Carcoma

Carcoma
Carcoma
Carcoma : 1. Vrillette, ver à bois. 2. Préoccupation constante et grave qui vous consume, vous ronge peu à peu. Aux abords d’un village de Castille, une maison frémissante semble réagir aux moindres faits et gestes de ses habitantes : portes qui claquent, bruits de meuble qu’on traîne, âmes défuntes qui s’accrochent aux mollets – et que l’on écrase pour les tenir en respect. Quatre générations se succèdent entre ses murs. Dans cette famille, ce ne sont pas les bijoux ou la tendresse que l’on se transmet de mère en fille, mais les rancœurs, la jalousie, la douleur – la carcoma, qui ronge qui ronge qui ronge. Derrière les croyances, les apparitions et les sorts jetés, en sourdine, se cache une histoire bien réelle et d’une violence inouïe.
Carcoma
Pourquoi ce livre ? En toute honnêteté, je n’en avais jamais entendu parler avant sa mise en lumière par le Prix Livraddict, dans la catégorie Fantastique mêlée à de l’horreur. Etant deux genres que j’apprécie parcourir ces derniers temps et l’œuvre étant courte, je me suis dit que j’arriverais bien à caler celle-ci dans mon « planning de lecture » - depuis la panne de lecture, je ne tiens plus vraiment de planning. Bref, il est évidemment rentré, c’est pourquoi je vais tenter, tant bien que mal, de rédiger quelques lignes sur ce que j’ai pu ressentir.
De l’ennui ? De la curiosité ? Du ressentiment ? Ce qui est sûr, c’est que Carcoma ne laissera aucun lecteur indifférent. La maison est le témoin d’une histoire familiale, celle de femmes sur plusieurs générations. Difficile de situer l’intrigue dans une temporalité, à un point où j’ai été surprise de lire l’usage du téléphone sur une génération précise, tant je m’attendais à ce que ce soit limite l’époque médiévale. Difficile de situer l’intrigue dans un décor autre que la maison, tant on évolue dans une sorte de huis-clos, méticuleusement façonné par la vision de ces mères et de ces filles.
Carcoma, c’est aussi l’histoire de ces secrets de famille que chacun tente d’enterrer avec soin et discrétion. Des corps qui disparaissent pour différentes raisons, pour échapper à la guerre ou pour une vengeance. Ce qui est dommage pour une intrigue si courte, c’est que le lecteur est amené à interpréter les petits indices et les détails, révélant de fait la fin avant l’heure. Je pense que l’autrice a mal maîtrisé son effet car la tournure de ses dernières pages montre à quel point elle voulait que la « révélation » retentisse. Bref, je ressors donc un peu déçue d’avoir lu ces portraits pour obtenir cette fin fadasse.
Les personnages sont le cœur du récit et pourtant, il est impossible de s’attacher à l’une d’elles. Je déplore d’ailleurs que le style d’écriture n’ait que peu évolué entre chaque vision, qui s’alterne et s’entrecoupe, car chaque femme a la même façon d’exprimer les choses – sauf peut-être la grand-mère, avec son langage de charretier bien à elle. Du reste, comme on a peu d’indicateurs spatio-temporels et comme chacune exprime les choses de la même façon, il est difficile de les discerner. Je ne me suis pas attachée à elles car elles sont enfermées dans leur famille et leurs valeurs, avec leurs revendications et l’étouffement qu’elles entraînent les unes sur les autres. J’ai lu quelque part que la maison devenait un personnage à part entière et je suis moyennement d’accord avec l’idée. Certes, le lieu est le théâtre où se déroule chaque scène et l’effet final repose sur lui. De là à dire qu’il devient un personnage, c’est faux : ça aurait été le cas si c’était sa vision des faits qui nous relatait les événements qui se sont déroulés en son sein.
Quant à la partie fantastico-horreur, je suis mitigée. C’est une touche par-ci, une autre par-là, sans réellement nous plonger dans les frissons ou l’angoisse. C’est plus le comportement de l’une qui apporte un choc, sans que j’ai le sentiment de nous éloigner de la réalité : des comportements et décisions comme ceux-ci, ça existe forcément.
Le style d’écriture est très vulgaire, beaucoup dans la provocation. J’ai apprécié car cela rend l’intrigue plus vive et les histoires de chacune plus vivaces. Cependant heureusement que le roman est court car c’est tout de même particulier, sur le long terme.
Carcoma
13/20
Carcoma de Layla Martínez, Seuil, 155 p. Traduit par Isabelle Gugnon, Couverture par Maryam Pir