Rouages

ROUAGES

Didier FEDOU

ROUAGES

Henry avait sifflé la moitié de son verre. Léon se tenait d'une main au comptoir, vacillant. Il se versa un verre de cognac qu'il vida d'un trait pour se remettre.


– S'il te plaît, dit-il d'une faible voix. Tais-toi. Tais-toi et va t'en d’ici. Ne reviens plus...


Henry n'était pas disposé à partir.


– Je dois rester et parler. Tu dois savoir. Tout le monde doit savoir quel danger plane sur nous. Imagine si toutes les machines étaient possédées. Tu imagines ? L'apocalypse, rien de moins. Et tu sais que j'ai raison, parce que tu en portes la cicatrice sur ta joue.


« Tu sais, je suis vieux, j'ai vu des choses qu'on relègue au rang de superstitions et de légendes. La vérité, c'est que la plupart des gens traverseront la vie sans vagues. D'autres, plus rares, sont aussi plus sensibles, comme moi, et nous voyons ou sommes confrontés à des choses... pas naturelles.


« Il y a des preuves que les démons ou les anges marchaient sur la terre comme toute autre créature, il y a longtemps. Aujourd’hui, on croit que ce sont des histoires ou des métaphores. Mais tout est vrai. Les gravures, les textes, les formules, et même des preuves tangibles comme des ossements conservés en secret dans des lieux saints.


– Des ossements ?


– Oui, des os de démons. Enfermés à double tour dans les caves et les cryptes des cathédrales. Je vais encore te raconter quelque chose, qui te prouvera définitivement que j'ai bien raison. Ensuite, je m'en irai. Écoute bien...


Henry l'a vu trop souvent : parfois, si on les malmène, les machines se vengent. Au crépuscule de sa vie, il faut qu'il se libère de ces souvenirs, qu'il passe le relais.


Note : une précédente version de cette histoire est parue dans le premier N'zine, de l'association Nanaz prod, sous le titre : Machines diaboliques.

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Je suis en train de lire le recueil de nouvelles de terreur de Didier Fédou, Le Livre en Noir. Recueil dont la plupart des nouvelles sont sorties individuellement sur Amazon. Comme elles sont sorties individuellement, et que j'en ai déjà commenté quelques unes (vu que je les aies achetées individuellement, donc) (Lettres du Front, Le Job, Les Profanateurs, et hier Au Clair de L'Aube), je me suis dit que j'allais continuer à vous les commenter une par une. 

Aujourd'hui, au tour de Rouages.

Le pitch. Ce soir, c'est soir de pluie au village. Un vrai temps de chien. Il n'y a pas un rat dans le bistro que tient Léon. Une belle soirée bien morne et bien morte en perspective, pas ce soir qu'il va faire son chiffre d'affaire le Léon...

Ah tiens, voilà que rentre le vieil Henry. Un anglais qui vit dans le coin, un bon vieux pépère bien sympa. Allez, deux-trois whisky et le voici parti à papoter le Henry. Il se met à raconter des anecdotes de sa vie. Et quelles anecdotes! Toutes plus glauques les unes que les autres. Une sombre histoire comme quoi les objets pourraient être hantés, possédés par un esprit malveillant. Tu t'en prends à ton objet en l'insultant copieusement, genre c'est sa faute s'il ne fonctionne pas comme tu veux, et zou, voilà ton objet qui prend vie et se venge de ton indélicatesse. Se venge violemment! Léon, ça le remue ces histoires. Justement, il est en bisbille avec son percolateur, et il se demande si ledit percolateur ne chercherait pas régulièrement à le tuer. C'est que c'est rancunier un percolateur! Si on ne peut plus insulter les machines, où va-t-on, je vous le demande?

Marrante cette nouvelle Monsieur Fédou. Je l'ai lue hier soir. Et va savoir pourquoi, aujourd'hui j'ai été super gentille avec mes imprimantes. Je travaille en laboratoire, et cet après-midi, c'était moi qui était responsable de la bonne édition des résultats des patients. Trois imprimantes sous ma surveillance. Trois imprimantes qui se font des malins plaisirs à régulièrement faire des bourrages papier, du coup je peste, je menace mon petit monde des pires maux ("sal****perie de machine de m**** tu veux un coup de talon pour te montrer qui commande?????"). Aujourd'hui, j'étais dans le dialogue ("eh ben ma biquette, c'est quoi cette histoire de bourrage, raconte à maman!"). Tu m'attaques le ciboulot Monsieur Fédou, tu m'attaques grave le ciboulot!


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