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" data-attachment-id="32634" caption="caption" />En lice pour le Prix Jean Giono 2026
En deux mots
Nous sommes en l’an de Grâce 1661. Alors que les caisses de l’État sont les vides, Mazarin amasse des richesses colossales. Mais il se meurt parmi ses trésors et murmure ses derniers conseils au jeune Louis XIV avant de rendre l’âme. Et libérer le Monarque qui entend désormais gouverner seul. Et mettre bon ordre aux pratiques nauséabondes en usant de son pouvoir absolu.
Ma note
★★★★ (j’ai adoré)
Ma chronique
Après la mort de Mazarin, l’heure du règne personnel
Camille Pascal nous plonge, avec son nouveau roman, au cœur d’une année charnière de notre Histoire : 1661. Une année où la France, exsangue et grelottante, voit s’éteindre Mazarin… et s’allumer, dans l’ombre des intrigues et des dettes, le futur Roi-Soleil.
Nous sommes en cette année de grâce 1661, et le Royaume de France n’a jamais semblé aussi mal en point. La misère ronge les campagnes, l’hiver est impitoyable, les récoltes sont faméliques, et le Trésor, vide. Au moins en apparence. Car pendant que le peuple grelotte, le cardinal Mazarin, lui, s’est gorgé comme un ogre aux dépens de l’État. Si les caisses du Royaume sont vides, les siennes débordent.
Quand s’ouvre le roman, le prélat n’a plus que quelques semaines à vivre. Les médecins ont parlé : les humeurs malignes ont gagné l’estomac, la science baisse les armes. « Guénault l’a dit ! Guénault l’a dit ! » radote Mazarin, comme si la répétition pouvait conjurer l’inéluctable. Autour de lui, les courtisans mentent avec componction, lui jurant qu’il les enterrera tous, tout en tendant la main comme des mendiants devant une église, espérant attraper au vol quelques miettes testamentaires. Seul le curé de Saint-Nicolas-des-Champs, moins complaisant, lui lance : « Vous serez damné si vous ne restituez pas tout le bien que vous avez mal acquis. » Le cardinal encaisse. Réfléchit. Et conclut, lucide pour la première fois peut-être : « Alors, en ce cas, mon père, il faut tout rendre. Tout… »
Camille Pascal excelle dans ces portraits au vitriol, où le grotesque le dispute au tragique. Son Mazarin est à la fois pathétique et grandiose : il pue (il s’en excuse), il a pillé le royaume (il finit par l’admettre), et il erre, désespéré, au milieu des richesses qu’il ne peut se résoudre à quitter.
Avant de mourir, Mazarin a encore la lucidité de distribuer une partie de sa fortune à sa famille, d’arranger les mariages de ses nièces – très bien dotées – et de glisser à l’oreille du jeune Louis XIV quelques recommandations. « Il désigna, à voix haute, Le Tellier, Lionne et Fouquet comme les hommes les plus capables de l’aider à porter le fardeau de l’État. Puis il ajouta, mezza voce, de se méfier de Fouquet, sujet à ses passions, dissipateur et hautain. Peut-être même lui faudrait-il un jour s’en défaire… »
Mais à 22 ans, le monarque n’a qu’une idée en tête : gouverner. Seul. Il charge Colbert de recenser les biens du défunt. Le rapport est un coup de massue. Neuf millions en monnaies sonnantes et trébuchantes. 853 peintures. 128 statues antiques. 59 séries de tapisseries. 377 pierres précieuses. Sans compter trois duchés, vingt-deux abbayes, des palais à Paris et à Rome. « La fortune du cardinal s’élevait à la somme astronomique de trente-huit millions de livres, peut-être même quarante. » Le roi toussote. On lui sert un verre d’eau.
C’est là que le roman bascule. Louis XIV comprend. Et décide d’agir. Avec une habileté malicieuse, mêlant génie et cruauté froide, il va mettre bon ordre à ces dérives. Fouquet, surintendant des Finances, brillant, fastueux, arrogant, se croit inattaquable. Il sera la première victime de ce monarque qui entend régner sans rival. L’arrestation de Fouquet, orchestrée avec une précision chirurgicale, sera l’acte fondateur de son règne personnel. Une façon de signifier à tous que personne, jamais, ne sera plus grand que le roi.
Entre les deux hommes, la lutte est insidieuse. D’un côté, Colbert, « tâcheron terne et fidèle », qui noie ses adversaires « sous un flot d’écritures et de procédures ». De l’autre, Fouquet, le flamboyant, qui construit à Vaux-le-Vicomte un château si somptueux qu’il éclipse Versailles. Louis XIV observe. Calcule. Puis frappe.
Camille Pascal a la plume leste, ses phrases claquent, ses dialogues sonnent juste car ils sont souvent tirés des Mémoires et témoignages de l’époque. « Si l’auteur ne s’est interdit aucun des artifices de la littérature pour écrire de l’histoire, les faits rapportés dans ce roman sont rigoureusement exacts », rappelle l’avertissement de l’éditeur. Pascal jongle avec cette tension entre rigueur historique et verve romanesque avec une aisance souveraine. Il choisit le détail qui fait vrai, l’anecdote qui révèle.
