L’homme qui arrêta le désert de Damien Deville

Chez Tana éditions.

A l’heure où les arbres tombent par milliers, que ce soit dans les incendies, à l’occasion des coupes rases ou à cause des projets de remodèlement urbain dans de nombreuses villes, il est réconfortant de penser qu’un homme a préféré planter une forêt dans un pays lointain. C’est le pari fou qu’a tenu Yacouba Sawadogo dans son village du Burkina Faso et poétiquement conté par le géographe Damien Deville.


Paysan avec un grand P, Yacouba Sawadogo est décédé le 3 décembre 2023, laissant derrière lui l’oeuvre d’une vie porteuse d’espoir pour l’avenir.
C’est après une terrible période de sécheresse en 1980, qui a fait fuir les hommes et les animaux, que Yacouba décide finalement de rester dans son village pour planter des arbres, ressuscitant à cette occasion une technique ancestrale, le zaï, permettant de cultiver sans eau ou presque. Une révolution à nos yeux d’occidentaux ne jurant que par les techniques sophistiquées et les intrants chimiques.


Faire renaitre une forêt pour faire reculer le désert est un gage d’espoir mais aussi une philosophie de vie, le refus de céder à l’anéantissement, et la joie de renouer des alliances avec le peuple végétal et le peuple animal.
C’est aussi l’occasion d’en connaître un peu plus sur la vie des habitants du Burkina Faso, qui parvint à vivre une Histoire relativement apaisée après la période colonialiste, jusqu’en 1987, date des premiers et violents soubresauts politiques qui ont semé le chaos et la désolation.


Cela n’a pas empêché Yacouba Sawadogo de poursuivre sa tâche, malgré parfois les obstacles, la malveillance humaine et la menace djihadiste.


L’auteur lui rend un bel hommage, qui s’adresse aussi à cette Afrique malmenée et convoitée (aujourd’hui c’est l’accaparement des terres par la Chine qui menace) qui tente de résister au modèle occidental, en la personne des ces paysans profondément attachés à leurs terres et à leur identité culturelle, laquelle est intimement façonnée par les liens avec la nature.
Une beau récit qui redonne sa place à un homme hors du commun.

Photo : Mr Mondialisation