Éditions L’iconoclaste, 2025 (347 pages)
Ma note : 15/20
Quatrième de couverture …
Huit cents kilomètres séparent Clara de sa mère, Véro, depuis qu’elle a quitté Marseille. Ce week-end, elle lui présente Raphaël. Un girafon, pense Véro en le voyant. Il l’agace avec son pedigree bourgeois, ses mots compliqués et sa bouche fermée comme une huître. Elle n’aurait jamais dû laisser Clara monter à Paris. Mère et fille se cherchent, se fuient, se heurtent sans jamais oublier de s’aimer. Comment être une bonne mère quand notre enfant nous échappe ? Comment être une bonne fille quand on a honte de celle qui nous a tout donné ? Comment s’affranchir sans trahir ? La Bonne Mère est l’histoire d’un amour féroce. Un roman ultra-contemporain sur la violence dont on hérite et sur ce qu’on reproduit malgré soi. Avec une ironie mordante, Mathilda di Matteo nous entraîne dans un tourbillon d’émotions, entre Marseille et Paris.
La première phrase
« Je me doutais bien, avec sa grande École et ses grands airs, qu’elle allait nous ramener un petit Parisien. »
Mon avis …
Alors qu’elle attend sa fille de pied ferme car partie à Paris pour y faire ses études, Véronique ne peut s’empêcher de monter au créneau lorsqu’elle rencontre ce beau-fils qu’elle n’attendait pas et qu’elle ne peut sentir dès le départ. D’emblée, sa présence lui retourne l’estomac. Méfiante, elle le surnomme peu affectueusement « le girafon ». Le combat de boxe peut commencer !
Sous fond de lutte des classes, ce court roman explore avec humour la rencontre de deux mondes que tout oppose. Au centre, il y a donc Véro, la mère de Clara. Elle a l’accent marseillais, n’a pas sa langue dans sa poche, s’habille trop court et rit trop fort. Clara n’aura d’ailleurs pas choisi la capitale pour rien. Elle souhaite avant tout fuir cette mère qui la couvre de honte, s’échapper de l’amour maternel qui l’étouffe et devient un fardeau.
À Paris, elle rencontre Raphaël, mais aussi un milieu intellectuel et bourgeois. Clara se crée rapidement un petit cercle autour d’elle. Brillante, elle rédige une thèse. Paris représente la réussite, mais également la distance avec Marseille et ses racines. Pour autant, peut-on véritablement s’éloigner d’où l’on vient sans renier une part de soi ?
Pour ce premier roman, Mathilda di Matteo explore plusieurs thématiques. Et en premier lieu, le lien si particulier qui unit une mère à sa fille. Être une bonne mère, c’est essayer de trouver une bonne distance entre le trop et le pas assez. Si Véro se situe dans le trop, l’autrice réussit le pari de nous faire changer de regard sur son personnage au fil des pages. Si elle nous est d’abord présentée comme une femme vulgaire, la clope au bec en legging léopard, on lui découvre peu à peu quelques fêlures. Véro n’en paraît alors que plus humaine, et touchante dans l’amour qu’elle porte à sa fille.
J’ai donc apprécié ce roman pour ses portraits féminins ainsi que les émotions qui m’auront assailli au fil des pages. L’écriture est fluide, sans chichi puisqu’elle reproduit avant tout le parler de tous les jours. Chaque mot transpire le vécu, le populaire. Je vous avoue avoir dévoré ce récit d’une traite. Récit à deux voix, mère et fille s’expriment en alternance. Face à leurs différences, elles vont devoir réapprendre à s’écouter… et à s’aimer.
La bonne mère explore également la thématique de la solidarité féminine face au machisme et à la domination des hommes. Ce récit dénonce notamment le phénomène d’emprise et la violence conjugale, tout en questionnant le risque de répétition lorsque l’on en a soi-même déjà été victime.
Si je me suis lancée dans ce récit avec une certaine curiosité, sans en attendre grand-chose, je ressors de cette lecture agréablement surprise. J’ai apprécié l’écriture de l’autrice qui sous couvert de simplicité, de fluidité, vient chercher le lecteur sur des questionnements plus profonds. J’ai aimé avancer aux côtés de Clara, tout comme j’ai apprécié voir évoluer mon regard sur le personnage de Véro. Si deuxième roman il y a, c’est avec plaisir que je retrouverai la plume de Mathilda di Matteo. Un récit à lire, assurément. Même si je lui reproche un petit côté caricatural, mais c’est là le seul bémol.
Extraits …
« Je l’appelle le girafon. Dans son dos, bien sûr. Son grand dos tout fin, son long cou de girafe. Un cou à égorger, vraiment. Pas que j’y pense, en tout cas pas encore, mais c’est pour dire la taille du cou. Et puis cet air. À croire qu’il est en safari partout où il bouge lentement sa grande tige. Comme s’il avait peur de marcher sur une bombe, ou sur une bouse de paysan. »