Après L’été des quatre rois (2018), La chambre des dupes (2020), L’air était tout en feu (2022) et La reine du Labyrinthe (2024), Camille Pascal confirme son talent en nous entraînant dans un Ancien Régime vivant, cruel, drôle et profondément humain. On y entre comme dans une salle de bal… et l’on n’a plus envie d’en sortir.
Le bal des foudroyés
Camille Pascal
Éditions Robert Laffont
Roman
288 p., 22,50 €
EAN 9782221280263
Paru le 27/08/2026
Où ?
Le roman est situé en France, à Paris, Versailles, Saint-Mandé, Fontainebleau, Vincennes, mais aussi à Montmorillon, Couture en Vendômois, Dampierre, Vaux-le-Vicomte, Orléans et Nantes.
Quand ?
L’action se déroule de février à novembre 1661.
Ce qu’en dit l’éditeur
Un homme n’en finit pas de mourir. De la vie ou de l’argent, on ne sait à quoi il tient le plus. Le cardinal Mazarin, Premier ministre tout-puissant depuis la mort de Louis XIII, agonise au milieu de trésors amassés sur le dos du peuple. Une fortune bien encombrante qui dépasse toute imagination. Son filleul, Louis XIV, âgé de vingt-deux ans, est plus préoccupé par les fêtes, ses amours avec Henriette sa belle-soeur ou la jeune la Vallière. Colbert, financier habile, prospère par l’intrigue et le calcul. Fouquet, surintendant tout puissant et fastueux, est aveuglé par ses propres facilités.
Lorsque Mazarin expire enfin, la vérité éclate : le trésor royal a été siphonné par des détournements colossaux. Personne ne va alors saisir la métamorphose du jeune Louis XIV qui, dans le secret et avec une duplicité imprévisible, ourdit un vrai coup d’État. Aux bals de cour, il y aura des foudroyés.
Camille Pascal excelle à raconter les complots, les grimaces et la cruauté des ambitions – la France de 1661 ne se dessine pas comme la carte du tendre.
Les critiques
Les premières pages du livre
« Lundi 7 février 1661
Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, palais Mazarin.
Les mouches tournaient et vrombissaient dans la chambre de Son Éminence sans oser se précipiter sur ce festin de pourpre car l’agitation du malade les effrayait encore un peu. Le cardinal n’arrivait plus à rêver, sa vessie le faisait souffrir, il respirait avec difficulté, et les mots du premier médecin de la reine mère appelé en consultation continuaient de le hanter. Ils résonnaient sous les voussures de la pièce d’apparat avec les accents sinistres d’une messe de requiem. Guénault n’y était pas allé par quatre chemins pour annoncer à son illustre patient que, cette fois, il ne le sauverait pas, car les humeurs malignes lui étaient brutalement remontées des jambes à l’estomac. La science bannissait les armes devant la progression du mal, il convenait désormais de se préparer à mourir en bon chrétien. Un mois ou deux, pas une semaine de plus, tel était le maigre sursis que les robes noires consentaient à lui accorder, après de longs conciliabules au cours desquels Hippocrate se disputait avec Gallien.
La veille, un début d’incendie aux décors de théâtre montés dans la galerie des Rois l’avait chassé du Louvre et, ce matin, on l’informait qu’il fallait bientôt quitter la scène. Les augures et les médecins se liguaient contre lui.
Mazarin avait toujours tout pris sans jamais rien donner, l’idée de rendre son âme, fût-ce à Dieu le Père, lui paraissait si incongrue qu’il ne parvenait pas à s’en convaincre et cela le tourmentait beaucoup. À ceux qui étaient présents à son coucher pour le solliciter, sous couvert de prendre de ses nouvelles, il répétait d’un air étonné, comme un homme qui se réveille dans une pièce qu’il ne connaît pas :
« Guénault l’a dit ! Guénault l’a dit ! »
Bernouin, son premier valet de chambre, mis au supplice par les angoisses continuelles de son maître, laissa même échapper sa colère :
« Au diable soient Guénault et son dire, allez-vous toujours répéter cela ?! »
Dodelinant de la tête tel un possédé, le cardinal persistait :
« Oui, Bernouin ! Oui ! Oui et oui, Guénault l’a dit et il n’a dit que trop vrai ; il me faut mourir ! Je ne saurais en réchapper ! Guénault l’a dit ! Guénault l’a dit!»
