L’Adolescence du perroquet

En deux mots

Alban a dix-sept ans. Il est orphelin. Il est fou du Louvre. Il devient chroniqueur radio par accident. Sa vie va prendre un tournant le jour où un voisin lui propose d’adopter son perroquet. Il dit oui et tout bascule. Les deux femmes qui arrivent n’y changeront rien, le maître n’est plus celui qu’on croit.

Ma note

★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Le perroquet qui en savait trop

À chaque rentrée littéraire depuis trente cinq ans, Amélie Nothomb nous offre un nouveau roman. On l’attend, on doute quelquefois et souvent on est conquis. Comme cette fois, avec la rencontre d’un chroniqueur radio avec un gris du Gabon nommé Jo. L’occasion d’interroger le langage, la domination, la solitude.

Alban est un spécialiste de l’anecdotique et un grand amateur d’art. Parfois, il réussit même à mêler les deux. C’est ainsi qu’il propose une chronique sur la radio parisienne qui l’emploie pour expliquer la difficulté qu’il a rencontré visiter le Louvre. Après des heures d’attente, il s’est finalement vu refuser l’entrée. L’émission fait un tabac. En retour, il reçoit une carte des Amis du Louvre. Il peut enfin renouer avec ce qu’il appelle son « éphémère distillation du monde ».

Mais son quotidien va être chamboulé le jour où son voisin lui propose d’adopter son perroquet baptisé Jo. La cohabitation va se faire par étapes. L’oiseau écoute. Il ne parle pas. Voilà une belle leçon, aussi juste que drôle : « un humain qui écoute, cela se voit peu », tandis que l’oiseau, lui, trahit chaque mot capté par un éclair dans l’œil. Jo apprend à chanter, à imiter, à répondre. Il détruit aussi l’appartement. Il mord son maître. Et peu à peu, c’est Alban qui se retrouve jugé, sondé, presque dominé par sa propre créature.

Ce renversement est le cœur du livre. « Tel maître, tel animal : on se doute que c’est l’inverse », écrit Amélie Nothomb, avant de laisser Alban s’interroger sur sa propre part d’ombre : est-il, sans le savoir, en train de devenir un monstre ? La question n’est jamais résolue frontalement. Elle infuse tout le récit, avec cette ironie discrète qui est la signature de l’autrice.

On retrouve ici la veine des contes revisités, celle de Barbe Bleue ou de Riquet à la houppe. Nothomb ne réécrit pas Perrault, elle en réactive les archétypes : la brutalité, l’humiliation, l’enfermement. Comme dans Acide sulfurique, la cruauté devient une expérience-limite, un révélateur. Sauf qu’ici, le bourreau a des plumes, et la victime n’est pas toujours celle qu’on croit.

Car sous ses airs de fable animalière sans morale, le roman est aussi un texte politique. Il parle des rapports de pouvoir, de notre fascination pour la domination, d’une violence qui reste psychologique, jamais spectaculaire. L’arrivée de deux femmes dans la vie d’Alban et de Jo vient encore complexifier cette mécanique : le triangle devient quatuor, et le quotidien du duo bascule cette fois pour de bon.

Avec ses phrases sèches, ses formules ciselées, son art consommé de la litote qui dit beaucoup en peu de mots, et son humour qui affleure sans cesse, l’autrice joue avec son lecteur. Car derrière cette légèreté de surface, le fond est mordant. On sourit avant de réaliser ce qu’on vient vraiment de lire.

Derrière ce conte, avec sa délicatesse et sa cruauté élégante, Amélie poursuit son exploration entamée il y a trente cinq ans avec Hygiène de l’assassin, son premier roman (et à mon avis l’un de ses meilleurs) autour de l’identité, du pouvoir, de la quête d’un interlocuteur avec qui dialoguer vraiment. J’étais alors jeune journaliste et j’écrivais alors en conclusion de ma chronique « vous feriez bien de ne pas oublier Amélie Nothomb. On en reparlera, j’en suis persuadé. » Très vite, la prédiction s’est vérifiée et trente-quatre livres plus tard la magie continue d’opérer avec cette « histoire d’amour non réciproque » entre un homme et un oiseau. Une nouvelle fois, Nothomb réussit ce tour de force de faire d’un sujet minuscule, un perroquet dans un appartement parisien, un miroir tendu à notre humanité tout entière. Ce faisant, elle touche à quelque chose d’universel, la peur de ne jamais être vraiment entendu.

