Journal d'un marchand de rêves (Anthelme Hauchecorne)

Par Gabrielleviszs @ShadowOfAngels

En vente sur l'atelier Mosesu

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AuteurAnthelme Hauchecorne

Édition atelier-Mosésu

Paru le : 13 Octobre 2016

560 pages papier

Thèmes : Fantastique/Steampunk

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Résumé :

« Je m’appelle Walter Krowley. Vous tenez mon journal intime. Prenez-en soin. Ce livre pourrait devenir mon testament…

 J’ai séjourné en hôpital psychiatrique. Pas de quoi fouetter un chat sauf lorsque, comme moi, vous êtes fils de stars. Par crainte du scandale, mes parents m’ont expédié loin d’Hollywood, dans la vieille Europe.
Les meilleurs spécialistes m’ont déclaré guéri. En vérité, la thérapie a échoué. Les songes ont repris, plus dangereux que jamais.

Malgré moi, je me trouve mêlé aux intrigues de puissants Rêveurs. Des gens charmants et bien décidés à m’éliminer, mais avec élégance.

M’entêter serait totalement déraisonnable. Pourtant, deux plaies à vif m’empêchent de tourner la page…

La première est une fille.

La seconde, une soif de vengeance.»

 

Je tiens à remercier l'auteur, Anthelme Hauchecorne pour m'avoir proposé son livre. Je dois avouer que j'en ai un à lui depuis février que j'avais acheté au salon fantastique de Paris et je n'ai pas eu le temps de l'ouvrir, mais je compte bien y remédier très rapidement.

Je le remercie également pour sa patience, car lorsque j'ai voulu commencer la lecture, j'ai perdu une personne chère à mes yeux et le livre commence par cette phrase : "Ils l'enterreront demain." Je l'ai lu en novembre, j'ai juste mis du temps à écrire mon avis, car, par malheur, j'ai perdu un autre membre de ma famille dans la foulée... La série noire semble s'être arrêtée, 3 en 6 mois... J'ai repris du poil de la bête, lu le livre d'une traite (enfin presque car j'ai dû m'endormir dessus en plein milieu) je l'ai repris directement au réveil.

Oups j'allais oublier, le livre est en format semi grand, voire un petit peu plus, la couverture est magnifique. Juste une chose, le livre est lourd, mais facile à manier.

Walter Krowley est un homme dont les parents sont de véritables stars de Hollywood. La mère décède et voila le père propulsé tout en haut de l'affiche. La vie Hollywoodienne fait tourner la tête à tout le monde et surtout à ce cher papa (ironie...) Walter ne connaît pas l'amour paternel et ce n'est pas sa belle-mère qui va lui offrir l'amour maternel qui lui manque aussi, même si par moment on se demande qui joue un jeu d'acteur. Il veut et va devenir réalisateur mais ne sera jamais au même niveau que son cher papa. Walter cherche comme qui dirait un moyen de s'enfuir de tout ce qui l’oppresse et se réfugie sans le savoir dans ses rêves. Mais est-ce que ce sont bien des rêves ? Le tout saupoudré de westerns, ne serait-ce pas plutôt un film ?

« J'ai vu une silhouette comique s'extraire maladroitement de l'arbre. Un bonhomme rondouillard, à l'allure de culbuto, s'est dandiné jusqu'à nous. Un long duster balayait le sol derrière lui, de ceux que les desperados portaient dans les westerns. Harnachées sur son dos, des bonbonnes alimentaient le masque à gaz qui lui dessinait comme un bec. Le reste de sa tête disparaissait sous un sombrero décoré de réveils indiquant les heure s locales des capitales du globe, ou plutôt de leur équivalent dans l'Ever.»

L'auteur nous propulse dans une aventure qui pourrais ressembler à Peter Pan si ce n'est que le côté rêverie est tout sauf magique et heureux. Lorsque nous dormons, nous rêvons et nous le savons. Ici c'est totalement différent, chaque personnage rêve, mais arrive dans un monde parallèle ? Une autre dimension ? Ou tout simplement un rêve ? Difficile de faire la part des choses et j'ai été tellement prise dans l'histoire que je m'en fichais de savoir ce que c'était réellement. Le marchand de sable des disney (d'où l'un des surnom de Walter est Walt ?) et autres films d'animations peut aller se recoucher. Ici il est diabolique, mesquin, agréable, entraînant, apportant espoir et tristesse en même temps. Ce n'est pas un personnage à proprement parler, mais une ensemble de personnes, de faits et gestes, d'actions, d'événements qui le mettent en place.

Walter est ce que j'appelle un héros boulet. Il n'est doué en rien sauf en bêtises à dire et à faire. J'ai même eu l'impression que l'auteur l'avait crée légèrement attardé par moment pour enfoncer le clou. Que nenni, il ne connaît pas les lieux où il arrive et apprend sur le terrain. Les missions qui lui sont confiés sont tout sauf gentillettes. Avec Trevor, son meilleur ami, les amusements sont nombreux, surtout concernant l'alcool. L'accident va remettre en cause certaines pensées de l'un comme de l'autre.