Les courtisans, parfaitement informés du pessimisme des médecins, ne manquaient évidemment pas l’occasion qui s’offrait à eux de flatter si facilement les illusions du mourant : Son Éminence se portait au contraire comme le Pont-Neuf, elle les enterrerait tous. Au moment où il se trouvait dans la ruelle de sa chambre pour leur souhaiter le bonsoir, chacun se précipitait néanmoins afin de lui prêter le bras, de même que les mendiants tendent la main devant les églises. On le croyait non pas un nouveau Moïse capable de faire traverser un peuple à pied sec ainsi que le racontait le magnifique plafond de ses appartements, mais un nouveau roi Midas doué du pouvoir de transformer en or tout ce qu’il touchait…
Pourtant, au cœur de cette nuit bien longue et bien pénible, dont il se félicitait toutefois qu’elle ne fût pas encore éternelle, Mazarin, regardant mourir le feu qui brûlait dans l’immense cheminée de sa chambre, considéra, tout bien pesé, quoi que puisse en penser et en dire cette mule de Guénault, qu’il avait beaucoup trop à perdre à tirer sa révérence si vite. Lassé de marmonner des Pater Noster, le Sicilien fit alors un douloureux effort pour se lever du large fauteuil de malade où il dormait assis dans l’angoisse des étouffements, enfila ses pantoufles de vair, resserra les bords de sa robe de chambre fourrée de petitgris et aventura quelques pas à travers l’obscurité de la pièce. Sa démarche restait passablement assurée, ce qui le réconforta un peu. Il avait tenu tête à la France révoltée, à la Fronde des princes comme aux insolences du parlement de Paris, il saurait museler la Faculté et faire mentir Esculape. Ces médicastres n’étaient rien d’autre que des ânes bâtés qui le tuaient plus sûrement qu’ils ne le soignaient.
L’espace d’un instant, le ronflement régulier d’un suisse pourtant chargé de veiller sur son repos lui donna envie de décocher un grand coup de pied à ce serviteur trop heureux de bien se porter, alors que son maître agonisait, mais il se ravisa. Si le Jugement dernier se rapprochait, combien risquait de lui coûter cette méchanceté gratuite ? Le mot lui fit horreur, dans le mauvais plateau de la balance déjà bien lourd. Le moribond se saisit de sa canne à pommeau d’or dont la douceur du métal ciselé lui chatouilla le creux de la main et continua d’avancer à travers l’enfilade de ses appartements d’hiver, poussa la porte de son cabinet en veillant à ne pas la faire grincer et chemina à pas feutrés.
Déjà l’aube prenait sa revanche sur l’éclat des flambeaux, qui restaient allumés toute la nuit sur son ordre autant pour marquer sa magnificence que pour écarter les fantômes, lorsque le cardinal, le bonnet de coton enfoncé jusqu’aux yeux, déboucha enfin sur la petite galerie aux volets intérieurs non rabattus. Une lumière hivernale éclairait d’un jour douceâtre l’entremêlement de corps presque nus, de casques à crinière, de chevaux empanachés d’armures, d’éléphants, de morts et de vivants qui tapissait entièrement la paroi adossée à la chambre de parade. Mazarin demeura un moment immobile comme saisi par l’émotion, puis s’approcha de façon à pouvoir caresser cette tenture où l’or et l’argent le disputaient à la soie et à la laine. Rien n’avait été jugé trop beau par les ateliers de Bruxelles pour tisser, un siècle pus tôt l’histoire de Scipion l’Africain sur les cartons du grand Jules Romain, et le pape ne disposait pas lui-même d’appartements si luxueux au Quirinal. C’était un véritable crève-cœur, une sorte d’injustice, une cruauté du destin d’avoir à se séparer d’un tel trésor pour partir dans l’au-delà où rien ne l’assurait de trouver des ateliers aussi habiles à colorier la beauté du monde. Parlant comme à lui-même, Mazarin laissa alors échapper une plainte :
« Dire qu’il me faut quitter tout cela… »
Et continuant à avancer à travers la galerie, où il manqua de se cogner a l’énorme table en argent d’Espagne placée au centre de la pièce, dont les coins sculptés figuraient les quatre grands fleuves, rendu insensible à la douleur par trop de souffrances, il jetait des regards éperdus aux sculptures, aux peintures et aux immenses cabinets de marqueteries de pierres dures qui encombraient le passage comme dans, songeant à ces tombeaux restés inviolés auxquels rêvent les amateurs de raretés et d’antiques, il marmonnait :
« Oui, il me faut tout quitter, et encore cela… »
Ce n’étaient plus simplement les soupirs d’un homme malade, mais les sanglots d’Orphée pleurant son Eurydice, à cette différence que le tout-puissant Premier ministre se refusait obstinément à risquer le bout de ses pantoufles douillettes au seuil des Enfers. Alors, toujours cheminant, sa chaude robe de chambre taillée dans des laines anglaises balayant le savant dessin des parquets de bois précieux, il poursuivait son lamento solitaire.
« Et dois-je encore abandonner cela ? Toutes ces choses que j’ai eu tant de peine à acquérir ? Puis-je les abandonner sans regrets ? Que vont-elles devenir sans moi, car je ne les verrai plus là où je vais ?… »
Soudain, l’image du pillage de ce même palais aux pires heures de la Fronde par ces gueux de Parisiens, une populace ignare, ignoble et puante, arrachant les trésors de leurs cimaises, lui passa devant les yeux, véritable vision de cauchemar ; il eut peur, une peur terrible, une peur déraisonnable, presque instinctive, car, au fond de lui-même, il tenait moins à cette vallée de larmes et à ce lit de douleur qu’était désormais son existence qu’à ses collections et à ses meubles.