L’Adolescence du perroquet

Amélie Nothomb

Éditions Albin Michel 

Roman

160 p., 18,90 €

EAN 9782226513045

Paru le 20/08/2026

Version audio

Lu par Françoise Gillard

Où ?

Le roman est situé en France, à Paris.

Quand ?

L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur

« L’amour n’est pas un dû. ».

Les critiques

Babelio

Les premières pages du livre

« Le Louvre ferme un jour par semaine. Je trouve cela scandaleux : le mardi, je n’ai pas le droit d’aller chez moi. On pourrait voir les choses autrement. Six jours par semaine, n’importe qui a le droit d’aller chez moi. Il faut croire que je suis d’un naturel hospitalier, car cela ne me dérange pas.

Jeune, j’habitais rue du Faubourg-Saint-Honoré. Si près du Louvre que je m’y rendais pour un oui ou pour un non. Une file au guichet, le tarif étudiant et le tour était joué.

J’appelais cela aller constater la beauté. Elle devait être constatée souvent. Je me gorgeais d’Égypte, de Mésopotamie et de Grèce ; je me flattais d’avoir plus d’amis de marbre que de chair. À vingt ans, parcourir au pas de charge la galerie des Italiens me persuadait d’être l’intime des femmes les plus éblouissantes.

La vie a accompli son œuvre. J’ai travaillé, j’ai déménagé, j’ai rencontré des gens, j’ai aimé.

Il y a peu, je suis passé par la rue du Faubourg-Saint-Honoré et j’ai été saisi par le sentiment d’inquiétante étrangeté qu’inspirent les lieux qui furent à soi et qui ne le sont plus. Ce n’était pourtant pas la première fois que je retournais dans ce quartier, d’ailleurs pas si éloigné de celui où j’habite désormais, et je me suis demandé pourquoi j’éprouvais cette angoissante impression de dépossession.

Vingt-cinq années s’étaient écoulées. Je ne regrette pas la jeunesse, même si je n’apprécie pas davantage l’âge mûr. La nuit d’après, j’ai fait un rêve uninominal, comme cela peut m’arriver : j’ai rêvé du mot « Louvre ». Il n’y avait pas de contenu onirique en dehors de la présence phonique et graphique de ce nom. La voix ne disait qu’un seul Louvre, en insistant tellement que j’aurais pu y entendre un accent circonflexe. « Loûvre ».

« Je suis en manque du Louvre, voilà tout », ai-je pensé. Le samedi suivant, je me suis donc rendu au bon vieux guichet pour m’apercevoir qu’il n’existait plus. Il y avait une file colossale au bout de laquelle un employé m’a dit qu’il fallait s’inscrire sur Internet.

Je me suis conformé à ce nouvel usage et j’ai réservé une entrée pour le lundi à treize heures trente. La queue était presque aussi longue que le samedi ; quand mon tour est arrivé, il était quinze heures.

– Votre billet n’est plus valable, m’a-t-on dit.

– Je suis ici depuis treize heures, ai-je protesté.

– Il fallait prévoir le temps d’attente.

En homme averti, j’ai réservé une entrée pour le mercredi à treize heures trente et je suis arrivé à midi.

– C’est trop tôt, il faut patienter encore une heure, m’a-t-on annoncé.

Agacé, je n’ai pas eu le courage d’attendre et je suis parti.

Jeudi était le jour de ma chronique à la radio. Je n’ai pas cherché plus loin, j’ai raconté ma mésaventure. Le titre : « De l’impossibilité d’aller au Louvre ». J’ai partagé mon indignation. La pandémie était terminée, on n’avait plus besoin de ces systèmes de jauge qui par ailleurs ne fonctionnaient pas. Visiter le musée du Louvre relevait de la démocratie. Celle-ci ne serait pas garantie aussi longtemps que l’on empêcherait à ce point le citoyen lambda de s’y rendre.

– Et encore, j’appartiens aux heureux qui ont accès à l’informatique. Si je comprends bien, les personnes âgées, les sans domicile fixe, tous ceux qui pour diverses raisons sont incapables de s’inscrire sur la Toile ne peuvent absolument pas entrer au Louvre. C’est un scandale.

Ma péroraison a emporté l’adhésion générale. Jamais je n’ai eu autant de succès. Dans la rue, on me disait : « Bravo pour votre billet d’humeur sur le Louvre ! » Je n’en revenais pas qu’on me reconnaisse. La chaîne m’a transmis cent messages de félicitations.

