Sale quart d'heure pour la mort (Karine Gournay)

Sale quart d'heure pour la mort (Karine Gournay)

Disponible sur Amazon

La menace Bluewaters (Raphaël Glutz)

Auteur : Karine Gournay

Edition : Evidence

Paru le : 23 Octobre 2017

240 pages papier

Thème : Policier

  *******

 Résumé :

« La journée n’avait pas si bien commencé que ça pour l’inspecteur Johnny Belle Gueule et c’était loin de s’arranger.
Car les deux enquêtes successives qu’il doit mener au cœur d’un bayou de Louisiane, chez la famille Broussart, propriétaires d’une ferme aux alligators, le conduiront sur des pistes plus qu’hantées par les Ombres du passé.
Mais c’est sans compter sur sa ténacité et son humour noir qui l’aideront entre autre à braver la Mort elle-même, en chair et en os...
»

La bête du Bois de Boulogne (Christine Béchar)

Sale quart d'heure pour la mort (Karine Gournay)

16/20

Je remercie Jennifer de la maison d'éditions Evidence pour cette nouvelle découverte. Je dois avouer que le titre m'a tapé dans l'oeil et c'est sans regarder le résumé que j'ai débuté ma lecture.

Johnny Belle Gueule, inspecteur du Bayou, voit une nouvelle affaire lui tomber sur les bras. Hélie, un bébé de dix mois a disparu de son lit en pleine nuit. Personne n'arrive à la trouver et sa famille décide de prévenir les autorités bien des heures après. Un bébé, dans son lit à barreau qui arrive à se tirer et qui est retrouvé dans un lieu insolite. Oui, mais voilà, comment a-t-elle fait ? Qui a bien pu faire cela. Et qui se cache derrière tout cela ? Surtout qu'à peine retrouvée, une autre disparition dans la famille plombe l'ambiance.

En regardant bien la couverture, on peut voir dans le titre deux yeux et un peu plus même. Cela donne froid dans la dos. Non, je rigole ! Qui a rêvé de voir la mort en chair et en os ? L'auteur a dû faire une expérience de ce type, car elle nous donne de jolis détails et Johnny en fait les frais. Une histoire de disparition qui en entraîne une autre et qui au final cache un très lourd secret. Le livre est découpé en deux parties, sans oublier que nous avons deux récits dans l'histoire. Nous suivons des personnages différents à des époques différentes. 2017 avec Johnny et la famille Broussart et en 1804 avec Camba, Aschland et le Shérif Landry. Quel est le lien entre les deux ? Difficile au départ jusqu'à ce que l'on comprenne ce qui tient à un fil.

« Minute ! Pourquoi ce mur était-il en plein milieu de cette cave ? à force, de le scruter, je finis par y distinguer une saillie qui paraissait être une espèce d'âtre, comblée et maçonnée dans le même style que le reste de la pièce. Comme si on avait voulu empêcher qu'un oeil indiscret y découvre quelque chose de suspect. Mais voilà, au vu de l'âge de la maison, la construction n'était plus solidement cimentée. Je n'y tenais plus, je m'accroupis et, irrésistiblement, mes doigts coururent sur les espaces vides laissés par les briques disparues. Et d'un coup, sur la paroi salpêtre, ils s'engouffrèrent dans le premier interstice. »

La famille Broussart tient une ferme de gentils... alligators ! Gentils, lorsqu'ils ont à manger. Nous découvrons la Louisiane et surtout le bayou. Les légendes, les malédictions, les "trucs" vaudou, enfin non pas ce dernier point. Je me dis que si un jour j'ai la chance d'aller dans cet état, il me faudra des vêtements légers, car la chaleur semble étouffante. Tout comme ce qui se passe. Au début un simple "enlèvement" qui continue sur un chemin quelque peu paranormal. Imaginez la rencontre d'une belle rousse qui se transforme aisément en faucheuse ?  Elle a du répondant et notre Johnny en a tout autant. Il joue avec et même si elle n'aime pas cela, elle ne fait rien, pour le moment. Le surnaturel débute timidement, pour au final prendre le pas sur l'histoire. En même temps, vu où nous nous trouvons, s'il n'y en avait pas, j'aurais été déçue.

