Un été avec Alexandre Dumas • Jean-Christophe Rufin

Par Bénédicte

Éditions des Équateurs, 2025 (184 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

“Dumas, c’est la vie”, écrivait George Sand. Né en 1802, il a connu deux empereurs, trois rois et autant de révolutions. Il a reçu la gloire et la richesse ; subi l’exil et la faillite ; vécu des histoires d’amour orageuses ; voyagé sans cesse ; rencontré tous les grands personnages de son époque. Sa vie est un roman… d’Alexandre Dumas. Ses lecteurs, innombrables, n’ont souvent retenu que l’épopée des Mousquetaires et la vengeance de Monte-Cristo, qui ne doivent pas faire oublier ses dizaines d’autres romans, son théâtre, ni ses magnifiques impressions de voyage.
“En vous accompagnant tout l’été avec lui, écrit Jean-Christophe Rufin, j’ai le sentiment de m’acquitter d’une dette. Alexandre Dumas a toujours été pour moi plus qu’un modèle, un grand frère qui marchait devant et me guidait sur le chemin de l’écriture.”
Passer des vacances avec Alexandre Dumas, c’est rendre visite à un ami.

Alexandre Dumas fait partie de mes auteurs favoris. Car, si j’ai commencé à aimer la lecture avec les Alice détective lorsque j’étais enfant, Les trois mousquetaires reste LE roman de mon adolescence. C’est lui qui m’a donné le goût de la littérature classique. Je l’ai d’ailleurs relu plusieurs fois depuis. Alors, après avoir voyagé jusqu’en Angleterre avec Milady de Winter, croisé D’Artagnan et vu scintiller les ferrets de diamants, j’ai cette fois-ci eu envie d’en apprendre davantage sur Dumas père. D’autant que je compte prochainement (il est plus que temps !) lire Le comte de Monte-Cristo, et que Robin des bois attend depuis des lustres sur les étagères de ma bibliothèque.

Jean-Christophe Rufin nous propose ici de retracer le parcours d’Alexandre Dumas. Avant de devenir un écrivain renommé, c’est le théâtre qui l’inspire ! S’il finit par connaître le succès en tant que dramaturge, il dilapide ses revenus… De nouvelles pièces jugées médiocres entraîneront la lassitude de ses admirateurs : les grands romans arriveront alors. Le talent de Dumas, la découverte des (fausses) Mémoires de monsieur D’Artagnan de Courtilz de Sandras ainsi que l’engouement du public pour la mécanique du feuilleton feront le reste.

Fils d’un général ayant connu une brillante carrière pendant la Révolution française, Alexandre Dumas a dans un premier temps vécu pauvre. Orphelin de père alors qu’il n’a que quatre ans, il sera élevé par sa mère et ses grands-parents maternels. En 1822, direction Paris où il espère découvrir une vie nouvelle. Il réussira à se faire une place. Mais sa vie sera une suite de hauts et de bas, à l’image de sa personnalité haute en couleurs, fantasque, faite d’excès. Les liaisons amoureuses et les dépenses s’enchaînent. En bon vivant qui s’assume, Dumas aimait la vie, ses plaisirs, et entendait bien vivre intensément. Fortune et succès n’empêcheront malheureusement pas les dettes ni la ruine.

Jean-Christophe Rufin réussit ici à nous dévoiler l’homme derrière l’auteur de pièces et de romans. Des ponts sont dressés entre le vécu de l’écrivain et le contenu de ses œuvres. On ne s’ennuie pas une seule seconde !

Il faut dire que j’ai pu m’apercevoir que je ne connaissais rien de ce géant de la littérature. Je lui connaissais bien sûr cet appétit féroce pour la vie, son château aux décors hétéroclites ou encore son Grand dictionnaire de cuisine. Mais j’ignorais tout de son goût prononcé pour les voyages, ses liaisons affichées avec des comédiennes puis des cantatrices, son orientation politique ou encore son lien compliqué avec son propre fils qui connaîtra le succès avec la Dame aux camélias au moment même où ses plus belles années se trouvent derrière lui.

Alexandre Dumas avait également ses détracteurs. Les fervents admirateurs d’Hugo le raillent tandis que, victime du racisme de ses contemporains, les insultes et caricatures à l’extrême pleuvent. Dumas riposte avec ironie et mépris. Il ne s’engagera cependant jamais sur la question de l’esclavage.

J’ai trouvé cette biographie absolument passionnante pour ce qui est d’en apprendre davantage sur Dumas. Si son fils disait “Mon père est un grand enfant que j’ai eu quand j’étais tout petit”, nul doute qu’on retrouve chez Alexandre Dumas beaucoup d’Athos, de Porthos, d’Aramis. Mais aussi un peu de D’Artagnan. Sa vie fut en tout cas riche et tumultueuse. Il me reste maintenant à poursuivre le voyage. Je ne connais pour le moment que Pauline ainsi que Les trois mousquetaires.

Extraits …

« Théophile Gautier ironise : Alexandre Dumas a opéré ce prodige de retenir, sur les banquettes, tout un public à jeun pendant neuf heures de suite. Seulement vers la fin, dans les courts entractes, on se regardait comme sur le radeau de la Méduse et les spectateurs un peu potelés n’étaient pas sans inquiétude. Grâce à Dieu, l’on n’a cependant à déplorer aucun crime d’anthropophagie. »

« Quand je pense à Dumas dans son château, il m’est impossible de l’imaginer en hiver. Je le vois toujours par un plein soleil, la chemise ouverte, le ventre retombant sur son pantalon de coutil. Il sort de la cuisine en tenant le plat fumant qu’il a préparé et nous invite à nous mettre à table. »