Nadia Hashimi, « La perle et la coquille »

Par Mybooksaremyhome

 Quand j’ai entendu parler de ce roman, considéré par Khaled Hosseini comme un « magnifique conte familial [qui] reflète à merveille les combats des femmes afghanes d’hier et d’aujourd’hui »,  je n’ai fait ni une ni deux, je me le suis procuré et en ai immédiatement démarré la lecture. Je l’ai dévoré mais suis ressortie frustrée de cette lecture par ailleurs encensée sur la blogosphère.

Quatrième de couverture :

Kaboul, 2007 : les Talibans font la loi dans les rues. Avec un père toxicomane et sans frère, Rahima et ses soeurs ne peuvent quitter la maison. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui permettra à la jeune Rahima de se travestir jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se marier. Elle jouit alors d’une liberté qui va la transformer à jamais, comme le fit, un siècle plus tôt, son ancêtre Shekiba. Les destinées de ces deux femmes se font écho, et permettent une exploration captivante de la condition féminine en Afghanistan.

Je vais être très claire : je pense qu’il ne suffit pas d’avoir une bonne histoire pour écrire un beau, un bon livre. Alors oui, le « beau », le « bon », le « littéraire », tout ça, c’est très subjectif, mais c’est le but de mon blog : donner des avis personnels en toute subjectivité.

Je vais être très claire à nouveau : j’ai bien aimé ce livre. Il a plein de qualités dont je vais vous parler très très bientôt, promis. Mais (et peut-être que je suis élitiste) il ne mérite pas, selon moi, les tonnes d’éloges qu’il a reçues.

J’ai beaucoup aimé les deux histoires racontées en parallèle grâce à une efficace structure narrative qui alterne chacune d’entre elles. J’ai appris des tas de choses sur la condition des femmes en Afghanistan, sur leur position dans la société, sur la structure d’un harem, sur les bacha posh, ces fillettes élevées en garçons… Les deux histoires m’ont passionnée et j’ai lu le livre avec avidité. J’avais absolument besoin de savoir ce qui allait se passer pour les protagonistes à la fin de chacun des chapitres qui leur sont consacrés. Le suspense est habilement maintenu, les évènements s’enchaînent dans un rythme soutenu et les pages se tournaient toutes seules.

Malheureusement, je trouve, justement, que ces pages se sont tournées un peu trop vite, et que ce roman manque cruellement de fond. Où est la réflexion sur la crise identitaire de ces petites filles forcées à se comporter comme des garçons jusqu’au début de leur adolescence? Qu’en est-il de leur ressenti au moment où elles reviennent à elles-mêmes en tant que jeunes femmes? Oui, Nadia Hashimi parle de ce moment où les fausses bagarres avec les garçons prennent, dans la tête des jeunes héroïnes, une signification singulière. Mais encore?
Oui, à un moment donné, nous avons droit à la description minutieuse d’une scène de lapidation. C’est un passage très dur car il est raconté à la fois sans fausse pudeur, mais sans volonté gore non-plus. Oui, la condition des femmes telle qu’elle est décrite dans ce roman est proprement insupportable pour moi, avec mes yeux d’Occidentale. Mais je pense que le roman aurait mérité une tout autre densité. Si on sait ce que font les personnages, si on comprend leur chagrin ou leurs sentiments de révolte face aux épreuves qu’elles doivent affronter, la réflexion sociale, psychologique, et philosophique est proprement absente.

Le style, quant à lui, n’est pas non plus à la hauteur des sujets abordés (pour rappel, je lis l’anglais en anglais, et n’ai donc aucune idée de ce que donne ce roman dans sa traduction française). Il est inexistant. Les faits s’enchaînent mais, aussi passionnants soient-ils, ils sont racontés à travers une écriture insuffisamment élaborée. Un tel sujet aurait mérité une plume plus fine, acérée et précise, qui sait justement se faire aussi dure et aussi émouvante que l’histoire qu’elle essaye de raconter.

Nadia Hashimi a écrit un roman passionnant, porté par une intrigue bien ficelée et très rythmée. Les sujets abordés sont tantôt révoltants, tantôt émouvants, et toujours intéressants. Cependant, j’ai l’impression que l’auteure passe totalement à côté de son sujet : à cause du style inexistant et de l’absence quasi-totale de profondeur et de réflexion, ce livre est, au final, à peine plus qu’une bonne histoire qui se lit d’une traite.