La famille Broussart a donc une "ferme" d'alligators. C'est bien pratique, surtout dans ces contrées. La petite-fille Hélie, de la mère supérieure Keira enlevée. Keira a perdu son mari et elle va bientôt le suivre dans la tombe : un cancer qui la grignote un peu plus chaque jours. Ses fils sont revenus au bercail et l'un d'entre eux est marié avec Tess, qui ont eu la petite. Une famille qui est obligée de vivre ensemble pour cause de perte d'emploi. Des tensions qui sont présentes. Une vieille famille qui vit là depuis... toujours, ou presque.

Camba est une esclave d'une quinzaine d'années, lorsqu'elle est violée par Aschland. Vendue, traitée comme une moins que rien, perdant le peu de dignité qu'elle a. Il est tellement abruti qu'il le crie haut et fort et tout ce qui suit dans son histoire. Un mal pour un bien. Une malédiction, des croyances, de quoi laisser un gout amer. C'est une époque sombre pour cette jeune femme, mais aussi ceux et celles qui sont obligés de travailler dans les champs. Deux cent ans les séparent tous et pourtant l'auteur nous laisse un lien subtil, qui une fois découvert ne nous étonne pas plus que cela. Camba est farouche et ne se laisse pas abattre. Deux contre un, c'est si facile de fragiliser une femme lorsque l'on se met à plusieurs. Pourtant elle va montrer un courage à toute épreuve, jusqu'au bout.

« Le shérif se raidit, puis éclata d'un rire cruel.

- Non, mais tu t'entends ? Pour qui te prends-tu ? T'es qu'une négresse, ma fille, et de quoi parles-tu ?

Camba serrait si fort les poings que ses ongles s'enfonçaient dans ses paumes. Landry ricana et reprit :

- Tu n'y peux plus rien. Est-ce que tu réagis ? Le mieux que je puisse faire est de fermer les yeux. Je te laisse une dernière chance, repars tout de suite au champ.

Ne se contenant plus, la jeune femme se jeta sur lui, armé d'un tisonnier qu'elle eut le réflexe de ramasser devant l'âtre. Le shérif sous la violence du choc recula en titubant. »

Johnny Belle Gueule n'a pas eu une enfance facile avec les autres, pourtant il s'est toujours battu. Devenu inspecteur, il sait ce qu'il fait, ce qu'il vaut. Je ne comprends pas par contre comment il a su qui avait fait quoi, parce que les éléments sont vraiment minces. C'est un homme qui a un esprit vif, des idées bizarres par moment. Par contre, comme on ne le voit pas énormément, je n'ai pas réussi à m'attacher à lui, mais à Tess. Cette femme semble dédoublée et pour cause. Hallucinations ou juste esprit dérangé ? Qui peut dire lequel des personnages est le plus sain ? Non parce que même la faucheuse nous raconte qu'elle en a marre de faire e qu'elle fait et voudrait bien que quelqu'un vienne prendre sa place... Logique, non ? C'est vrai que cela doit être rébarbatif pour elle de toujours faire la même chose.

Un bon point : les différents points de vue. nous avons les ressentis de la plupart des personnages, avec ce qu'ils voient, ce qu'ils font dans un style naturel. Certaines joutes verbales m'ont fait rire, surtout entre Johnny et Faucheuse. N'empêche, j'ai beaucoup aimé la fin et le titre prend tout son sens.

En conclusion, je me suis bien marrée avec la mort. J'ai ragé contre les marchands d'esclaves et la vie tout juste touchée du doigts sur ces hommes et ces femmes qui n'ont fait que subir l'homme blanc... Une enquête bien sympathique où le surnaturel prend le pas en douceur.

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