Civil war est de retour au format omnibus

Civil retour format omnibus
Stamford, Connecticut. C'est là que commence cette grande saga Marvel, avec un événement qui va durablement bouleverser la vie des super-héros. Les New Warriors, une bande de jeunes justiciers aussi inexpérimentés qu'imprudents, s'apprêtent à appréhender quatre super-vilains : Cobalt Man, Coldheart, Speedfreak et Nitro. Ils sont suivis par une équipe de télévision, dans le cadre de la deuxième saison d'une émission de téléréalité consacrée à la formation d'un groupe de super-héros. De quoi assurer le spectacle ! Sauf que l'affrontement tourne au désastre. Les New Warriors n'étaient manifestement pas de taille à s'attaquer à ces adversaires. Nitro, dont le corps est capable de libérer une énergie explosive dévastatrice, finit par se faire sauter. Le bilan est effroyable : Night Thrasher, Namorita et Microbe sont tués, tandis que Speedball disparaît. Mais le plus terrible reste le nombre de victimes civiles, estimé entre 800 et 900 morts, parmi lesquelles une soixantaine d'enfants qui se trouvaient dans une école voisine. On imagine aisément le choc dans l'opinion publique, d'autant que les super-héros n'étaient déjà plus vraiment en odeur de sainteté. Plusieurs événements récents avaient sérieusement écorné leur réputation, notamment les ravages provoqués par Hulk, qui avaient conduit à son exil dans l'espace, prélude à Planet Hulk, puis à son retour vengeur dans World War Hulk. Cette fois, pourtant, difficile de balayer le problème d'un revers de main. Comment justifier les interventions de personnages dotés de pouvoirs extraordinaires lorsque leurs affrontements menacent directement la vie de milliers d'innocents ? La catastrophe de Stamford va fournir au gouvernement américain le prétexte idéal pour reprendre les choses en main. La réponse prend la forme d'une loi sur le recensement des super-héros. Désormais, ceux-ci devront révéler leur véritable identité, suivre une formation et travailler sous l'autorité des services fédéraux. En échange, ils bénéficieront d'un encadrement officiel et pourront exercer leurs activités en toute légalité. Autrement dit, les super-héros deviendront des agents de l'État, soumis à sa hiérarchie et à ses directives. Une perspective qui ne réjouit évidemment pas tout le monde. D'autant que les autorités ne se contentent pas de demander aux justiciers de rendre des comptes : elles exigent aussi qu'ils acceptent de livrer leur identité civile, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner pour leurs proches. Pendant ce temps, Johnny Storm, alias la Torche humaine des Quatre Fantastiques, est agressé par des citoyens furieux et se retrouve à l'hôpital. Le climat devient franchement irrespirable. Maria Hill, nouvelle directrice du S.H.I.E.L.D., demande alors à Captain America de neutraliser les héros qui refuseraient de se soumettre à la loi. Steve Rogers refuse d'obtempérer et parvient à s'échapper de l'héliporteur, après avoir lui-même échappé de peu à une arrestation. Le voilà désormais fugitif, mais aussi chef de file des opposants au recensement. Un véritable camouflet pour Washington, qui espérait justement faire de cette figure emblématique de l'Amérique le meilleur ambassadeur de la nouvelle politique gouvernementale.
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 Face à lui, Tony Stark, Reed Richards et Hank Pym ont choisi leur camp. Convaincus que le recensement constitue la seule solution pour assurer l'avenir de la communauté super-héroïque, ils se chargent de retrouver Captain America et de faire appliquer la loi, au besoin par la force. Les amitiés d'hier volent en éclats, les alliances se recomposent et les héros se retrouvent à devoir combattre ceux qu'ils considéraient jusque-là comme des compagnons d'armes. Spider-Man, les Quatre Fantastiques, les Avengers : personne ne peut vraiment rester à l'écart. Et, derrière les costumes bariolés, ce sont des convictions profondément opposées qui s'affrontent. C'est tout le mérite de Civil War que de ne pas réduire cette fracture à une simple opposition entre les gentils et les méchants. Tony Stark n'est pas un tyran sorti de nulle part, pas plus que Captain America n'est un idéaliste incapable de comprendre le monde qui l'entoure. Le premier estime que les super-héros doivent assumer leurs responsabilités et accepter un contrôle démocratique. Le second considère qu'une loi imposant l'enregistrement des identités et la soumission à l'autorité fédérale ouvre la porte à toutes les dérives. Les deux ont des arguments, les deux commettent des erreurs et les deux sont prêts à aller beaucoup trop loin pour défendre leur vision du monde. C'est précisément ce qui rend leur affrontement aussi intéressant. Mark Millar orchestre tout cela avec un scénario bien construit, qui ne laisse guère de répit au lecteur. L'action est omniprésente, les rebondissements s'enchaînent et la tension monte progressivement jusqu'au dénouement. Mais derrière les bastons et les retournements de situation, la question essentielle demeure : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour garantir notre sécurité ? Sommes-nous disposés à abandonner une partie de nos libertés individuelles en échange d'une société plus sûre ? Et qui peut nous garantir que les pouvoirs accordés à l'État ne finiront pas par se retourner contre ceux qu'ils étaient censés protéger ? Ces interrogations donnent à Civil War une résonance politique évidente. À l'époque de sa publication, au milieu des années 2000, les États-Unis vivent encore sous le choc des attentats du 11 septembre et de leurs conséquences. La lutte contre le terrorisme sert à justifier des mesures sécuritaires toujours plus intrusives, tandis que Guantanamo symbolise les limites parfois très élastiques accordées aux droits fondamentaux lorsqu'un gouvernement invoque l'urgence. La grande prison de la Zone Négative, où sont enfermés les héros réfractaires au recensement, n'est donc pas sans rappeler ce contexte. Des individus sont privés de liberté au nom du bien commun, sans que la légitimité de leur détention puisse véritablement être discutée. Pour autant, Millar ne se contente pas de dérouler un discours politique plaqué sur des personnages en collants. Il connaît les ressorts du genre et sait parfaitement les exploiter. Les affrontements ont des conséquences, les décisions engagent ceux qui les prennent et les personnages ne sortent pas indemnes de cette guerre fratricide. On referme l'album avec le sentiment que quelque chose s'est brisé dans l'univers Marvel. Les héros ne peuvent plus prétendre être au-dessus des lois, mais les lois ne sont pas davantage à l'abri de ceux qui les utilisent à leur avantage. Au dessin, Steve McNiven se montre particulièrement à l'aise. Son trait précis, ses compositions lisibles et son sens du spectaculaire donnent aux affrontements toute l'ampleur nécessaire, sans sacrifier la clarté de la narration. Les personnages sont expressifs, les scènes d'action percutantes et les moments plus dramatiques bénéficient d'une vraie présence. Le dessinateur contribue largement à la réussite de l'ensemble, en donnant à cette guerre entre super-héros une dimension aussi impressionnante que tangible. Panini propose aujourd'hui l'intégrale de toute la période Civil War au format Omnibus, un choix qui permet de retrouver le récit principal accompagné de tous les épisodes satellites possibles et imaginables. Une énième séance de rattrapage, pour ceux qui ont toujours ignoré ce monument du super-héroïsme moderne.

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