Les poissons viennent de la forêt


Les poissons viennent de la forêt de Jean-Yves Loude aux éditions Belin 



Les poissons viennent de la forêt
    " Moi, Kéta, je suis mort.     Et, depuis que je suis mort, je suis devenu bavard. Croyez-moi, j'ai tout le loisir de contempler et de commenter l'agitation de mes descendants. Ça m'occupe, ça m'amuse, même si personne ne réplique à mes critiques ou ne répond à mes questions. Parfois, je me permets d'envahir l'esprit d'un vivant, d'influencer ses rêves, de lui suggérer des actions. Il m'arrive de me glisser dans les corps de danseurs ou de malades, de les mettre en transe, de les posséder et de m'exprimer par leurs bouches et leurs gestes. Mais je n'abuse pas de ce pouvoir que nous, les défunts, nous conservons après avoir rendu notre chair à la terre..."
      Keta est mort depuis longtemps, et , depuis le royaume des défunts, il observe son peuple, les Angolares, un peuple méconnu du Sao Tome. Keta les scrute car il a pris une grave décision, il va se réincarner mais pour cela il doit se choisir un père. Son choix se porte sur Mé N'gopa, le prince des pêcheurs, mais c'est surtout  sa prestation dans le Danço Congo, danse traditionnelle, qui l'a convaincu.
     Keta renaît donc sous les traits de Juju à la grande joie de son père qui jusqu'alors n'avait eu que des filles. Il voit dans l'arrivée de ce fils, ses espoirs de pouvoir transmettre ses secrets exaucés. Mais très vite Mé N'gopa se rend compte que son fils n'est pas celui qu'il espérait. Juju ne peut pas marcher.  Selon sa grand-mère, si Juju est handicapé c'est qu'il est lié à un ancêtre. Ses parents le conduisent chez un guérisseur qui va dénouer ce lien. Juju se met à marcher mais il aura une dette à payer à sa vie antérieure.
     Avec l'histoire de Keta/Juju, Jean-Yves Loude nous raconte la vie des Angolares, leur Histoire. Entre forêt et mer. Nous découvrons un peuple riche en croyances en traditions, nous nous immergeons dans sa vie.  Avec un style plein de poésie, teinté de tradition orale africaine, l'auteur nous transporte au Sao Tome à la rencontre de ce peuple méconnu, un peuple de résistants. Jean-Yves Loude sait de quoi il parle puisqu'il a vécu quelques temps avec ce peuple attachant. Un roman passionnant, envoûtant. Jean-Yves Loude est un conteur exceptionnel.
   "Les rivières ne dorment jamais. Chez nous, c'est vrai plus qu'ailleurs. La pluie équatoriale alimente leur fureur. Notre pays est petit et volcanique. Son relief, plissé, abrupt et contrarié. Les cours d'eau ont un espace bref pour s'exprimer. A peine nés dans la brume des sommets, ils dévalent vers l'océan avec rage et fracas, irrités par l'arrogante immobilité de roches noires qui encombrent le passage et les obligent à cascader. A l'approche du littoral, il reste peu de temps aux torrents pour devenir rivières ; ils repoussent les berges, étalent leurs eaux sombres, écartent les arbres, passent sous des tunnels de branches. Les femmes profitent du répit de petites plages pour laver le linge qu'elles étalent sur le sable. Chaque enfant  de notre peuple a appris la magie des couleurs à force de contempler ces damiers de draps, de voiles, de blouses, de jupes, de culottes déposés au sol par les mères qui frottent et pépient des commérages tout en surveillant les bébés.

Voici le lien vers ma chronique sur Le Port, autre roman de Jean-Yves Loude : Le Port 

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