Garder le meilleur pour la fin (de l'année): Jeanne, Rémy et Marina Abramović

En bref pour ne pas les perdre, dix romans qui ont aussi fait 2017.

Garder le meilleur pour la fin (de l'année): Jeanne, Rémy et Marina Abramović

Claudie Gallay.


Garder le meilleur pour la fin (de l'année): Jeanne, Rémy et Marina AbramovićL'épais volume qu'est le formidable "La beauté des jours", le dixième roman de Claudie Gallay (Actes Sud, 416 pages), a ceci de surprenant et d'agréable qu'il conte  de façon évocatrice et captivante mille petites choses du quotidien tout en ayant comme fils rouges la beauté de l'imprévisible et la force libératrice de l'art. Un mélange extrêmement réussi qui nous fait suivre Jeanne, postière de son état, mariée depuis longtemps à Rémy, mère de leurs deux jumelles étudiantes. Une eau tranquille en apparence mais qui peut s'avérer surprenante pour ses proches. Un peu pour elle aussi, sans doute.
Jeanne mène une vie d'habitudes. Cela lui convient. Elle en est heureuse. Mais Jeanne aime également le hasard, les surprises, l'inattendu. Elle a des singularités, comme guetter les voyageurs des trains du soir, attendre le renard du jardin, suivre l'un ou l'autre en rue, amasser de la documentation sur l'artiste serbe Marina Abramović, qu'elle a découverte quand elle avait dix-huit ans et qui la fascine. Une artiste qui n'hésite pas à engager son corps dans son travail, dans sa recherche artistique, à risquer une part d'elle pour vivre autrement. Un esprit audacieux, avide de liberté, qui résonne chez la sage quadragénaire qui lui écrit régulièrement des lettres.
Cet été-là sera-t-il celui où Jeanne saisira sa chance de vivre autrement? Si son mari aimant, Rémy, demeure l'élément stable, le reste tangue autour d'elle. Les filles sont en vacances, sa meilleure amie Suzanne ne se remet pas d'avoir été plaquée pour une autre, Jeanne a croisé en rue un amour de jeunesse. Sans oublier sa nièce Chloé, cette petite fille différente qui est comme une invitation à davantage de liberté pour elle...
Jeanne la songeuse est aussi fantasque, révélant à chacun la part enfouie de ses propres rêves. Elle réfléchit beaucoup, hésite sans cesse, se décide parfois et on ne peut qu'aimer cette figure lumineuse, soleil entre tous les personnages qui l'accompagnent. Claudie Gallay a composé un très beau roman, ambitieux, chaleureux et tendre, mêlant quotidien et art, célébrant constamment la beauté.
La romancière en écrit ceci.
"JE ME DEMANDE SOUVENT pourquoi certaines choses me touchent autant, ce qu'elles viennent bouleverser en moi pour me laisser à ce point troublée. Marina Abramović, je l'ai découverte il y a deux ans, un article dans "Télérama". Une femme qui part de sa vie pour raconter la vie des autres, et atteindre une sorte de vérité commune. Le roman a commencé comme ça. Il me semble que je suis encore à la table. Une sorte d'enchantement s'était emparé de moi. Après, j'ai tout lu sur elle. Lire ne suffisait pas. Il me fallait la partager. J'ai écrit – une première version qui racontait sa vie. Ça ne suffisait toujours pas. Jeanne est née de cette insuffisance à dire parfaitement la vérité de M. A. Elle est née parce que M. A. toute seule n'existe pas.
Jeanne est la figure lumineuse du livre. Dans son petit quotidien banal, elle a tout pour être heureuse, mais il y a ce que l'on montre et ce que l'on ne montre pas. Jeanne porte en elle une petite fille inconsolable. Quand elle retrouve Martin, elle sait qu'elle a le choix. Que fait-on de nos choix? Je partage avec elle des racines paysannes aux puissants attachements. Comme elle, quand j'envisage d'oser, je crois parfois que le ciel va me tomber sur la tête. Mais le ciel ne tombe pas. Ce sont les peurs qui nous figent.
Toujours, quelque chose manque à nos vies. Jeanne, anonyme provinciale, M. A., célèbre New-Yorkaise, il était improbable que les deux se rencontrent. Souvent la vie empêche cela: l'éducation, le milieu de naissance, les peurs incrustées. Nous sommes éduqués pour vivre une vie, et parfois nous voulons en vivre une autre. Notre marge de liberté est étroite. Étroite ne veut pas dire inexistante. C'est dans cet espace que Jeanne s'amuse, qu'elle joue. Avec ce roman, j'ai voulu mettre en lumière son extraordinaire capacité à percer la beauté du quotidien.
C'est dans cette marge aussi qu'elle décide d'oser, parce que l’art, quel qu'il soit – poésie, littérature, sculpture –, a un pouvoir curateur et rassurant."

Le début de "La beauté des jours" peut être lu ici.
Et aussi
1. "Tout un monde lointain", Célia Houdart, P.O.L.
2. "Madone", Bertrand Visage, Seuil
3. "Point Cardinal", Léonor de Récondo, Sabine Wespieser Editeur
4. "Mon autopsie", Jean-Louis Fournier, Stock

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