L’on se doute que ma prise de position n’a rien changé à la situation. Je ne suis pas quelqu’un qui compte, mais je demeure ahuri de cet immobilisme qui ne sévit pas qu’au Louvre. À qui profite ce nouvel ordre du monde, d’une absurdité égale à son inefficacité ? Pourquoi considère-t-on que les mesures qui régissaient la pandémie sont devenues inéluctables ?

Quelques semaines plus tard, à la radio, j’ai reçu une enveloppe. C’était un courrier du Président des Amis du Louvre :

« Cher Monsieur,

Votre chronique au sujet de notre musée suscite l’enthousiasme de notre association. Si vous saviez combien nous avons plaidé en faveur de l’abrogation de ces mesures que vous avez raison de trouver antidémocratiques ! Vous avez exercé avec brio votre devoir de citoyen. Pour vous en remercier, nous vous offrons la carte des Amis du Louvre, qui vous donne libre accès, gratuitement, sans attente, pendant une année entière, à notre beau musée. »

En annexe, il y avait en effet une carte à mon nom, avec ma photo (je m’avisai avec plaisir que ce cercle avait choisi celle de la chaîne, qui me met en valeur). Au verso, une photo d’un détail du Louvre.

Jamais cadeau ne m’a à ce point comblé. J’ai remercié chaleureusement le Président des Amis du Louvre et, à la première occasion, je suis allé essayer mon jouet.

Il y avait ce jour-là une file d’une longueur écœurante à l’entrée du Carrousel. Ivresse de la dépasser, de me présenter à l’huis des Amis du Louvre, de montrer patte blanche, de n’avoir que le sas de sécurité à franchir (deux minutes d’attente) et de pénétrer aussitôt au cœur du sujet.

Arrivé au croisement entre les trois ailes, j’ai relu le nom des points cardinaux : Richelieu, Sully, Denon. Au hasard, j’ai choisi ce dernier. J’ai suivi les flèches et je suis arrivé au bas du grand escalier surplombé par la Victoire de Samothrace.

J’avais oublié ce choc. Cette figure de proue est si forte qu’elle suffit à prouver la véritable identité du Louvre : un bateau. On a beaucoup qualifié Paris de nef, sa belle devise en témoigne, mais cela reste une métaphore. Le palais du Louvre correspond mieux à un navire : c’est un univers clos, on y est embarqué – et certains y éprouvent le mal de mer.

Ce n’est pas mon cas. À croire que j’ai le pied marin.

Redécouvrir le Louvre : beaucoup plus frappant que de le découvrir. Tourner à droite, et encore à droite, débouler dans la galerie des Italiens. Là, c’est le contraire de l’inquiétante étrangeté. Comment décrire cette familiarité neuve ? Prendre brusquement conscience que ces vieilles connaissances sont les entités les plus jeunes, les plus aristocratiques et les plus sublimes qui existent. Et se demander comment on a pu, pendant vingt-cinq ans, ne pas goûter au sel de la terre.

Bouche bée, j’ai parcouru la galerie dans les deux sens. Je n’étais pas en état de regarder les tableaux : je les laissais me dévisager et je ressentais leur contemplation comme une mansuétude amoureuse. « L’ancien jeune homme est de retour. Il a compris. »

Oui, j’ai compris. J’ai su qu’il n’y avait pas d’ailleurs, que l’unique théâtre du monde était ici et maintenant. « C’est le lieu où tout se passe, c’est l’action qui s’y déroule », telle était la phrase que je me répétais en boucle sans en saisir le sens. Le lieu, d’accord. L’action ? Quelle action ?

Les œuvres agissaient. Le malentendu du Louvre, c’était de l’ordre de l’arroseur arrosé. Les visiteurs venaient prendre les rayons. J’avais envie comme les autres de m’exposer aux impacts. L’âge de la maturité me permettait cette modestie : je ne comprenais pas ce que je voyais, et cela n’avait pas d’importance. Ce qui comptait, c’était de prêter allégeance.

Je n’ai même pas tourné à droite une fois de plus pour me montrer à La Joconde. J’ai parcouru derechef la galerie des Italiens en pensant combien était réconfortant ce retour au bercail.

