Nemesis forever : nouveau round pour le psychopathe de mark millar

Nemesis forever nouveau round pour psychopathe mark millar
 Si les deux précédentes mini-séries avaient déjà fait franchir un cap (dans l'abject) à Nemesis, Forever montre que Mark Millar n'a plus la moindre intention de lever le pied. Son psychopathe masqué ne se contente plus de terroriser une ville ou d'humilier les autorités : il voit désormais à l'échelle de la planète. Dissimulé derrière l'identité du milliardaire Hans Berg, magnat de la tech aussi séduisant que glaçant, il bâtit un empire économique qui n'est qu'un outil au service d'un projet bien plus sinistre. Une figure qui évoque volontairement certains gourous contemporains de la Silicon Valley, mais débarrassée du vernis philanthropique. Dès les premières pages, Millar frappe fort. Après avoir semé la panique à New York, Nemesis laisse derrière lui un paysage de guerre urbaine magnifiquement mis en scène par Matteo Scalera dans une spectaculaire double page. Pourtant, ce déluge de violence n'est qu'un amuse-bouche. Le véritable enjeu se dessine rapidement : quelque chose de bien plus vaste est en préparation, et personne ne semble en mesurer l'ampleur. En parallèle, la CIA tente une infiltration aussi audacieuse que désespérée. L'agente Kitty Tepper accepte de sacrifier un œil pour prendre l'identité d'une experte en explosifs que Nemesis s'apprête à recruter. Une idée complètement folle… et c'est précisément ce qui la rend logique dans l'univers de Millar. L'opération d'infiltration apporte une véritable dimension d'espionnage au récit, tandis que Kitty s'enfonce progressivement dans un réseau où la moindre erreur se paie immédiatement de sa vie. D'autant plus que la véritable criminelle s'échappe de prison et menace de ficher le plan par terre.
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Le scénario alterne ensuite entre cette mission sous haute tension et les apparitions publiques de Hans Berg, toujours impeccable derrière son sourire de chef d'entreprise visionnaire. Millar entretient habilement cette double identité : d'un côté le capitaine d'industrie adulé, de l'autre un monstre qui orchestre des attentats comme un metteur en scène prépare son prochain spectacle. Lorsque le récit bascule vers Monaco et un gigantesque méthanier transformé en bombe flottante, l'auteur prouve une nouvelle fois qu'il pense chacune de ses séquences comme un blockbuster hollywoodien. Tout est démesuré, spectaculaire et assumé. Au revoir, la Principauté (dont Millar a le souvenir, après son passage au feu Magic de Monaco, où nous l'avions interviewé) ! Ce sens du rythme reste l'une des grandes forces de l'écossais. Les dialogues vont à l'essentiel, les révélations s'enchaînent sans temps mort et chaque épisode se termine sur une image suffisamment forte pour donner envie de passer immédiatement au suivant. Derrière cette efficacité se cache pourtant un vrai travail sur la tension, notamment grâce au personnage de Kitty Tepper, qui apporte un contrepoint humain bienvenu face à un Nemesis toujours plus monstrueux. Graphiquement, Matteo Scalera est le choix idéal. Son trait nerveux, extrêmement détaillé, possède une élégance européenne qui tranche avec le rendu plus classique des comics de super-héros. Ses personnages semblent constamment en mouvement, les scènes d'action débordent d'énergie et chaque explosion possède un impact saisissant. Les couleurs de Giovanna Niro accompagnent parfaitement cette mise en scène en jouant sans cesse sur les contrastes entre les lumières éclatantes des décors luxueux et les ombres inquiétantes qui entourent Nemesis. Reste évidemment la question de la violence. Nemesis : Forever ne cherche jamais à s'excuser. Exécutions brutales, attentats de masse, cruauté psychologique : Millar pousse constamment le curseur très loin. Ceux qui sont hermétiques aux antihéros psychopathes risquent de décrocher rapidement. En revanche, si l'on accepte le postulat de départ (pousser jusqu'à l'absurde l'idée d'un Batman devenu le pire criminel du monde), cette nouvelle mini série s'impose comme la plus ambitieuse du personnage. Pas très subtile, mais tant mieux !

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