Les parapluies d'Erik Satie, Stéphanie Kalfon

Il y avait longtemps que j'espérais recevoir Les parapluies d'Erik Satie, lu dans le cadre de l'aventure des 68 premières fois, et que les autres lecteurs avaient largement plébiscité...
Les parapluies d'Erik Satie, Stéphanie Kalfon
Libres pensées...
A Arcueil, le dernier logement occupé par Erik Satie est une chambrette poussiéreuse, encombrée de deux pianos,et d'une dizaine de parapluies noirs.
Patiemment, poétiquement, la narratrice déroule le fil de son existence, loin des feux de la rampe et de la gloire accordée à Debussy, son ami, son rival, son confident, son double.
Satie est un incompris, un solitaire, un dépressif. Un génie méconnu, profondément marqué par la mort de sa petite sœur Diane alors qu'elle n'est qu'un nourrisson, et la douleur maternelle traînée dès lors partout.
Les parapluies d'Erik Satie n'est pas une biographie classique. L'auteur y relate davantage une succession de paysages intérieurs, il pourrait s'agir d'une biographie émotionnelle peut-être, mais il n'est pas question de se pencher factuellement sur les événements qui, mis bout à bout, constituent d'un point de vue extérieur le parcours de Satie.
La relation aux autres, au succès, à la solitude, est au cœur du roman, car l'image de Satie qui forme le point de départ du récit est la vision de sa chambre froide et délabrée, loin de ce que l'on imaginerait pour un homme qui a laissé son empreinte comme il l'a fait dans la musique. Cela ne colle tout simplement pas, lorsque l'on songe à la popularité des Gymnopédies et des Gnossiennes, à toute la mélancolie qu'elles distillent. Il y a la un mystère, un halo de brume - en fin de compte, la pudeur d'un homme seul et hanté.
Le roman, comme Satie, ne répond pas aux codes de son époque, n'en fait qu'à sa tête, quitte à se faire taxer d'indolent, d'élève passable, par ses professeurs du Conservatoire qui l'exécutent comme un condamné. Satie revendique l'originalité, la liberté, l'affranchissement des règles. Le roman, quant à lui, joue sur les mots, mêle l'anglais au français, l'avéré à l'inventé, il n'a de cesse de réveiller Satie, d'invoquer son génie, de secouer l'anonymat et l'indifférence qu'il a rencontrés de son vivant.
Les parapluies d'Erik Satie est un récit fantaisiste, mélancolique bien sûr, d'une douceur émouvante, qui regorge de tendresse et de respect à l'égard de l'homme aux douze parapluies.
Pour vous si...
  • Il n'est pas un moment de déprime que vous n'accompagniez d'une Gymnopédie
  • Vous collectionnez les récits de génies incompris, d'ailleurs, vous avez déjà Van Gogh dans votre besace. 

Morceaux choisis
"Ce soir, la nuit est bleue et on peut se tourner vers l'arrière. L'enfance a refermé son tout premier chapitre. La vie a un début de vie. Il ne fait pas froid, mais Diane a disparu et avec elle tout ce présent qu'on ne voyait pas et qui réunissait la totalité du monde... tout ce qui fait les matins, les repas, les marées, les rues, les cheminées, les phares, les fleurs, les bêtes, les dessins, les desserts, les tissus qui grattent et les chaussettes trop petites. Maintenant oui, il existe une totalité, on sait, un morceau de vie est tombé, today.
I heard something..., pense Erik... Diane a disparu, elle mesure soixante-cinq centimètres et huit mois, un demi-arpège en somme. Dont ils garderont un souvenir flou mais intense, celui de l'amour de Jane, de son manque de sourire depuis. Et toutes les différences avec la vie d'avant, ils savent pourquoi."
"Erik Satie était un grand enfant hypersensible, iconoclaste, que Cocteau, qui s'effondra en larmes le jour de sa mort, avait déchiffré, très clairement : sa musique, comme lui, est un aspect de la conscience moderne, traduite en son.
Ici demeure Erik Satie que l'on prit pour un fou, un misérable, un fumiste, un analphabète musical, un fantaisiste, un raté, un aigri, un maniaque, un ivrogne, un clown, un paranoïaque et oui, certainement qu'il fut tout cela à la fois. Tout cela à la fois, possible oui, possible. Mais si on prend le temps de se pencher sur la ligne de sa vie, sa portée, tout ce que l'on distingue, c'est du jazz. La vie de Satie n'a été qu'un zigzag, un croisement de blues et de ragtime, un mélange de spleen, de fête, d'enthousiasmes, de déceptions, de crises et de défaites."
"On apprit la mort de Contamime trois jours plus tard. Une chute dans une fontaine. Certains parlèrent d'un suicide. Il n'en pouvait plus d'être seul, ça n'en finissait pas, ça n'en finissait pas, ça ne voulait jamais finir."
Note finale3/5(cool)

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