Frissonnant d’angoisse autant que de fièvre, Mazarin voulut sonner, crier, réveiller ses gens, appeler le brave Colbert à son secours, ainsi qu’on siffle un bon chien endormi dans son panier, tant il aimait ce triste et fidèle tâcheron depuis que, par mille détours et habiletés, ce dernier était parvenu à récupérer, pièce à pièce, caisse par caisse, la quasi-totalité de ses trésors dispersés lors des troubles. Cet homme n’avait pas son pareil pour tondre un œuf et faire des procès où il finissait toujours par noyer juges et parties sous un flot d’écritures et de procédures au grand avantage de son maître. Au moment de frapper du bout de sa canne le parquet pour rameuter son monde, il entendit des bruits étranges et vit soudain bouger la tapisserie qu’il admirait ; la trompe de l’éléphant d’Hannibal se balançait doucement et l’animal lui-même donnait maintenant d’inquiétants signes d’énervement. Surmontant sa surprise, le Premier ministre, d’un ton dont l’autorité faisait se courber des princes jusqu’à terre, s’écria :
« Qui est-là ? Qui va là ? Montrez-vous.… »
Tout à coup, une tête, qui n’avait rien de carthaginoise, surgit de derrière la tapisserie et répondit d’une petite voix respectueuse :
« C’est moi, monseigneur, j’attendais le réveil de Votre Éminence pour lui parler d’une lettre fort importante que je viens de recevoir. »
C’était Brienne, secrétaire d’État à l’âge de vingt-trois ans par la grâce de son ministre de père, et surtout de son amitié avec le jeune roi dont il avait partagé les jeux et les polissonneries à l’époque où les désordres de la Fronde permettaient d’interminables cavalcades sur les toits des Tuileries. La reine mère l’aimait comme on aime un joli page, et le cardinal lui pardonnait tout par reconnaissance pour la fidélité sans faille de sa famille lorsque le Parlement avait osé mettre sa tête à prix. Par ailleurs, ce garçon un peu fou, très libertin mais aimable, non seulement connaissait tous les détours des palais royaux et de la cour, mais surprenait toujours ses interlocuteurs par la profondeur de ses connaissances artistiques et la qualité de son œil de collectionneur.
Mazarin le fit aussitôt approcher, presque heureux de voir apparaître un interlocuteur capable d’apprécier les trésors dont ils étaient entourés, quand il fut pris d’un début de malaise.
« Donnez-moi la main, je suis bien faible, je n’en puis plus. »
Le jeune curieux se précipita pour avancer une chaise à son vieux maître.
« Votre Éminence ferait mieux de s’asseoir.
— Non, non, car je suis bien aise de me promener, et j’ai à faire dans ma bibliothèque. »
Brienne offrit alors son aide au vieil homme d’État qui ne la refusa pas, mais, lorsqu’il aperçut la lettre que le jeune ministre tenait à la main et qui justifiait sa présence à une heure si matinale, il refusa catégoriquement d’évoquer les affaires courantes.
«Je ne suis plus en mesure de les entendre. Parlez-en au roi, et faites ce qu’il vous dira ; j’ai bien d’autres choses maintenant dans la tête. »
Le Premier ministre, lui-même surpris par sa propre aptitude au renoncement, éprouva alors un élan de tendresse pour ce garçon qui incarnait la continuité de l’État et donc, d’une certaine façon, sa propre survie. Il s’approcha de lui pour l’embrasser à l’italienne, mais son haleine était si fétide que le jeune homme, craignant de suffoquer, détourna brutalement la tête. Le cardinal s’en aperçut, prit aussitôt une pastille dans une boîte constellée de diamants énormes et tendit celle-ci ensuite à Brienne afin qu’il y pioche à son tour.
« J’en suis bien fâché, ajouta-t-il fort obligeamment, mais voilà, mon ami, ce que c’est que l’homme. J’ai de belles dents et je mange peu, mais je porte au-dedans de moi la cause d’une mort prochaine. »
Mazarin savait qu’il libérait une terrible odeur de sentine chaque fois qu’il ouvrait la bouche ; cela ne l’empêcha pas de reprendre son antienne avec cet accent italien, presque féminin quoique un peu rauque, dont il ne s’était jamais départi :
« Guénaut l’a dit ! Il l’a dit!»
Tout en répétant les mêmes mots, Son Éminence continuait à arpenter la galerie et ses beautés inestimables, à petits pas. Il s’arrêtait devant les tableaux dont l’accumulation montait à l’assaut des corniches de stucs dorés allant jusqu’à se confondre avec les plafonds peints à fresque.
« Voyez-vous, mon ami, ce beau tableau du Corrège, et encore cette Vénus de Titien, et cet incomparable Déluge d’Antoine Carrache ? Car je sais que vous aimez les tableaux et que vous vous y connaissez très bien. »
Le garçon avait déjà pu contempler cent fois les merveilles resserrées dans cette aile de la traverse du palais Mazarin, véritable saint des saints de la collection cardinalice, mais les contempler dans des appartements encore endormis au bras de l’homme dont l’habileté politique était parvenue à tordre le destin, à soumettre la France et à contraindre l’Espagne à une paix défavorable redoublait son émerveillement.