Le Louvre et moi, c’est une longue histoire. Ma mère m’y emmena pour la première fois lorsque j’avais huit ans. En chemin, elle en parla avec l’exaltation qui la caractérisait.

– C’est le plus beau musée du monde.

Je lui demandai ce qu’était un musée. Elle le définit d’une manière qui m’inspira peu. Ma mère avait de moi une estime trop haute : elle me croyait de son espèce. Elle ne doutait pas que je vivrais la même initiation qu’elle.

– J’étais encore plus petite que toi, j’avais cinq ans quand mon père m’a fait visiter le Louvre. Je suis tombée en arrêt. J’ai poussé des cris devant les momies, j’ai ri de bonheur face aux statues.

La connaissant, je savais qu’elle n’exagérait pas. Ma mère était à ce point le contraire d’un être blasé que c’en était préoccupant. Je compris qu’il faudrait montrer de l’enthousiasme et cette perspective m’écrasa.

Je mentirais en prétendant me rappeler ce que j’ai vu ce jour-là. Ce dont je garde un souvenir cuisant, c’est ma mère observant mon visage. Piètre acteur, je m’appliquai à donner le change, simulant l’admiration qui ne décevrait pas, du moins je l’espérais, cette femme exaltée.

– Quelles sont tes impressions ? me demanda-t-elle à plusieurs reprises.

Je découvris qu’écarquiller les yeux fonctionnait. Elle en déduisait que j’étais sans voix.

Le département égyptien fut celui où la feinte fut le plus facile. Se pénétrer de l’idée que cette hideuse célébration et ces boîtes bizarres avaient trait à de vrais cadavres dégoûtait tellement : comment ne pas grimacer ?

– Tu es bouleversé, n’est-ce pas ? dit ma mère.

J’opinai avec gravité. Elle m’embrassa.

Le reste m’inspira un ennui indifférencié. J’avais compris l’attitude qui s’imposait : il fallait rester devant chaque objet pendant une durée réglementaire et le regarder avec pénétration. Quand ma mère m’oubliait, elle était transie. Il était clair que ces vieilleries la mettaient en lévitation. Si je n’avais pas été accompagné d’une personne touchée par la grâce, peut-être aurais-je pu éviter le déplaisir muséal qui fut le lot de mon enfance.

De retour chez nous, maman dit à papa que j’avais adoré le Louvre. Je soupirai de soulagement : j’avais réussi l’épreuve.

– Te rends-tu compte, mon chéri, de ton privilège d’être né à Paris et d’y être resté ? Tant de gens doivent attendre l’âge adulte pour aller au Louvre, déclara-t-elle.

« Ils ne connaissent pas leur bonheur », pensai-je.

Par ailleurs, j’aimais être un enfant de Paris. Procéder à des expériences scientifiques au Petit Palais, observer les voiliers nains dans le bassin du jardin du Luxembourg, traverser la Seine pour aller à l’école, cela me plaisait.

– Ce gosse adore les musées, ajouta ma mère. Rappelle-moi de l’emmener aussi au centre Pompidou.

Elle n’oublia pas. Ce fut quelques mois plus tard que je la déçus pour la première fois. Au Louvre, ce qui m’avait écœuré par sa vétusté m’avait, pour le même motif, inspiré au moins le respect dû à l’antique. Au centre Pompidou, je ne me crus pas tenu à cette attitude. Je me conduisis comme un philistin, croyant avoir inventé une posture. À présent, je rougis des sottises que je proférai ce jour-là. Ma mère eut droit aux imbécillités que déclarent plus souvent les aïeux : « On se moque de nous » ou « Je dessine pareil quand tu veux ».

Maman n’eut pas le courage de me sermonner. Je lus sur son visage une affliction qui m’étonna. Les mots qu’elle tut, je les entendis : « Et moi qui le pensais si au-dessus des autres ! »

À mon père, elle se contenta de dire :

– Notre fils est peu sensible à l’art contemporain.

Elle ne m’emmena plus jamais dans aucun musée. Étrange conclusion : elle jetait le bébé avec l’eau du bain. Je le vécus comme une triste victoire. Au moins eus-je conscience très tôt de mon erreur.

Je n’en suis pas guéri : je demeure très peu sensible à l’art contemporain, mais je n’en tire pas cette gloire odieuse des ilotes modernes.

Puisque ma mère avait estimé mon comportement au Louvre, je cultivai celui-ci Dès l’adolescence, je pris l’habitude de m’y rendre seul, et c’est ainsi que ma simulation initiale devint admiration authentique.