« - Mon cher Walter, prétendre négocier lorsqu'on se trouve en position de faiblesse - la votre en l’occurrence - n'est pas une marque de caractère, mais un aveu de bêtise. Ne vous avisez plus de me faire perdre mon temps. Je vous offre le rôle de votre vie. N'y voyez pas une métaphore. Ou vous acceptez ce rôle, ou votre vie s'arrête là.

J'ai senti le goût du sang. Ce type avait le culot de me frapper. Même mon père n'avait jamais levé la main sur moi. J'ai vu rouge. J'ai sifflé avec mes doigts. Je voulais que mon ça rapplique et égorge ce pédant hautain. Sur ce point aussi, il me précédait d'une longueur. »

L'Ever, ce qui pour ma part correspond à rêve à l'envers est le lieu où les rêveurs atterrissent. Ce monde est réglementé par des dirigeants digne de dystopie. Dans ces lieux, Walter va se retrouver confronté à des situations périlleuses, surtout qu'il ne va aller dans le sens qu'on va lui demander. De plus il est un porte-la-poisse. Le "on" est Gouverneur, Ambassadrice et autres noms afin de maintenir un ordre peu commun. L'auteur a crée des noms de "groupe" de personnes, tel que les Outlaws par exemple, ou les Oniromanciens.

Lors de ce périple, il va faire des rencontres qui vont le faire réfléchir. J'ai beaucoup aimé Banshee, un petit bout de femme qui n'a eu de cesse de m'étonner. Tantôt elle est douce gentille et adorable, tantôt c'est une vraie teigne qui cache énormément. Douée en mécanique elle répare tout ce qu'elle peut : moteurs, robots, etc... Nous en apprenons lentement mais sûrement sur elle. Hope est un cas à part, adorant les masques il en porte sans cesse - bon il y a une raison pour qu'il en porte. J'ai découvert une facette de ce personnage intéressante. Tout comme Trevor qui est un véritable ami. John Doe, Butch, Poppy et bien d'autres font partie de cette histoire. Chacun a son rôle à jouer, chacun va montrer ses qualités et ses défauts. Poppy est un gentil personnage qui fait tout pour survivre dans ce monde de brute. Un petit coup de cœur supplémentaire pour Spleen, me faisant penser au fameux Spleen de Baudelaire avec tout ce que cela comporte. Petite voleuse à la semaine, douée avec un grappin elle arrive souvent comme un cheveu sur la soupe.

Tous ces personnages ont un grain de folie qui font passer le temps super vite. L'auteur a su créer un monde bien à lui, que se soit en protagonistes qu'en lieux. Les descriptions nous montrent très facilement ce que Walt voit. Ses émotions sont la plupart à fleur de peau et nous embarque dans les profondeurs de son esprit. Nous le suivons pas à pas et le voyons évoluer. Au final, il n'est plus l'enfant gâté du départ mais un homme qui arrive enfin à se remettre en cause.

« Je n'avais plus le choix, il me fallait marcher ou abandonner.

- Oh, joie.

J'étais seul. Alors d'où me venait ce besoin de parler à haute voix ? Perdu dans ce no man's land plus silencieux qu'une tombe, j'éprouvais une solitude écrasante, au point que je puisais du réconfort dans le moindre son. Il émanait de Brumaire une tristesse assourdissante. J'ai ramassé mon sac, des outils et de quoi me défendre, puis j'ai quitté la relative sécurité de mon véhicule. La brume m'a avalé. Ainsi ralenti, la barge de Banshee m'a semé pour de bon. Sa silhouette cyclopéenne s'est fondue dans le brouillard. Sa présence s'est réduite au vacarme de ses chenilles, ce roulement grave qui secouait la terre et remontait le long de mes jambes.  »

Il y a pas mal d'éléments en matières de livres, ou de cinéma. J'ai beaucoup aimé le fameux "ça" utilisé par l'auteur attaché à chaque rêveurs. La psychanalyse est un point fort du récit. Le rêve mélangé à l'esprit, au moi intérieur, à son inconscience, à son subconscient. Le rêveur et le ça sont intimement liés par une chaîne. L'un ne va pas sans l'autre. L'auteur nous fait réfléchir sur cette lutte que nous portons tous en nous sur ce que nous voulons faire, ce que nous faisons et inversement. Il existe tellement de livres sur la signification des rêves, que cela me donne envie d'en savoir plus.

En conclusion, il s'agit d'un magnifique roman qui a beaucoup de thèmes en lui et de recherches. Fantastique, Steampunk, suspense, peur, angoisse, romance (et oui un peu), confiance et trahison et bien d'autres à découvrir. La confiance est quelque chose qui se paye très chère et ici. Une histoire originale, un pays des rêves revisité avec brio et une fin qui me plaît beaucoup. J'ai adoré voyager aux côtés de Walt et découvrir ce qu'il peut y avoir de l'autre côté. J'aimerai y avoir accès, c'est un beau rêve !

PS : j'aurai pu en dire encore et encore sur ce livre, mais il faut savoir garder des points obscurs à découvrir.