« Ah, mon pauvre ami, il faut quitter tout cela ! Adieu, chers tableaux que j’ai tant aimés et qui m’ont tant coûté.
— Ah, mais, Éminence, vous êtes moins mal que vous ne le pensez, puisque vous aimez encore vos tableaux. Prenez courage, monseigneur, personne ne désire plus votre mort ; tout le monde au contraire fait des vœux pour le recouvrement de votre santé. »
Surpris par la tournure du propos, l’homme que la France entière avait haï, brûlé en effigie, traîné dans l’ordure des mots et des images avec une violence et cette vulgarité politique dont seuls les Français sont capables, ne put s’empêcher de laisser libre cours à sa pensée et d’exprimer tout à coup une chose indicible :
« Est-il vrai ? L’on ne veut plus ma mort ? Ah, vous ne savez pas tout, Brienne, quelqu’un pourtant la désire.
— Cela ne se peut, monseigneur ; ne vous mettez point de telles visions dans l’esprit », tenta une dernière fois le jeune homme pour détourner le vieil homme de ses pensées morbides.
C’est alors que, pour la première fois depuis leur rencontre fortuite, le cardinal se détourna de la contemplation des trésors de sa galerie afin de dévisager son interlocuteur. La paupière mi-close, l’opacité jaunâtre d’une cornée malade, l’air lointain, comme perdu dans l’attente de l’ultime comparution, tout cela disparut en un instant pour laisser la place au regard envahissant de l’homme de pouvoir habitué à fouiller les consciences jusqu’aux tréfonds afin d’en extraire le consentement de ceux qu’il faut séduire ou contraindre, ce qui n’est finalement qu’une seule et même chose. Un œil de rapace capable de se faire passer pour celui d’une biche en un battement de cils dès lors qu’il s’agit de convaincre. Une fois que le cardinal eut capturé l’attention du jeune secrétaire d’État, il lui déclara ce que personne à la cour n’aurait voulu entendre :
« Vous ne savez pas ce que vous dites ; je sais, moi, le contraire, mais n’en parlons plus. Il me faut mourir ; plutôt aujourd’hui que demain. Il souhaite ma mort, je le sais bien… »
Lorsque Brienne comprit que Mazarin évoquait les désirs inavoués du jeune roi Louis XIV, son filleul, dont il avait percé l’impatience à gouverner, il resta aussi immobile que le buste de l’empereur Néron qui, depuis le début de leur conversation, les fixait de ses orbites de porphyre. Alors, tout en se promettant de garder pour lui une confidence à finir emmuré tout vif dans les entrailles d’une forteresse, il reprit avec beaucoup de douceur le bras du cardinal, l’aida à réajuster son ample robe d’intérieur portée à même une nudité décharnée et le raccompagna vers la chambre d’apparat où courtisans, curieux et solliciteurs attendaient de contempler le lever d’un condamné à mort.
Dans la cour des écuries sur laquelle donnaient les fenêtres de la galerie, la rumeur des grands départs se faisait déjà entendre. Les palefreniers tentaient de s’arracher au sommeil par le bruit de leurs propres jurons et de combattre le froid par leur agitation frénétique. Les valets accrochaient leurs clochettes ecclésiastiques aux harnais brodés aux armes de Son Éminence des mules cardinalices. Des voitures et des attelages manœuvraient dans la confusion, car les ordres avaient été dispensés bien trop tard pour assurer un bel alignement au cortège. Pourtant, deux heures plus tôt, alors que le palais dormait encore, de lourdes caisses solidement ferrées s’étaient vu charger à dos de mousquetaires dans des voitures bardées comme des coffres-forts, et aux roues emmaillotées d’étoupe afin d’en assourdir le fracas sur les pavés de Paris. Le cardinal, couché en litière, quitterait la capitale avant midi pour le château de Vincennes dont il était gouverneur, mais ne partait pas sans son trésor.
Mardi 8 février 1661
Château de Vincennes, ancien logis du gouverneur.
À Vincennes, rien n’était prêt pour accueillir le Premier ministre et sa cour : son propre appartement de l’aile neuve se trouvait tout échafaudé, car l’on terminait à peine sa mise en peinture. Philippe de Champaigne, chapeau bas, s’en excusa, mais les délais fixés par le devis initial étaient trop courts pour laisser aux vernis le temps de sécher. Malgré ses protestations, il fut contraint d’interrompre le travail et de rembarquer ses planches et ses poulies : le cardinal aurait aimé mourir dans son lit. Pierre du Ru, le concierge du château, affolé lui aussi par cette installation précipitée, fit néanmoins préparer à la hâte le vieux logis, niché à l’intérieur des remparts, où Son Éminence résidait habituellement pendant les périodes de travaux ; il s’y sentait bien, l’air y était bon et surtout le donjon tout proche.