— Ce môme est attiré par l’ancien, dit maman. Ce serait fabuleux s’il s’inscrivait à l’École du Louvre.

Son vœu demeura pieux.

Mes parents périrent accidentellement dans l’incendie de leur club de sport. J’avais dix-sept ans. Je résolus de ne jamais pratiquer d’activité sportive et j’hérita de l’appartement, ainsi que d’une somme d’argent qui me permettrait de vivre jusqu’à mes vingt-cinq ans.

Dit ainsi, on pourrait croire que je n’eus pas de chagrin. C’est inexact. J’aimais mon père et j’adulais ma mère. Il y avait en moi la pire des souffrances d’orphelin. J’étais si jeune, j’aurais voulu que mes parents m’expliquent le mode d’emploi d’une telle douleur. Puisqu’ils ne répondaient pas à mes interrogations, je décidai de remettre le deuil à plus tard.

Au lycée et puis à l’université, j’exploitai mon statut d’orphelin. Cela m’auréolait d’un prestige de malheur que j’eus l’intelligence de ne pas surjouer.

L’appartement de la rue du Faubourg-Saint-Honoré était un mausolée. Je laissai intacte la chambre parentale, les vêtements dans les placards. Il put m’arriver d’avoir une petite amie. Des l’instant où elle suggérait de se débarrasser des chaussures de ma mère ou des cravates de mon père, je me rendais compte qu’elle ne me plaisait pas.

L’une d’entre elles me dit en partant :

— C’est morbide, ton truc. Tu vas habiter ta vie entière avec les fringues de tes parents ?

— Oui. Je vais transformer ces lieux en un musée Galliera contemporain.

Réflexion faite, il y avait du vrai dans cette réponse. Passer tant de temps au Louvre pesait déjà sur mon quotidien. Le culte de l’ancien, le respect des armoires des morts, autant de valeurs muséales.

Cela devait décider de mon destin. Après un Cursus universitaire ordinaire, je trouvai un emploi banal. Une amie avec qui j’avais conservé de bons contacts me prévint d’un avis de recherche pour une émission de radio dont le thème était : « Ces gens qui ne jettent rien ». Je haussai les épaules, elle envoya ma candidature.

Je participai aux auditions de recrutement sans savoir pourquoi. Mon intervention fut remarquée. Je me contentai pourtant de répondre la vérité. Les organisateurs vantèrent ce qu’ils appelaient mon originalité ou mon grain de folie. Une importante chaîne me proposa un poste de chroniqueur que j’acceptai.

— Je n’ai aucun talent particulier, dis-je à mon nouveau chef.

— C’est bien. Continuez.

Ainsi fut fait. Je ne devins jamais l’un des ténors de la radio, mais on m’accueillit dans le paysage. Une chronique, c’est une préoccupation constante. Il faut avoir une idée. Personne ne sait comment cela vient. Se mettre à la disposition de l’inconnu, être perpétuellement fécond de n’importe quoi.

Je déménageai afin de me rapprocher de la Maison de la Radio. L’amie qui m’avait inscrit à l’émission accourut pour m’aider. Elle en profita pour jeter, sans me consulter, les affaires de mes parents. Quand je m’en aperçus, il était trop tard. Une vie neuve s’offrait à moi, je décidai que cela était bon. »

Extraits

« Ma chronique n’était qu’une éphémère distillation du monde. J’abordais des questions infimes. Mon propos concernait l’anecdotique, choses vues, pannes de métro, l’expression à la mode, un plat sympathique, la perte d’une institution dont on ne découvrait la valeur que trop tard. Je recevais du courrier en petite quantité, on me disait que le rituel agréable consistait à boire son café avec une cigarette juste au moment où je commençais à parler. « Pile la bonne durée », commentait-on.

D’autres l’eussent mal pris. Moi, j’aimais cela. L’anodin, c’était la perle rare. Personne ne vous téléphone pour vous dire : « Il m’est arrivé quelque chose d’anodin. » C’est la preuve de l’élégance de ce concept. » p. 26

« Un oiseau qui parle ? D’abord un oiseau qui écoute. Contrairement aux humains, il parle parce qu’il écoute. Un humain qui écoute, cela se voit peu. Jo écoute de son puissant regard latéral. C’est son œil qui avertit de son écoute. Dès qu’il entend un son, et de préférence un son de l’ordre du langage, un éclair jaillit dans sa prunelle. » p. 31

« L’inspiration fonctionne de cette manière. C’est pour avoir lu La Princesse de Clèves que Radiguet conçut le projet d’écrire Le Bal du comte d’Orgel. Le son de ces deux livres diffère complètement. Être inspiré, ce n’est pas marcher sur les traces de quelqu’un. C’est être catapulté par un levier dont on ne connaissait pas l’existence.

