Raison et sentiments - Jane Austen ****

Dernier roman qui manquait à l'appel, Raison et sentiments achève ma boucle Jane Austen en beauté. Il n'est clairement pas mon préféré mais je lui ai trouvé tellement de qualités littéraires (intrigues variées, complexité des personnages -surtout masculins-, dialogues subtils, petits coups de mon cœur à chaque fois que le duo Elinor-Edward se présentait - c'est moins vrai pour celui formé par Marianne et Willoughby) qu'il mérite ses quatre étoiles. Il est également le moins féminin des œuvres de cette écrivaine britannique majeure et parlera à tout le monde.

Raison et sentiments

image captée sur le site d'Archipoche

Elinor et Marianne Daschwood sont les deux aînées du second mariage de leur père. Malheureusement pour elles, il décède trop tôt avant de leur laisser un pécule suffisant pour envisager un mariage de haute renommée (à l'époque des dots, l'origine sociale des demoiselles était consultée à la loupe : bref, cela ne rigolait pas !). Elles ne peuvent compter que sur la pingrerie de leur frère aîné issu du premier lit paternel aussi rusé que riche (il a su profiter de son union avec l'ex-Miss Ferrars et des largesses et l'héritage d'un oncle gaga de son rejeton) pour s'éclipser de leur lieu d'enfance (Nordland) avec leur mère et leur benjamine vers un état (le Sussex) certes plus rustique mais où les gens ont encore le cœur de les accueillir. Et cela tombe bien, il y a aussi des créatures avenantes, et  un peu venimeuses aussi !
Raison et sentiments est un roman complet : il aborde toujours la condition féminine comme Jane Austen aime la traiter, mais cette fois, l'écrivaine décline son œuvre selon deux thèmes : la non-déclaration et l'honneur tour à tour symbolisés par Edward Ferrars (les deux), John Willoughby (uniquement le premier en bafouant allègrement le second) et le colonel Brandon (les deux). Raison et sentiments doit son rythme haletant par ce trio masculin divers tant par l'âge (Brandon pourrait être le père des deux autres) que par le caractère (le sérieux chez Ferrars, la volubilité chez Willoughby, la mélancolie chez Brandon). Mais tous aiment sincèrement l'une ou l'autre des deux héroïnes (Marianne et Elinor).
Le rythme soutenu de l'intrigue est aussi lié à la multiplicité des second rôles. Rare une œuvre de Jane Austen est aussi foisonnante de personnages secondaires qui prennent totalement possession des lieux et éclairent l'histoire par leur seule présence et ne servent que rarement de sous-fifres aux cinq précités. On retrouve cette multitude dans Emma ou dans Mansfield Park mais il me semble qu'ici elle est mieux construite, plus naturelle : le couple Dashwood fils et la belle-mère Mrs Ferrars et son nigot de benjamin Robert, le cousin sir John Middleton (et sa femme et sa formidable belle-mère Mrs Jennings), le couple Palmer aussi mal assorti que respectueux, les soeurs Steele (qui m'ont rappelé les demi-sœurs de Cendrillon), etc.
L'unité de lieu reste la triade : Nordland, le Sussex et Londres. L'effort de mémorisation sur les personnages se trouve avantageusement allégé par ces trois endroits explicites, chacun représentant également un temps de l'intrigue : pas d'espaces-temps parallèles ici !
Cette fresque mérite toute l'estime : elle est fraîche, lisible et jamais plombée par des discours pompeux et bavards. Chaque personnage évolue, même le pire. Jane Austen dévoile qu'on peut mourir d'amour, qu'on peut lui survivre aussi.  Impressionnant !
Editions Archipoche
Traduction très très moyenne par Madame de Montolieu (la présence de certains mots de l'époque) qui choquent maintenant).
Je vous surconseille l'adaptation (diffusée en janvier 2008) de la BBC exceptionnelle !
autres avis : Valérie, Sylire, Liliba, Keisha,
De la même auteure : Emma    Lady Susan    Mansfield Park   Northanger Abbey   Orgueil et préjugés   Persuasion

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