Lorsqu’il fut assuré que ses coffres dormaient paisiblement derrière des murailles à l’épaisseur cyclopéenne, et que les bêtes sauvages de la ménagerie avaient été lâchées dans les douves pour en assurer la surveillance, il respira mieux, ses suffocations s’espacèrent, le rouge lui revint aux joues. Bernouin, tout en se réjouissant en valet fidèle de cette quasi-résurrection, murmurait contre les médicastres qui tuaient leurs patients à coups de diagnostics sinistres plus sûrement encore qu’avec leurs saignées. Pourtant, dès que Mazarin, jetant machinalement un œil par la fenêtre, aperçut la haute silhouette de la SainteChapelle, celle-ci, loin de l’apaiser, le ramena à la pensée de son salut. La prédiction de son médecin venait lui toquer à l’âme.
Mazarin avait fait mander le père Joly, curé de Saint-Nicolas-des-Champs, réputé pour ses sermons et sa connaissance du monde. Une fois que le prédicateur fut mis en sa présence, le cardinal si attaché aux douceurs de la vie qu’il craignait de ne jamais les retrouver au ciel se crut encore suffisamment ministre pour diriger lui-même le pieux entretien :
« Parlez-moi des miséricordes de Dieu ; quant à ses jugements, je n’en crains que trop la rigueur… »
Le père Joly, attaché pour sa part à ses devoirs, porta immédiatement le fer dans la plaie vive d’un homme qui avait consumé son existence dans l’adoration du veau d’or. Loin de ménager le cardinal du Sacré Collège, le curé parisien l’interrogea sur l’origine de sa fortune, une fortune dont personne, en dehors de Colbert, son intendant, ne connaissait l’étendue réelle mais dont toute la France supputait l’immensité. On parlait à mi-voix de dizaines voire d’une centaine de millions de livres enfouis dans des coffres, pendant que le jeune roi, victime de l’avarice de son Premier ministre, roulait dans des carrosses plus vieux que son règne et dormait dans des draps troués. Le prédicateur de Saint-Nicolas-des-Champs jetait un œil suspicieux sur les tapisseries précieuses, les cabinets de laque et de pierre dure ou encore les peintures lascives transportés à la hâte depuis Paris pour meubler agréablement Vincennes. N’obtenant aucune réponse du cardinal qui feignait de somnoler, il lui décocha une phrase qui sonna aux oreilles du vieux Sicilien comme les trompettes du Jugement dernier :
« Vous serez damné si vous ne restituez pas tout le bien que vous avez mal acquis. »
Surpris par cette charge inattendue, là où il espérait une consolation, cherchant une échappatoire telle la bête aux abois, Mazarin rencogné contre ses oreillers de plumes garnis de dentelles d’Alençon pensa avoir trouvé la parade par une de ces réponses qu’en fin diplomate il savait miner d’autant de doubles sens qu’il en faut pour piéger à l’avance d’éventuelles interprétations.
« Hélas ! Je n’ai rien qui ne provienne des bienfaits du roi…
— Je le sais bien, répondit le père Joly, plus madré qu’un maquignon béarnais, mais il importe encore de distinguer ce que Sa Majesté vous a donné d’elle-même d’avec ce que vous vous êtes approprié par vous-même… »
Le cardinal, abasourdi d’entendre un prédicateur reprendre à son compte les insultes des anciennes mazarinades et de se voir ainsi traité de prévaricateur dans sa propre chambre, crut tomber en syncope, mais, comme à son habitude, l’Italien préféra l’esquive à toute contre-offensive brutale. Jouant la casuistique contre ce curé décidément dogmatique, il commença par finasser :
« À quoi bon cette distinction, mon père ?
— Eh bien, rétorqua le curé sans se départir de cette sévérité onctueuse qui faisait les délices des dévotes de Sa paroisse, vous pouvez, bien sûr, garder les biens provenant de la générosité du roi… Quant au reste. »
Cette fois, l’insinuation était trop forte, et le pénitent tout empaqueté de pourpre romaine se mit à regretter amèrement d’avoir fait venir auprès de lui ce prêtre dévot qui l’insultait dès qu’il ouvrait la bouche au lieu de lui parler du ciel, de la voix des anges et du pardon de Dieu. Il ne put s’empêcher de marquer de l’humeur :
« Eh bien, le reste ?
— Il faut le rendre… »
Le coup était violent pour un homme dont seul l’éclat de l’or parvenait encore à réchauffer le cœur, mais, se sachant condamné par ses médecins, et pour la première fois de sa vie peut-être, Mazarin avoua simplement la vérité :
« Alors, en ce cas, mon père, il faut tout rendre. Tout… »
Satisfait de leur entrevue et confiant dans les progrès du malade sur le chemin de la rédemption, le père Joly prit congé. À la porte de la chambre, les solliciteurs, accourus depuis Paris et attirés par les mauvaises nouvelles, piétinaient dans l’espoir d’obtenir de cet homme encore tout-puissant la réponse favorable à une requête ; pour certains même, avec la ferme intention de lui rappeler d’éminents services de nature à leur valoir une petite ligne dans son testament.
