Mise en pièces - Nina Léger

Par Litterature_blog
La vie et l’œuvre d’une fellatrice qui n’oublie jamais, « la forme, la découpe, la chaleur particulière, la densité, l’odeur » de chaque sexe lui étant passé dans la bouche, j’aurais dû adorer. Cette Jeanne feignant le malaise en pleine rue pour être secourue par une âme charitable qu’elle emmène ensuite dans une chambre d’hôtel pour lui faire sa fête, elle avait avant le coup bien des atouts pour me séduire. Ben oui mais non. Parce qu’être dans la tête d’une femme obsédée par le sexe des hommes, c’est chiant. Du moins présenté de la sorte.
Je me suis laissé tenter après avoir lu dans la presse que Nina Léger signait là un futur classique de la littérature érotique. Euh… sérieusement ? On n’a pas dû lire le même livre. C’est d’une froideur clinique, aussi excitant que de se coller un glaçon sur les roubignoles. Jeanne et ses balades dans Paris, ses amants sans nom et sans visages, ses sextoys à foison. Jeanne la quadra célibataire dont on ne saura rien, à part qu’elle n’est pas une pauvre fille traumatisée par une jeunesse douloureuse, qu’elle n’a pas été  abusée sexuellement par un oncle de la famille ni qu’elle souffre d’un quelconque trouble mental. On sait donc ce que Jeanne n’est pas mais à aucun moment on apporte la moindre explication sur son comportement. Une façon de la déshumaniser qui lui ôte tout capital sympathie et garde le lecteur à distance, tellement à distance qu’il oscille en permanence entre dédain et ennui profond.
Après, l’écriture est tenue, il y a de beaux passages, mais aussi quelques effets de manche qui tournent à l’exercice de style un peu vain. Bref, la chair est triste et Nina Léger le démontre avec brio, difficile de le nier. Mais un brio qui ne m’a offert aucun plaisir, se contentant de me faire soupirer d’agacement entre deux bâillements. Après mon roman japonais décevant j’enchaîne avec une lecture pénible et sans intérêt. Ça s’appelle une mauvaise passe…
Mise en pièces de Nina Léger. Gallimard, 2017. 155 pages. 15,00 euros.