Si vous prenez le temps de lire la nouvelle ci-dessous vous aurez peut être la curiosité de savoir ce qui s'est passé quelques lignes avant et surtout ce qu'a vécu Marie après. Cette nouvelle a été tirée du début du roman Entre Père et Fils dont vous pouvez lire le début Ici
Trois semaines ! Trois semaines qu'elle a posté sa lettre et qu'elle attend, un peu plus, un peu moins, Marie ne sait plus, mais cela lui paraît des mois. Assise sur son balcon, au soleil, elle attend la voiture jaune qui va peut-être lui apporter ce petit rayon de soleil qui lui réchauffera le cœur pour quelques minutes, ces quelques mots qui rempliront un peu le vide qui est en elle. A chaque fois qu'elle écrit à Willie, c'est la même attente intenable qui s'installe, mais cette fois-ci c'est insoutenable, elle a besoin de sa réponse.
Willie lui a pris son cœur, il y a quelques années, lorsqu'il lui a dit, le jour de leur première rencontre : " Tu es ma femme ". Leurs destins se sont liés et Marie lui a offert son cœur au fil des jours, au fil des années. Puis la vie les a séparés lorsqu'elle a dû quitter le pays de Willie du jour au lendemain, sans pouvoir le revoir une dernière fois, sans pouvoir lui dire...
Bruit de moteur, porte qui claque, le nuage de Marie se disloque pour la ramener sur son balcon. Elle se lève, entre dans la maison, traverse le couloir, attrape les clés, dévale l'escalier, passe par le garage, descend la rampe et se retrouve sur le trottoir devant la boîte aux lettres. Son cœur bat si fort que le voisin pourrait l'entendre. Elle hésite quelques secondes. Et si elle n'était pas encore arrivée ? Elle prend une grande inspiration et ouvre la boîte. La lettre tant attendue est là, sur le dessus, comme si le facteur savait qu'elle l'attendait ! Marie reconnaît l'écriture de Willie, elle la reconnaîtrait entre mille, et le timbre ne peut la tromper. Elle récupère le courrier, remonte la rampe, repasse par le garage, grimpe l'escalier quatre à quatre, reprend le couloir pour déposer le courrier sur la table et file dans sa chambre. Assise sur son lit, elle décachette l'enveloppe doucement. Elle les garde toutes précieusement. Son cœur ne tient plus en place, entre sa course et ses émotions, Marie lui mène la vie dure. Ses larmes coulent avant même d'en lire une ligne.
" Ma chérie,
Ta lettre m'a rempli de joie, celle-la encore plus que les autres. Tes projets, ton retour, c'est comme la vie qui reprend son cours, après toutes ces années de léthargie... "
Marie pleure, son visage est inondée de larmes, ses yeux se brouillent.
" ...Ecris-moi vite pour me donner la date de ton arrivée. Je serai à la sortie de l'avion...
Ton bien aimé
Willie. "
Ces lettres sont le seul lien qui leur reste. Loin de yeux mais près du cœur.
" Mesdames et messieurs, nous allons entamer notre descente sur Douala. Veuillez regagner vos places et attacher vos ceintures. "
Assise la tête contre son hublot, Marie regarde le peu qu'elle réussit à voir de l'aéroport. Cela faisait tant d'années qu'elle rêvait de ce retour au pays, et maintenant qu'elle y est, la peur lui serre le ventre. Et si tout avait changé. Et si elle ne retrouvait pas ce qu'elle avait laissé, du moins ce qui était resté dans ses souvenirs. Et si ses souvenirs la trahissaient. Elle se souvient d'un film dans lequel une jeune femme revenait au Cameroun après des années. Elle y avait vécu, dans le nord, lorsqu'elle était petite fille. Elle était revenue, mais elle n'avait pas retrouvé son passé. Tout avait changé, tout était transformé. Seuls ses souvenirs étaient intacts, pas la réalité. Et s'il lui arrivait le même scénario. Elle s'est tellement souvent transportée dans des rêves au cours desquels elle revenait au pays, dans ce pays qui l'avait adoptée et qu'elle aimait plus que le sien. Mais les rêves ne sont pas la réalité. Qu'allait-elle trouver en descendant de cet appareil ?
" Excusez-moi, mademoiselle, vous vous sentez bien ?
Pardon ?!
Tout le monde est sorti. On vous attend...