Avant de permettre à cette foule d’entrer, Mazarin demanda à rester en repos, car il souhaitait se recueillir et rentrer en lui-même. À la vérité, il cherchait à retrouver une contenance après les rudes coups de crucifix que ce satané prêtre venait de lui porter moralement. Non qu’il fût véritablement inquiet pour son âme : au fond, il considérait que sa fortune, pour mal acquise qu’elle fût, n’était en réalité que l’instrument d’une politique conduite pour le bien du roi et de l’État, dans une période où la France avait failli verser dans l’ornière d’une révolution, comme l’Angleterre de Cromwell au même moment. Ce que les mots du père Joly venaient de réveiller en lui, ce n’était pas la peur du diable – il y aurait matière à négocier avec celui-là face à face -, mais celle, plus terrible encore, de voir sa fortune échapper à ses héritiers dès le lendemain de sa mort. »
Extraits
« Mazarin, si pingre d’habitude, savait se montrer d’une folle prodigalité envers sa famille, et talonné par la mort il était décidé à ne pas lésiner. Tout commencerait par un très gros million de livres, non en rentes, mais en monnaie sonnante et trébuchante, ce qui de mémoire de notaire au Châtelet de Paris ne s’était jamais vu. À ce petit trésor, il ajouterait la moitié de son palais parisien, les collections féeriques qu’il contenait ; enfin, il ne désespérait pas d’arracher à Louis XIV le fabuleux gouvernement de Bretagne. Certes, il était encore aux mains de la reine Anne d’Autriche, mais les temps changeaient et il n’était pas de bonne politique d’abandonner ces parcelles de l’autorité souveraine aux membres de la famille royale. Longtemps, le principal ministre avait préféré différer cette union, espérant une alliance plus prestigieuse ; par ce mariage in extremis, le moribond escomptait perpétuer son nom pour des siècles, tout en parvenant à entrelacer les ramures de son maigre arbre généalogique à celui du cardinal de Richelieu, dont Armand-Charles de La Porte de La Meilleraye était le petit-cousin. Les familles des deux cardinaux-ministres n’en formeraient désormais plus qu’une seule pour sa plus grande gloire et le service éternel de la couronne de France.
Autorisé à s’asseoir et à écrire, Colbert, dont la plume courait sur le papier timbré, prenait sous la dictée toutes les indications de son maître afin qu’elles soient retranscrites, à la lettre, par les notaires de Son Éminence illustrissime. Il ne restait plus maintenant qu’à faire vite, très vite.
Enfin demeurait la petite Marie-Anne Mancini. Elle n’avait que douze ans et n’était pas bien belle, il faudrait un peu de talent au peintre pour en exécuter un portrait avenant ; pour elle, il était trop tard, son oncle n’avait plus la force d’entamer des négociations acharnées indispensables à un troisième mariage. Pendant un temps, il avait pensé la promettre au duc de Bouillon, neveu du grand Turenne, mais, perché sur les hauteurs de sa gloire et l’ancienneté de sa famille, le héros du siècle s’était permis de faire la fine bouche et avait dédaigné cette mésalliance. Désormais, le sort de cette pauvre fille était suspendu à la réussite ou à l’échec de l’entourloupe testamentaire conçue par Colbert. » p. 36-37
« J’espère que le Seigneur aura pitié de lui, car ce sont deux choses difficiles à pouvoir accommoder ensemble que l’humilité chrétienne avec l’amour des biens de la terre, et de cette grandeur qui lui faisait disposer de tout le royaume comme bon lui semblait… » p. 53
« Le roi maintenant ne pleurait plus. Il écoutait attentivement. À la suite de quoi son parrain lui fit des recommandations particulières et désigna, à voix haute de façon à être entendu, Le Tellier, Lionne et Fouquet comme les hommes certainement les plus capables, chacun dans ses domaines, de l’aider à porter le fardeau de l’État. Puis il ajouta, cette fois mezza voce, de se méfier néanmoins de Fouquet – sujet à ses passions, dissipateur et hautain. Peut-être même lui faudrait-il un jour s’en défaire ; cependant le roi pourrait toujours s’appuyer sur Colbert, ainsi qu’il l’avait fait lui-même en donnant sa confiance à ce serviteur terne mais fidèle auquel, depuis la garde robe où il était dissimulé, rien de cette scène n’échappa. » p. 67
« Colbert sortit de son large portefeuille de chagrin noir les différentes pièces, souvent préparatoires, collationnées au fur et à mesure de leur exploration des trésors du cardinal par les notaires de Son Éminence, avant de les disposer soigneusement devant lui. Une fois accompli ce petit rituel, gage d’ordre et de discipline, il commença ses interminables énumérations, de cette voix morne qui plaisait désormais au roi, lassé des facilités du jeune Brienne, trop brillant causeur pour un esprit terne. Très vite, néanmoins, l’éclat de l’or donna à cette triste litanie un scintillement dont le récitant se serait passé, mais il fallait bien se résoudre à compter l’argent liquide. À Paris, et notamment dans les coffres du palais Mazarin, les émissaires de Colbert avaient recensé pas moins de quatre millions en espèces. À Vincennes, le donjon abritait toujours le million et demi que le cardinal avait fait suivre, par précaution, lors de son dernier voyage. Ces premières sommes étaient déjà astronomiques, et l’addition ne s’arrêtait pas là, car on avait aussi retrouvé la trace de lourds sacs d’or et d’argent déposés à des soldats de confiance et cachés dans différentes places fortes, dont six cent mille livres à La Fère et plus de un million à Sedan comme à Brouage. On signalait également quarante mille livres conservées à Rome, mais ce n’était là que de la menue monnaie : le reste promettait d’être plus extraordinaire encore.
