Un dimanche de révolution de Wendy Guerra

dimanche révolution Wendy Guerra

Cleo est cubaine. Elle a grandi et toujours vécu sur l’île. À la mort accidentelle (mais est-ce vraiment un accident…) de ses parents, elle sombre, s’ enferme, s’alite, s’isole et transforme sa douleur en textes.

Comme dans un dernier sursaut, elle trouve la force d’envoyer un recueil de poèmes à un éditeur espagnol. Quelle n’est pas sa surprise, son livre est publié, primé et elle accède à la notoriété, sur le continent européen.

Sa vie change désormais. Elle peut « s’évader » en Europe ou aux Etats-Unis pour faire la promotion de son livre, puis du suivant, mais elle est aussi mise à l’écart, voire ignorée par les intellectuels de son propre pays, et constamment surveillée et harcelée par les autorités cubaines.

Elle rencontre néanmoins quelques figures internationales, un chanteur anglais, et surtout un réalisateur américain, qui arrive avec une nouvelle étonnante touchant aux origines de Cleo, et le souhait d’en faire un film…

Le livre navigue entre ces différents temps, bouffées d’oxygène à l’étranger, méfiance et suspicion de la part des cubains (même ceux en exil), tyrannie de la surveillance, des fouilles, des vols, des atteintes à son intimité dans sa propre maison.

Combien de temps Cleo va-t-elle réussir à maintenir ce grand écart entre deux cultures, deux façons de vivre, deux conceptions de la liberté ? Va-t-elle surtout se trouver elle-même, et gagner sa propre liberté ?

Dans une écriture que j’ai trouvé un peu curieuse de prime abord, Wendy Guerra nous livre un récit construit mais touffu et qui se perd souvent dans les méandres poétiques de la pensée de Cleo. Le contexte est très actuel (on évoque le discours d’Obamah et l’ouverture de Cuba aux Etats-Unis) et l’auteure évoque très bien l’atmosphère de peur, d’embrigadement d’un peuple soumis par des décennies de contrôle.

J’ai aimé la transcription, que j’imagine très juste, du mode de vie cubain, du moins à la Havane, du mélange de modernité, de décrépitude, d’abandon et de foisonnement.

En même temps qu’une quête d’identité, j’ai ressenti ce livre comme une magnifique ode à la cubanité, j’ai beaucoup aimé découvrir Cuba par ce biais.

Wendy Guerra est une poète, romancière et cinéaste née à La Havane en 1970.

Un dimanche de révolution paraîtra le 24 août 2017 chez Buchet-Chastel (19€).

Morceaux choisis :

« La faculté qu’a la littérature de voler, de voyager seule, de naviguer libre, est incroyable, même si je l’emprisonne entre mes mains nerveuses aux veines apparentes et l’étrangle, elle refuse de devenir une de mes multiples chaînes à perpétuité, vole avec sa personnalité propre, prend son indépendance vis-à-vis de moi, de mes bâillons, et si elle revient, c’est avec un autre accent. »

« Le vert kaki constant de cette île et le rouge vif, le jaune profond, les orangés fumants sur la gamme des bleus, le blanc écarlate et violacé des nuages saigne au coucher du soleil, résistant goutte à goutte au dernier moment du jour chaud et épuisant, définissant la patine sentimentale d’un pays qui crie ce qu’il ressent. »

« A l’aube, l’autre heure violette, celle des ouvriers et des bohèmes, des oiseaux rares et des vieillards insomniaques, de ceux qui sont déjà réveillés et ceux qui vont dormir, patinant entre la beauté du Vedado et l’orgueil de ses ruines, l’acteur, le metteur en scène, l’étranger s’en alla. »

« Elle utilisa la cocotte-minute qui, en une demi-heure, avait déjà inondé la maison d’une intense odeur de haricots rouges. Le son de la cocotte est le son de la cubanité. la bande sonore contre la faim de toutes les maisons du pays. Un son asthmatique, entrecoupé et éternel, le son de la réalité. »

« Sur cette île, la vie privée est comme l’hiver ou la neige, juste une illusion. »

« Naître en liberté t’offre une aisance, un comportement sans réserves ou anxiété. »

« L’enfance est la saison la plus solitaire et injuste du monde, tout le monde dispose, décide et intervient dans ton existence. »

Une belle découverte grâce à Babelio.

Lecture partagée sur le blog Délivrer des livres pour le challenge 1% rentrée littéraire 2017.

Un dimanche de révolution de Wendy Guerra

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