Western Girl

Western Girl

Parce que mes lectures pour ados traînaient de la patte, j'ai glissé dans mon sac de voyage, entre deux poids lourds, un roman d'Anne Percin, mon premier. Je l'ai enfilé vite fait devant un feu de camp, la bouche tartinée de guimauves carbonisées.C'est la singularité du personnage qui m'a d'abord attirée. Élise Bonnel, une jeune Rennaise rousse de seize ans, détonne. Elle aime Johnny Cash, Patsy Cline, Ricky Nelson, la danse en ligne, l'équitation. Aussi bien dire que dans le paysage adolescent, Élise fait cavalier seul.Je suis quelqu'un de très ordinaire, j'en conviens, si l'on excepte mon goût prononcé pour la musique traditionnelle américaine. Comment j'en suis arrivée là! Ça, je n'en sais rien! J'ai l'impression que ça a toujours été en moi. Je dois avoir un gène avec un chapeau de cow-boy. Mes parents, ça n'est pas du tout leur truc, les westerns, les USA et tout ça. D'abord, mon père, il faut savoir que c’est un geek intégral: il écoute de l'électro et passe sa vie le nez dans un ordi. Ma mère s'habille comme si elle revenait de l'Inde, n'écoute que de la musique celte et du reggae. Ils ne se ressemblent pas, ils se sont assemblés quand même et là, une erreur fatale s'est produite: je suis née western girl.Le coup de foudre a eu lieu lorsqu'elle avait six ans. Ça s'est passé au Buffalo Grill de Poitiers. C'est là que la musique country, les westerns, l'équitation, l'histoire des États-Unis lui sont tombés dessus. Après cette révélation, elle s'est inscrite dans un centre équestre et a commencé à monter à cheval. Depuis, elle n'a jamais cessé.Western GirlLe jour où elle tombe par hasard sur une brochure qui offre un stage d'équitation western de trois semaines dans un ranch du Dakota du Sud, ça faittilt. Elle travaille d'arrache-pied pour réunir les sous nécessaires à l'inscription.Le grand jour arrive. Ils sont douze à partir.Élise quitte Roissy pour Winner, une petite ville proche des Badlands. Hébergés par la famille Cooper, les douze adolescents français découvrent la vie de rancher, ses difficultés, ses corvées, dont le pelletage de fumier, et ses fous rires. Élise réalise vite que lesautres adolescents sont tous façonnés dans le même moule: des gosses de riches crâneurs, imbus d'eux-mêmes.Aux yeux des autres, et de Georgia en particulier(une Nellie Oleson des temps modernes), Élise cumule les handicaps: issue d'une famille de la classe très moyenne, elle n'a pas de cheval, elle est rousse, elle tient un journal de bord et elle se lie d'amitié avec Derek, le garçon de ferme noir venu des quartiers pauvres de l'Urban Riding Club,à PhiladelphieFacile, dans ces conditions, de devenir la cible des railleries du groupe… (une cible, il en faut toujours une!). Pauvre Élise.Le voyage de ses rêves se transformera-t-il en cauchemar?Un roman pour ado sur le Midwest, sur la rudesse d'un mode de vie en voie de disparition. Un bel hommage à la musique country-folk américain. (Chaque chapitre porte le titre d'une chanson emprunté au répertoire américain.) J'en ai appris sur le Midwest et j'ai découvert l'existence de l'Urban Riding Club de Fletcher Street, ce quartier de Philadelphie où de jeunes noirs, souvent des gamins de la rue, s'occupent de chevaux en plein coeur de la ville. Même si j'ai plusieurs réserves, l'aspect documentaire du roman prend le pas sur les petites gamineries subit par Élise et l'histoire d'amour bancale qui se développe: le garçon le plus riche du groupe qui tombe amoureux de la pauvre fille du village, on a déjà vu… 

Un petit roman original par son thème, rédigé sous forme de journal de bord, à dévorer d'une traite avec un air de Johnny Cash en sourdine. L'écriture d'Anne Percin est énergique, empreinte de finesse et pimenté de quelques touches d'humour. Oui, certains personnages frisent la caricature. Mais un personnage qui trace sa route comme elle l'entend, et ce, de façon saine, ça se prend toujours bien!Western Girl, Anne Percin, Rouergue, 200 pages, 2013.