Il s'appelait...Le Soldat Inconnu - Arthur Ténor

Par Lamiedeslivres

  • Titre : Il s'appelait...le Soldat Inconnu
  • Auteur : Arthur Ténor
  • Illustrateur : Gilles Scheid
  • Editions : Gallimard Jeunesse, coll. folio junior
  • Date de parution : octobre 2014 (texte déjà édité en 2004 chez Gallimard Jeunesse)
  • Nombre de pages : 141 
  • ISBN : 978-2-07-063202-2

L'auteur

Arthur Ténor, de son vrai nom Christian Escaffre, né en 1959 à Moulins, dans l'Allier, est un écrivain français spécialisé dans la littérature pour la jeunesse. Il vit toujours en Bourbonnais.

(Clic sur la photo pour accéder au blog de l'auteur)

Quatrième de couverture

Quand il était petit, François rêvait d'être soldat. Puis la guerre de 1914 a éclaté et il est parti se battre, fier de défendre son pays. Mais il a rapidement découvert la dure réalité des champs de bataille, l'horreur des tranchées, la sauvagerie des hommes. Il a surtout connu une fin tragique, comme de nombreux soldats, et son nom s'est perdu dans la boue de Verdun.

C'est ainsi qu'il est devenu...le Soldat Inconnu.

Sous la forme d'une biographie romancée, Arthur Ténor imagine le destin du Soldat inconnu et évoque une terrible période de notre histoire : la Première Guerre Mondiale.

A partir de 10 ans

Mes impressions

J'ai découvert ce livre avec ma classe de cycle3 (CE2, CM1, CM2) l'année dernière, dans le cadre des commémorations du centenaire de la première guerre mondiale, auxquelles nous avons activement participé.

Nous avons lu ce livre ensemble, et ensemble, nous nous sommes attachés à François et avons découvert son histoire avec beaucoup d'émotions. Il y a eu des éclats de rire dans la classe (Il devient en quelques années un garçonnet vigoureux et curieux de tout, qui goûte les crottes de bique...) mais il y a eu des grands moments de silence...

Dès les premières pages du roman, Arthur Ténor nous plonge dans le quotidien d'une ferme au début du 20ème siècle, et sa description est tellement juste et vivante que l'on s'y croirait. François grandit, va à l'école, tombe amoureux de Lucie la fille de l'instituteur, la vie, quoi.

Puis arrive la guerre. François, comme beaucoup d'autres, part "la fleur au fusil", il serait même déçu de ne pouvoir participer à la mobilisation.  Le chapitre 8 s'intitule d'ailleurs "Chouette! C'est la guerre!

"François songe avec inquiétude qu'il n'a que dix-huit ans, or il a entendu dire que le recrutement des volontaires ne concernait que les plus de dix-neuf ans. De toute façon, ça ne changera rien pour lui, il mentira sur son âge."

François part finalement à la guerre, Lucie, pour se rapprocher de lui s'engage comme infirmière...viennent alors les terribles scènes de combats, poignantes. Puis la fin. Mais là je m'arrête, il faut le lire!

Attention, l'auteur a écrit un chapitre supplémentaire qui n'a pas été publié, vous pouvez le trouver là. J'aurais tellement aimé être "tombée" sur cette information l'année dernière pour le faire découvrir aux enfants.

A la suite de l'histoire, une note historique explique la première guerre mondiale, puis une chronologie de cette "der des der" est proposée.

Un ouvrage que je ne saurai que recommander tout d'abord pour sa qualité historique (à la fin, il y a une description très précise de la cérémonie du choix du soldat inconnu, de même, les descriptions tout au long du récit rendent bien ce qu'a dû être l'enfer des tranchées.) Je recommande également cet ouvrage car il me semble important d'aborder ces thèmes difficiles avec les enfants en passant par des histoires, beaucoup moins impersonnelles que des chiffres et des dates, même si ces derniers sont également à retenir!

En tant qu'adulte, j'ai pris autant de "plaisir" à lire ce livre que les enfants. Nous avons avec cet ouvrage vécu un véritable moment de partage. 

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Coup de coeur pour ce roman

Petit aperçu de notre projet sur la Grande Guerre, nous avons participé au concours PAM (Petits Artistes de la Mémoire) organisé par l'ONACVG (Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre) et nous sommes arrivés deuxièmes au niveau départemental! Il s'agissait de réaliser un livret à la manière de Renefer, relatant la guerre d'un Poilu de notre choix, de notre village ou alentours. La lecture de "Il s'appelait...Le Soldat Inconnu" nous a été très utile dans la réalisation de ce projet!

Il s'agissait également de sensibiliser les élèves à l'héritage contemporain de ce conflit européen et mondial. Nous voulions à travers ce livret, faire passer un message de paix, sans pour autant minimiser l'horreur qu'avait été cette guerre...

Voici la couverture de notre album, entièrement réalisé à la main (nous avons même fait de la reliure! La tranche est en cuir.) 

Voici notre Poilu (mon arrière arrière grand-père, également aïeul de deux enfants de la classe), Denis S. mort près d'Ypres le 4 mai 1915

Sur l'image de gauche, sa veuve Louise, et leurs 4 garçons, peu après la guerre. L'aîné est mon arrière grand-père, le papa de ma grand-mère. Nous sommes avec les enfants allés interviewer ma grand-mère (86 ans) et l'un de ses frères sur leurs souvenirs non pas de la guerre car ils n'étaient pas nés, mais sur leurs souvenirs de leur grand-mère Louise, de ce qu'elle disait sur Denis...elle n'en parlait presque jamais.

Les pensées de Denis pendant qu'il est au combat, et le bilan de la guerre en France et en Allemagne.

En France et en Allemagne, on envoie les mêmes cartes postales...

Le Bouquet d'Ypres (denis est mort lors de la bataille d'Ypres) à chanter sur l'air du temps des cerises.

Les enfants ont imaginé les lettres de Denis et Louise

(nous avons très récemment retrouvé une carte envoyée à Louise par Denis, nous n'étions pas loin de la réalité!)

Un village du front avant la guerre, puis pendant la guerre...

Je m'arrête ici, notre dossier faisait 40 pages.

Il est le résultat de mois d'enquêtes, nous sommes allés par groupes des mercredi après-midis soit consulter les archives du village (quelle émotion de voir pour de vrai la signature de notre Poilu lors de son mariage ou à l'occasion des naissances de ses enfants!) soit interviewer les descendants, soit prendre des photos et chercher son nom sur le monument aux morts.  Les enfants sont également allés sur le site Mémoire des Hommes, pour retrouver la fiche matricule de leur Poilu, ainsi que le Journal des Marches et Opérations (JMO) de son régiment. Ce fut une aventure enrichissante qui je crois (en tous cas j'espère) aura donné aux enfants (ainsi qu'à moi-même!) une idée plus précise de ce qu'a été cette guerre. Pour ne pas recommencer un jour.