
Microchip, le génial informaticien qui accompagne le Punisher, commence par se mettre dans une sacrée panade en infiltrant, sans le savoir, le réseau des Reavers. Ces cyborgs surarmés, que l’on croyait responsables de la disparition des X-Men, débarquent alors à New York avec une idée assez simple : faire disparaître les deux curieux. Frank Castle et son partenaire n’ont guère d’autre choix que de filer par les égouts, sans parvenir pour autant à semer leurs poursuivants. Pour espérer rivaliser avec une technologie aussi avancée, le Punisher récupère un exosquelette militaire appartenant au cousin de Microchip, trafiquant d’armes et collectionneur de matériel en tout genre. Après quelques modifications, Castle se transforme en véritable machine de guerre et retourne affronter les Reavers. Une solution efficace, même si Mike Baron demande ici au lecteur d’accepter quelques libertés avec la logique. Vient ensuite Jigsaw Puzzle, une saga en six épisodes qui ramène sur le devant de la scène deux vieux ennemis du Punisher. Jigsaw (Puzzle en VF) est évidemment de la partie, mais il peut surtout compter sur le retour du Révérend, que tout le monde croyait mort. Installé au Venezuela, celui-ci dirige désormais un trafic de drogue et possède des pouvoirs de guérison toujours plus inquiétants. Il promet notamment à son compère défiguré de réparer son visage en échange de sa collaboration. Castle remonte leur piste après avoir découvert, lors d’un raid contre des trafiquants colombiens, un mystérieux stérilisant à la place de la cocaïne. Le produit est fabriqué à partir d’une plante extrêmement rare, qui ne pousse justement que dans les forêts vénézuéliennes. L’affaire marque aussi le début de véritables tensions entre le Punisher et Microchip : Frank reproche à son partenaire de ne pas suffisamment participer à sa guerre contre le crime, sans savoir que celui-ci est surtout occupé à programmer… un jeu vidéo pour PC. La traque conduit finalement Castle au Venezuela, où il rencontre Joy Adams, une séduisante Américaine qui va l’aider à retrouver l’origine du mystérieux produit. La saga prend alors des allures de récit d’aventures, avec trafic de drogue, temples aztèques, pouvoirs surnaturels et poursuites à travers la jungle. Mark Texeira vient renforcer Bill Reinhold aux dessins et apporte à la série un style beaucoup plus sombre, expressionniste et inquiétant, particulièrement adapté au Punisher. Un épisode confié à Jack Slamn se révèle malheureusement beaucoup moins convaincant, avec des planches bâclées et des personnages aux expressions souvent caricaturales. Le cinquième chapitre se concentre surtout sur le Révérend, capable de restaurer les visages et même de faire repousser les membres qu’il sacrifie à son mystérieux maître. Castle finit par l’affronter au sommet d’un temple aztèque, dans une séquence où Satan lui-même semble avoir décidé de faire une apparition. Le Punisher parvient finalement à récupérer son visage (découpé dans l'épisode précédent, à l'époque on ne faisait pas dans la dentelle), avant de régler son compte à Puzzle, que le Révérend et Lucifer avaient pourtant remis à neuf. Fidèle à ses bonnes habitudes, Castle le défigure à nouveau, mais choisit cette fois de le laisser en vie, histoire de préserver un ennemi qu’il retrouvera forcément tôt ou tard. Le Révérend disparaît quant à lui dans l’explosion de son hélicoptère, tandis que Bill Reinhold revient dessiner l’ultime épisode de cette saga estivale de 1990, spectaculaire, franchement excessive et pourtant jamais publiée en France avant cette Intégrale.

En 1990, le Punisher multiplie aussi les formats et les histoires parallèles. Parmi cette production, deux one-shots de 48 pages sont ici publiés : Kingdom Gone, signé Chuck Dixon et Jorge Zaffino, et No Escape, écrit par Gregory Wright et dessiné par Tod Smith. Deux histoires de la même année, mais qui montrent assez bien les différentes façons d’utiliser ce bon vieux Frank. La première est clairement le plus réussie des deux. Frank y poursuit un important financier de la mafia qui a eu la bonne idée de se réfugier sur une petite île d’Amérique du Sud. Le problème, c’est que l’endroit intéresse également les États-Unis : les Marines viennent d’y débarquer, soupçonnant la présence d’agents cubains ou soviétiques. Entre les mercenaires locaux et l’armée américaine, Castle aurait donc quelques bonnes raisons de remettre sa chasse à plus tard. Mais remettre une vengeance à plus tard n’a jamais vraiment été son genre. Chuck Dixon livre ici un récit très efficace, sans chercher à transformer le Punisher en super-héros. Frank avance, observe, improvise et fait ce qu’il sait faire. Les scènes d’action sont sèches, rapides, et surtout parfaitement intégrées au récit. Dixon évite même le traditionnel feu d’artifice final auquel on pourrait s’attendre dans une histoire pareille. La conclusion est plus maligne et plus terre à terre, ce qui donne finalement beaucoup plus de poids à l’ensemble. Le dessin de Zaffino est aussi une vraie force. Son trait rugueux, ses ombres épaisses et cette manière presque nerveuse de travailler les silhouettes donnent à l’histoire une atmosphère poisseuse et violente. Rien n’est vraiment propre ou confortable dans ces pages. No Escape joue dans une autre catégorie. Frank traque cette fois un baron de la drogue lié à la Maggia, mais la partie se complique lorsque la pègre engage Paladin pour l’arrêter. Comme si cela ne suffisait pas, une mystérieuse agence gouvernementale envoie U.S. Agent s’occuper définitivement de Castle. À partir de là, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les trois hommes vont finir par se retrouver face à face. Et, effectivement, ils se mettent joyeusement sur la figure. C’est d’ailleurs ce que l’on retiendra surtout de l’album : les affrontements entre le Punisher, Paladin et U.S. Agent fonctionnent plutôt bien et donnent à l’histoire ce petit goût de crossover Marvel que les lecteurs de l’époque pouvaient apprécier. Joe Jusko signe en outre une très belle couverture, que Panini recycle pour l'Intégrale 1990. Fans de Castle, vous avez de quoi lire !

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