De façon à s’éclaircir la voix et à se donner du courage, Colbert but une gorgée d’eau claire comme si ce fût de ce vin de Bourgogne qui lui était interdit, pour avouer enfin que l’addition s’élevait à près de neuf millions en monnaies sonnantes et trébuchantes. Louis, écus, piastres, florins, pistoles, sequins, ducats, doublons, tout était bon pour les coffres de Son Éminence, dont le trésor de guerre faisait de lui l’homme le plus riche d’Europe. Bien qu’étourdi par cette pluie d’or jupitérienne, le roi ne dit mot, contraignant Colbert à s’emparer d’une autre liasse reliée par un lacet de soie et à reprendre sa litanie : vec l’aide des meilleurs jurés experts de Paris, les tabellions s’étaient aussi attaqués à l’estimation des collections d’art et d’antiques entreposées derrière les murs du palais Mazarin. Ainsi étaient scrupuleusement étiquetées et dénombrées huit cent cinquante-trois peintures, dont plus de quatre cents œuvres originales dues au pinceau des plus grands maîtres italiens, hollandais, espagnols ou français, cent vingt-huit statues antiques, cent quatre-vingt-cinq bustes de marbre, cinquante-neuf séries de tapisseries, cent cinquante tapis de soie, cinq cent quatorze pièces d’orfèvrerie et enfin trois cent soixante-dix-sept pierres précieuses. Heureux de pouvoir réconforter un peu le roi, Colbert ajouta qu’il faudrait bien sûr soustraire de ces collections fabuleuses les « dix-huit mazarins » qui lui avaient été légués par son parrain, parmi lesquels se trouvait le fameux Sancy, pesant à lui seul cinquante-trois bons carats et demi, les trente et une émeraudes de Monsieur et les diamants des deux reines ; malgré ces prélèvements fastueux, plus de deux millions de pierreries revenaient encore aux héritiers du cardinal. Après les métaux et les pierres précieuses vinrent les domaines, les châtellenies, les seigneurie sans nombre, parmi lesquelles pas moins de trois duchés, les palais, à Paris et à Rome, les droits sur le roi et les bénéfices ecclésiastiques. Ici, Colbert se permit une petite pause, avant de se lancer dans l’énumération des vingt-deux abbayes dont feu le principal ministre s’était approprié les revenus. Ainsi, sous réserve des suites de l’inventaire, la fortune du cardinal s’élevait à la somme astronomique de trente-huit millions de livres, peut-être même quarante. Cette fois, le roi toussota, comme si, en cette journée de mai, il avait avalé quelques grains de la poussière voletant dans les derniers rayons du soleil couchant. Puisqu’ils étaient seuls, Louis fit signe à son interlocuteur de lui donner à boire. Colbert déboucha lui-même la carafe du roi, enleva délicatement le mouchoir qui protégeait le grand verre en cristal réservé à Sa Majesté où il versa un peu d’eau, puis retourna à sa place, car il n’en avait pas tout à fait terminé avec ce conte de fées monétaire et financier. » p. 134-135
« Avertissement de l’éditeur : Si, comme à son habitude, l’auteur ne s’est interdit aucun des artifices de la littérature pour écrire de l’histoire, les faits rapportés dans ce roman sont rigoureusement exacts, l’intégralité des dialogues est tirée des Mémoires ou des témoignages du temps et est, sous réserve de quelques modifications pour en faciliter la lecture et la compréhension, parfaitement authentique. » p. 269
À propos de l’auteur
Camille Pascal © Photo Bruno Martin
Camille Pascal est né à Montpellier en 1966, agrégé d’Histoire il enseigne quelques années à l’Université et notamment en Sorbonne avant d’entamer une carrière administrative et politique. Collaborateurs de plusieurs ministres, dont François Bayrou et Philippe Douste-Blazy, secrétaire général du groupe France Télévisions, membre du Conseil d’Etat, il sera la plume de Nicolas Sarkozy à l’Elysée et de Jean Castex à Matignon. En 2012 ses Scènes de la vie quotidienne à l’Elysée rencontrent un grand succès de librairie. Après plusieurs essais il publie en 2018 un premier roman historique. L’Eté des quatre rois remporte alors alors le Grand prix du roman de l’Académie Française. Puis suivront La chambre des dupes en 2020, L’air était tout en feu en 2022, La reine du labyrinthe en 2024 et Le bal des foudroyés en 2026. Ce cinquième roman raconte la prise du pouvoir par le jeune Louis XIV. Livre après livre il construit un genre littéraire particulier qui allie rigueur historique et verve romanesque. Camille Pascal habite à Versailles depuis près de 40 ans. (Source : histoiredelire.fr)
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