Oh, excusez-moi, j'étais ailleurs, et je ne me suis pas rendue compte. "
Marie se lève et prend son sac comme l'ont fait tous les autres passagers. Elle suit maintenant l'hôtesse qui la mène à la sortie de l'avion.
" Bon séjour et à bientôt "
Elle ne l'écoute même pas. Il est là à l'entrée du manchon. Il est là au rendez-vous. Il est venu la chercher comme il l'avait promis dans sa lettre. Les larmes lui montent aux yeux. Il s'avance et elle lui saute dans les bras. Elle n'arrive pas à dire un mot. Elle pleure comme une petite fille.
Hey, mais qu'est-ce qui ne va pas, tu n'es pas heureuse d'être là ?
Oh si, mais je pleure de joie, je suis trop contente de te revoir après tant d'années.
Main dans la main, ils quittent l'aéroport et prennent la voiture de Willie. Au grand regret de Marie, il n'a plus sa moto. La moto est un moyen de transport qui ne la rassure pas beaucoup. Elle aimait pourtant la moto avec Willie car elle pouvait se blottir tout contre lui. Et elle ne l'aurait lâché pour rien au monde. Elle était bien quand elle pouvait le serrer de ses bras.
Elle doit aujourd'hui se contenter d'être assise à côté de lui. Elle s'installe et rapidement se perd dans ses souvenirs. Tout revient en même temps, se mélange, se brouille, c'est comme un rêve.
Tu vas bien ?
Oui, oui.
Tu n'as pas l'air très heureuse. Je croyais...
Mais si, je suis heureuse. C'est seulement que je pense un peu trop. Je suis souvent ailleurs, perdue dans mes pensées. Je vais faire un effort pour rester avec toi. C'est promis.
J'espère bien. Bon, on y va, il y a la route jusqu'à Yaoundé. On ne peut pas trop traîner à Douala, je n'ai eu qu'une permission pour aujourd'hui.
Elle le regarde conduire, il est concentré sur sa conduite, sérieux comme toujours. La voiture file sur la route. Elle est enfin là près de lui, son rêve se réalise enfin. Rien ne pourra plus les séparer. Son émotion est telle que les larmes reviennent, elle essuie discrètement le bord de ses yeux.
Tu veux une jobajo ?
La voiture s'est arrêtée. Elle a encore failli à sa promesse. C'est plus fort qu'elle. Depuis qu'elle a quitté ce pays, c'est sa seule façon pour ne pas sombrer dans la tristesse. Elle part ailleurs, dans un autre monde, dans un monde qu'elle s'est créée auprès d'eux. Et c'est devenu une habitude, un mode de vie. Même maintenant qu'elle est de retour, son esprit vagabonde, ailleurs, toujours ailleurs pour fuir la réalité.
Non merci, je n'aime pas ça.
Quoi ? Tu bois une fanta alors ?
Si tu veux.
Sa bouteille terminée, ils se sont remis en route. Au loin, la ville commence à se deviner. La terre est franchement rouge. Ils approchent.
Il emprunte la grande avenue qui sépare la ville en deux. Il prend une rue sur la gauche. Elle pourrait se perdre dans ce dédale de rues. Il quitte les maisons et immeubles du centre ville. Les habitations sont de moins en moins luxueuses. Les toits en tôle apparaissent. Il laisse de côté le bitume pour emprunter les chemins de terre. Enfin, la voiture ralentit puis s'arrête devant une petite maison modeste.
Bienvenue dans mon petit chez moi. Ce n'est pas grand, il n'y a pas beaucoup de confort, mais c'est chez moi.
Ca ira très bien. Si je voulais du cinq étoiles, je serais allée à l'hôtel.
Allez viens, on y va.
Ils descendent de voiture. Il prend son sac et elle le suit. Il monte quelques marches qui mènent à un perron. Puis ils entrent directement dans la pièce à vivre.
Je te présente ma femme, mon fils aîné, Fidèle, qui va bientôt me faire grand-père, Niky, ma fille et Emile, mon petit dernier. Vous devez avoir le même âge !
Bienvenue chez nous.
D'un seul coup, tout se met à tourner autour de Marie, le monde s'écroule, son monde s'effondre. Elle sent un bras la retenir. Il la dirige vers un fauteuil et plus rien.
Le silence s'installe, tout a changé, tout est transformé. Seuls ses souvenirs sont intacts, pas le présent. Il ne lui reste plus que ses rêves. Mais les rêves ne sont pas la réalité.
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