres pensées...
Debout-payé raconte le quotidien des hommes exerçant en tant que vigiles. Ils sont le plus souvent immigrés, noirs, disposant de peu de ressources, et le métier de vigile est l'un de ceux qui leur ouvre les bras. Dans les grandes surfaces comme dans les petites boutiques parisiennes, ils sont payés pour passer la journée debout, doivent traquer les vols et l'ennui, et n'ont guère de perspectives d'amélioration de ce quotidien répétitif et morne. Certains, comme Ossiri, étudiant ivoirien sans papiers, sont arrivés là en suivant le mirage d'une vie meilleure, où ils pourraient devenir quelqu'un, gagner de l'argent et subvenir aux besoins de leur famille restée au pays. Arrivés en France, ils s'entassent dans des logements insalubres, se contentent de petits boulots quand ils en trouvent, voient leurs espoirs s'éteindre, alors qu'ils côtoient, depuis la boutique Camaïeu de Bastille jusqu'au Sephora ou au Virgin Megastore des Champs-Elysées, une certaine image luxueuse de la France.
La forme du roman est inattendue : après avoir assisté à l'entretien de recrutement de nouveaux vigiles, l'auteur nous propose un florilège des moments du quotidien d'un vigile : des bribes d'une conversation entendue chez Camaïeu, une ébauche de typologie des clients, la radio qui défile en boucle, toutes sortes de petites choses qui distraient le vigile, qui s'accumulent et forment sa journée que menace un ennui cuisant.
Puis, on fait la rencontre de Ferdinand, et d'Ossiri, tout juste arrivé de Côte d'Ivoire, qui trouve un poste de vigile aux Grands Moulins de Paris, et croise la route de Kassoum.
De nouveau, l'auteur nous plonge dans des petits paragraphes qui constituent ensemble la mosaïque de l'expérience de vigile, cette fois dans le magasin Sephora des Champs-Elysées.
Le récit de Gauz rejoint ceux qui donne à voir la cohorte des invisibles, ceux auxquels on ne donne pas la parole, les oubliés de la représentation sur l'espace public. Nous avons tous déjà croisé le chemin d'un vigile, intériorisé qu'il s'agissait fréquemment d'hommes noirs, sans doute immigrés, sans vraiment nous arrêter à leur sort, sans nous demander comment l'on peut faire, pour rester debout toute une journée, engoncé souvent dans un costume, à tâcher de devancer les combines des voleurs en cabine ou en rayon, à se fondre dans un décor sans âme, à attendre la fin de la journée et la fin du mois.
Le ton employé par l'auteur est satirique, créant un drôle de sentiment parfois à la lecture, dans la mesure où il serait facile, au contraire, d'adopter un ton grave pour relater certains pans du parcours des hommes dont on suit l'histoire. Cette approche présente cependant l'intérêt de rendre tangible cette réalité, de montrer comment se traduit le métier de vigile, à travers ces mille petites choses qui occupent l'esprit un instant, qui reflètent l'habitude de la façon dont s'organisent les magasins où travaille le vigile. D'une certaine façon, elle crée une proximité entre le lecteur et les protagonistes, car l'on reconnaît des mécanismes, des réflexes de pensée communs, ainsi le vigile prend corps devant le lecteur qui n'a peut-être jamais vraiment fait attention à lui, dans la vie réelle.
Debout-payé est un récit à la fois mordant et sensible, une satire sociale qui révèle le sort de ceux qui sont là sans qu'on ne les voie vraiment, de ceux qui n'apparaissent jamais en héros, et pour lesquels il n'existe guère de perspectives de changement. Derrière ses airs humoristiques, c'est une peinture de l'injustice sociale dans un pays qui se targue d'être celui de la méritocratie.
Pour vous si...
  • Vous vous demandez ce qu'il y a à dire sur les vigiles
  • Vous n'êtes pas un grand fan d'Anna Gavalda

Morceaux choisis
"Entrés chômeurs dans ces bureaux, tous ressortiront vigiles. Ceux qui ont déjà une expérience du métier savent ce qui les attend les prochains jours : rester debout toute la journée dans un magasin, répéter cet ennuyeux exploit de l'ennui, tous les jours, jusqu'à être payé à la fin du mois. Debout-payé. Et ce n'est pas aussi facile que ça en a l'air."
"Le vigile est toujours à la recherche d'une épithète pour qualifier le mélange d'odeurs que donne un pet nauséabond lâché dans le rayon des parfums pour femmes."
"Sur les Champs-Elysées, le Virgin Megastore [RIP] se trouve au-dessus du Monoprix. Le plafond des surgelés est le plancher du rayon des livres. Le filet de cabillaud surgelé d'Alaska prédécoupé Queens Oceans, juste en-dessous d'un Anna Gavalda : rencontre des fadeurs."
"Dans les milliers de films d'action et de séries B réalisés depuis L'Arrivée d'un train en gare de la Ciotat, aucun vigile n'a jamais été un héros. Au contraire, ce sont eux qui meurent très vite et de façon anodine dans les plans d'attaque que monte le héros pour arriver à la grande bataille contre le méchant dans la scène finale.
Dans le Scarface de Brian DePalma, la scène finale l'attaque de la maison de Tony Montana, est un parfait exemple de massacre de vigiles au cinéma."
Note finale3/5(édifiant)

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