Civilisation québécoise et Grand pic… par Alain Gagnon

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Le Québec et sa civilisation. — Une civilisation naît et se développe à partir des valeurs que sa population privilégie. Que reflète la nôtre ?
Le Québec des années 60 vivait d’énergie et d’espérance collectives. L’optimisme régnait. Que reflète le Québec d’aujourd’hui ?
Des valeurs de pessimisme et de triomphe du non-vivre. Culte de l’égalité et dédain de l’excellence, qui empoisonnent surtout notre système d’éducation ; avortement à demande et dénatalité ; haut taux de suicide ; aide médicale à mourir — appliquée actuellement avec circonspection, mais dont je crains la dérive pour raisons économiques pressantes.
Et encore, à propos de notre système d’éducation : cette mise au rancart des matières apportant culture, réflexion, esprit critique et recherche en soi et dans les autres, qui ont vécu, écrit, pensé avant nous, de ces valeurs spirituelles qui nourrissent les individus et les peuples. Et cette quête que l’on inflige aux adolescents — qui ont soif d’idéal — de la job payante, qui permettra auto, voyages et gadgets, s’ils deviennent les esclaves dociles et techniquement instruits, donc très utiles, d’une économie dévoyée.
Notre génération (babyboomers) est coupable d’omission grave, de n’avoir pas su transmettre ces valeurs spirituelles dont nous avions hérité, galvaudées certes par les Églises, par une élite qui en profitait et par les clercs, mais qui méritaient mieux qu’être jetées avec l’eau du bain, parce qu’essentielles.

Le climat de la Terre se dérègle… — Titre d’une page informative ou propagandiste (?) dans un quotidien. Des images polychromes et efficaces nous donnent des exemples de ce dérèglement : glaciers qui fondent, eaux des océans qui montent, etc. Le climat de notre planète ne se dérègle pas ; il se modifie, comme il le fait depuis la formation de la Terre. Au début, il n’y avait qu’un seul continent qui s’est disloqué, pour donner ceux que nous connaissons ; puis des dinosaures et des palmiers ont vécu où on trouve aujourd’hui de la neige et de la taïga, et on pourrait continuer ainsi longtemps. Tout change. Bouddha l’a dit ; la géophysique également.
Non, le climat ne se dérègle pas : il continue son petit bonhomme de chemin, et se fout royalement des villes, routes ou autres artefacts humains qui s’en trouvent menacés. Les cycles solaires y joueraient un rôle, et des lois géophysiques qui nous échappent — à moi, en tout cas.
Certains, par vanité anthropomorphique ou parce qu’ils adorent manipuler leurs semblables en les culpabilisant, aiment nous faire croire que l’industrie humaine serait responsable de ces changements apparemment indésirables.
Est-ce à dire qu’il faudrait renoncer à toutes mesures visant à protéger l’environnement ? Certes pas. Il nous faut, entre autres, protéger nos eaux. Mais il est prioritaire de garder deux choses en tête :
1. Notre énergie devrait aller en priorité à des mesures défensives, genre : recul des constructions humaines et planification pour éviter de se retrouver à moyen terme en zones inondables ; recyclage et production de biens durables ; remplacer l’énergie tirée des carburants fossiles par le solaire, etc.
2. Toutefois, faire tout cela, en étant bien conscients que ces modifications de nos mentalités et façons de faire faciliteront l’adaptation de l’humanité aux changements planétaires, qui sont constants, mais ne créeront jamais un état statique du cosmos.

Le Grand pic. — Un Grand pic vient de se jouer de moi.
alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecUn Pic mineur était accroché à notre gâteau de suif, dans la cour arrière. Lucie le trouvait adorable. Elle me demanda s’il y avait d’autres pics aux alentours. J’ai ouvert l’ordi portable sur la huche et lui ai montré des photos du Pic Mineur, du Pic doré, du Pic à dos noir… Et, enfin, du Grand pic, qu’elle trouva magnifique. J’insistai : « Tu ne risques pas de le voir dans le coin, il fréquente peu les milieux urbains, demeure dans les régions plus sauvages. » Puis je me dirigeai vers le comptoir pour ma vodka de 18 h. Un mètre à peine.
En jetant un coup d’œil par la fenêtre : stupéfaction : un Grand pic était accroché au gâteau de suif et s’empiffrait. Plusieurs minutes, nous avons pu jouir des cet oiseau à huppe flamboyante… Nous n’en avions jamais vu et vivons à cette adresse depuis neuf ans. Ni à aucun autre endroit où nous avons demeuré, d’ailleurs.
Une coïncidence ? Sans doute. Mais forte, tout de même !

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiaJit un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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