Suspendu au bec du perroquet, je ne bougeais plus. Ce qu’il sifflait, c’étaient la ferveur et la force qui ne lui avaient pas échappé dans la voix d’Aretha. Il maintint une note un temps long, s’essayant à une hypothèse inconnue. Couac. Il manquait encore de coffre. Alors il cessa. » p. 45

« Tel maître, tel animal : on se doute que c’est l’inverse. Je n’étais pas le maître de Jo et il était en train, sinon de déteindre sur moi, au moins de révéler en moi des aspects inquiétants.

Étais-je sadique ? J’essayai d’analyser mes souvenirs à la recherche d’éléments compromettants. Rien de pertinent ne me vint. Sans doute était-il vain de se pencher sur le passé. Ce qui devait me préoccuper, c’était l’avenir. Quarante-cinq ans, un âge comme un autre pour devenir un monstre. » p. 117

« Pourtant, il y a des perroquets au Louvre. Singes et perroquet auprès d’une corbeille de fruits, de Frans Snyders, une Entrée des animaux dans l’arche de Noé, de Paul de Vos, où l’on voit deux couples de perroquets parmi les autres bêtes, des études de perroquets, etc. » p. 139

À propos de l’autrice

Amélie Nothomb © Photo Albin Michel

Amélie Nothomb, nom de plume de Fabienne Claire Nothomb, est une romancière belge de langue française née le 9 juillet 1966 à Etterbeek. Selon d’autres sources, elle serait née le 13 août 1967 à Kobe, au Japon, où son père, le baron Patrick Nothomb, fut ambassadeur de Belgique. Un pays qu’elle devait, selon cette version, ne connaître qu’à 17 ans, pour y terminer ses études de philologie romane à l’Université libre de Bruxelles.

Autrice prolifique, elle publie un ouvrage par an depuis 1992, année de publication de son premier roman, Hygiène de l’assassin. Ses romans font partie des meilleures ventes littéraires et sont traduits en plusieurs langues. Stupeur et Tremblements remporte en 1999 le grand prix du roman de l’Académie française. Ce succès lui vaut un arrêté royal qui lui accorde le titre honorifique de commandeur de l’ordre de la Couronne et, sur la proposition du vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, le roi Philippe lui a proposé la concession du titre personnel de baronne.

En 2015, elle est élue membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. En 2021, elle est couronnée du prix Renaudot pour Premier sang. L’Adolescence du perroquet est son 35e roman. (Source : Éditions Albin Michel / Wikipédia)

Site internet de l’autrice

Page Wikipédia de l’autrice

Page Facebook de l’autrice

Compte X de l’autrice https://x.com/amelie_nothomb

Compte Instagram de l’autrice

Compte Instagram bis

Tags

#AmélieNothomb #ladolescenceduperroquet #AlbinMichel #ChroniqueLittéraire #romanfrancophone #perroquet #hcdahlem #roman #RentréeLittéraire2026 #litteraturebelge #litteraturecontemporaine #VendrediLecture #RentreeLitteraire26 #rentreelitteraire #rentree2026 #RL2026 #lecture2026 #livre #lecture #books #blog #parlerdeslivres #littérature #bloglitteraire #lecture #jaimelire #lecturedumoment #lire #bouquin #bouquiner #livresaddict #lectrice #lecteurs #livresque #lectureaddict #litterature #instalivre #livrestagram #unLivreunePage #writer #reading #bookoftheday #instabook #litterature #bookstagram #bookstagramfrance #lecturedumoment #bibliophile #avislecture #chroniqueenligne #chroniquelitteraire #jaimelire #lecturedumoment #book #bookobsessed #bookshelf #booklover #bookaddict #reading #bibliophile #bookstagrammer #bookblogger #readersofinstagram #bookcommunity #reader #bloglitteraire #aupouvoirdesmots #enlibrairie


wallpaper-1019588
Vivre c’est rencontrer du Professeur Louis Dubertret