La visite du Hurlevent

Par Sevy28 dans Nouvelles le

Pour le concours de la ville d'Anzin Saint Aubin, le thème ? La photo ci-dessous.

http://www.ville-anzin-saint-aubin.fr/concours.html La visite du Hurlevent

La visite du Hurlevent.

Les rayons du soleil qui se lèvent derrière cette île entourée d'une eau rosée par les reflets, annoncent une belle journée. Elléonore est joyeuse ce matin. C'est la veille de la visite annuelle de son domaine et tous les préparatifs la mettent en liesse. Elle sait que la journée va être longue, elle a tant à faire. Hier, elle a distribué ses tracts annonçant cette visite gratuite. Aujourd'hui, il lui faut tout préparer. Elle ouvre les fenêtres pour aérer et faire entrer le soleil dans cette grande demeure. Puis commence une bonne journée de nettoyage : faire les poussières, retirer les restes, laver les sols, changer les draps, puis réparer ce qui a pu être détérioré. Le lieu doit être agréable et le plus accueillant possible. Elléonore redonne petit à petit la vraie valeur à ce lieu clos toute l'année. Du balcon, elle regarde le port. Demain, ils seront là-bas, prêts à passer dans son monde. Elle referme la fenêtre. Elle doit être en forme pour la visite du lendemain.
Aux aurores, Elléonore est sur le pied de guerre. Pour atteindre l'île à pied, la marée doit être basse.
Les premiers invités sont déjà là. Un couple avec enfants s'avancent vers le groupe.
" Non, non, non, pas d'enfants, ce seraient trop difficile pour eux ! C'était signalé sur le tract. ". Elléonore reste ferme malgré toute l'amabilité dont elle fait preuve. Elle leur indique une promenade en bateau autour de l'île Dejoi, bien plus adaptée aux enfants. Le couple s'éloigne en suivant les indications.
Inutile de s'apitoyer sur leur sort plus longtemps, il est maintenant temps d'avancer vers son univers. L'eau commence à ruisseler dans les rigoles creusées dans le sable. La traversée est rapide. Sur l'autre rive, le groupe suit Elléonore sans bruit. Les yeux sont grand ouverts devant cette forteresse qui s'offre à eux : Le Hurlevent. " Ecoutez, leur dit-elle, vous n'entendez pourtant rien. " Elle leur explique alors qu'il est encore trop tôt pour entendre les hurlements qui ont donné le nom à ce lieu. L'escalier de pierre qu'ils gravissent les mène devant un grand mur qui ne laisse apparaître qu'une porte de chaque côté des tours de garde. Elléonore ouvre la porte et dirige le groupe vers l'intérieur du domaine. Elle ferme la porte à clef derrière elle, la première porte de la visite. Le jardin, personne n'a jamais l'opportunité de le visiter. L'entrée de la bâtisse est très claire mais dénudée de tout artifice. Les murs sont blancs et peu décorés. Ils entrent dans la salle à manger qui déploie une grande table sur laquelle les assiettes sont disposées avec passion comme pour un dîner. Pas besoin de grand discours, la vie paraît renaître de ses murs. La cuisine dévoile des ustensiles de grande qualité. Une femme prend le temps d'admirer ces casseroles en cuivre qui brillent comme au premier jour. Elléonore quitte la pièce puis se dirige vers les chambres de l'étage supérieur. Des lits à baldaquin, de magnifiques tentures aux murs. Des visiteurs s'éternisent devant la vue sur la mer qui leur fait signe depuis chaque fenêtre des différentes pièces. Elléonore en profite pour fermer les portes une à une. Le groupe s'étiole comme les falaises léchées par les vagues.La marée est de plus en plus haute, les vagues atteignent les rochers jusqu'au bas de l'escalier de pierre qu'ils ont emprunté en arrivant. L'eau recouvre le passage alors qu'Elléonore termine sa visite par les caves. Il y fait frais et malgré le soin apporté par la jeune femme, ces lieux donnent la chair de poule aux quelques visiteurs qui la suivent encore. Le couloir central est bordé de petites cellules dont elle ferme chaque porte une à une dès qu'un malheureux ose s'y aventurer. Ils se font avoir tous les ans ! Cela en deviendrait presque monotone et pourtant elle jubile à chaque fois. Sa visite la ramène à un escalier qui remonte au jardin. Elléonore ferme la dernière porte et tend la main en rigolant. " N'oubliez pas le guide ! ". Personne, il n'y a plus personne. Elle finit encore sa visite seule, comme tous les ans. Sa main restera donc vide. Elle a encore gagné.
Elle repart seule, passe la grande porte du mur d'enceinte. Elle prend bien soin de la refermer à clef. Elle redescend l'escalier jusqu'aux rochers sur lesquels elle s'assoit pour attendre la nouvelle marée basse. Elle tend l'oreille. Les sons qui lui arrivent sont doux à son oreille, non pas le bruit des vagues qui perdent de leur ampleur, non pas le bruit du vent dans les grands arbres de la propriété, non pas le son des sirènes des bateaux qui passent au loin. Non, le doux hurlement que l'on entend qu'une fois par an, au terme de chaque visite. Ces hurlements que ses visiteurs peuvent maintenant entendre. Son rire se mêle à leurs hurlements. Lorsque le passage est enfin possible, Elléonore se lève, se tourne vers le bâtiment, et comme tous les ans, elle leur crie : " A l'année prochaine pour le grand ménage ! "

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