L’animal fantastique de deux monstres sacrés

L’animal fantastique de deux monstres sacrés

Aquarica – Tome 1: Roodhaven (Benoît Sokal – François Schuiten – Editions Rue de Sèvres)

A Roodhaven, un petit port situé sur la côte Est des Etats-Unis, les marins se souviennent avec nostalgie de la pêche à la baleine qui les a fait vivre pendant des générations. Un soir de décembre 1930, plusieurs d’entre eux sont réunis dans une taverne pour noyer leur désespoir dans l’alcool. Tout en s’enivrant, ils évoquent le naufrage tragique du « Golden Licorn », dont l’équipage a été englouti corps et âme par une baleine géante une vingtaine d’années plus tôt. Autant dire que la stupéfaction est totale lorsque l’un d’entre eux sort sur la plage pour satisfaire un besoin naturel et découvre sur le sable une créature fantastique, un crabe gigantesque dans la chair duquel on aperçoit des morceaux de la coque du « Golden Licorn »! D’abord, on croit qu’il ne s’agit que des racontars d’un ivrogne, mais rapidement tous les habitants du village débarquent sur la plage pour voir de leurs propres yeux cette étonnante créature habillée de tôle et de bois, et qui est haute comme une maison. L’un d’entre eux, plus courageux que les autres, grimpe sur la bête et tente d’en décrocher un morceau, mais le simple fait d’entrer en contact avec la créature lui brûle la peau. Alerté par la presse, l’Institut des Sciences de la Mer décide d’envoyer le professeur en cryptozoologie marine John Greyford sur place pour étudier cet animal fantastique de plus près. Evidemment, les marins de Roodhaven ne voient pas d’un bon oeil l’arrivée de ce jeune scientifique citadin, d’autant plus qu’eux ne rêvent que d’une chose: se venger de la baleine géante qui a emporté leurs camarades du « Golden Licorn ». Heureusement, Greyford peut compter sur la protection du lieutenant de police Julius O’Bryan, qui l’héberge chez lui. En retournant sur la plage pour examiner le crabe géant, Greyford et O’Bryan font une découverte incroyable: la bête est habitée. A travers ses entrailles, ils aperçoivent une jeune femme, qui vit à l’intérieur de la créature. Il s’agit d’Aquarica, un être venu d’un autre monde pour trouver un scientifique capable de sauver son peuple. Et si ce héros tant attendu s’appelait John Greyford?

L’animal fantastique de deux monstres sacrés

François Schuiten et Benoît Sokal sont deux monstres sacrés de la bande dessinée. Le premier est connu avant tout pour sa mythique série des « Cités obscures », créée en collaboration avec Benoît Peeters, tandis que le second est l’auteur de la célèbre série policière animalière « Canardo ». Tous deux se sont également distingués dans d’autres disciplines: la décoration de stations de métro et la muséographie pour Schuiten, le jeu vidéo pour Sokal, avec des titres comme « L’Amerzone » et « Syberia ». Autant dire que c’est plutôt inattendu de retrouver leurs deux noms associés sur un nouveau projet BD. En réalité, « Aquarica » est un projet que les deux hommes mûrissent depuis plus de dix ans. Schuiten et Sokal, qui sont de grands amis depuis leurs études communes il y a une quarantaine d’années, ont l’habitude de partir en vacances ensemble. Lors de ces moments en famille, ils aiment échanger des idées d’histoires, sans trop savoir sur quoi elles pourraient déboucher, que ce soit une BD, un film ou un jeu vidéo. Finalement, l’une de ces idées a donné naissance à « Aquarica », une fable maritime et écologique ayant pour cadre l’industrie baleinière des années 30. L’inspiration des deux hommes, tous deux grands amateurs de récits fantastiques, est clairement à chercher du côté de « Moby Dick » et des livres de Jules Verne, avec aussi une touche d’Indiana Jones et de Tintin. Bref, on se situe à coup sûr dans le récit d’aventures à l’ancienne, si ce n’est que Sokal et Schuiten ajoutent à leur histoire des considérations environnementales plus actuelles, sur fond de changements climatiques et d’écosystèmes menacés. Autant le dire tout de suite: le scénario imaginé par Sokal et Schuiten n’est pas forcément des plus crédibles. Certains esprits grincheux y relèveront même quelques incohérences… Mais peu importe, car on sent que les deux hommes ont pris énormément de plaisir à imaginer cette histoire, qui sera constituée de deux tomes. A noter que c’est Sokal qui signe les dessins de cet album, en y mettant l’énergie et l’enthousiasme d’un jeune dessinateur débutant. Rien que pour ça, « Aquarica » vaut assurément le détour!



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