Éditions Le livre de poche, 1972 (509 pages)
Ma note : 14/20
Quatrième de couverture …
L’œuvre de Scott Fitzgerald est largement autobiographique. C’est l’histoire de la décomposition d’un être fait pour être aimé, trop romantique pour pouvoir résister à son époque, trop tendre, malgré son apparente désinvolture, pour savoir sagement vieillir. C’est plus particulièrement l’histoire de l’amour de Dick et de Nicole. Nous les découvrons, sur une plage ensoleillée de la Méditerranée, à travers les yeux émerveillés d’une jeune actrice, Rosemary, qui ne résiste pas au charme de Dick. Ce couple apparemment très uni cache un secret. Nicole, demi-folle, a été soignée par Dick, médecin psychiatre, dans une maison de santé en Suisse. L’amour qu’elle a porté à Dick a fait de leur union une nécessité. Un jour viendra pourtant où ils devront se séparer, où Dick s’effacera dans la nuit. Mais le lecteur enchanté aura vécu avec eux les plus années d’une vie de loisir rendue magique par la richesse, les décors de grand luxe, les voyages. C’est un extraordinaire témoignage sur la vie d’entre les deux guerres qui nous est offert, un témoignage qui ne va pas sans une douloureuse nostalgie, un livre ensorcelé.
La première phrase
« A mi-chemin entre Marseille et la frontière italienne, on rencontre, sur l’aimable rivage méditerranéen, un vaste hôtel de luxe aux murs teintés de rose. »
Rosemary a dix-sept ans lorsqu’elle se rend, accompagnée de sa mère, en vacances dans un hôtel de luxe situé sur la Riviera. Elle est jeune. Elle est belle. Nous sommes à la fin des années 20, période durant laquelle de nombreux Américains expatriés viennent goûter le charme de la Côte d’Azur. Parmi eux, un duo attire tous les regards. Dick et Nicole forment un couple solaire. Ils mènent bon train, se rendent de fête en fête, entraînant sur leur sillage tout un petit groupe de privilégiés. Rapidement, Rosemary tombe amoureuse du très charismatique Dick. Elle se confie à sa mère qui l’encourage à s’affranchir et à vivre cette aventure. Elle le dit à Dick, aussi. Par ailleurs, notre jeune actrice découvrira peu à peu que Nicole présente des fêlures. Par petites touches, il nous est ici conté l’histoire d’une jeune patiente et de son psychiatre.
Francis Scott Fitzgerald nous brosse ici le portrait de nantis, imbus d’eux-mêmes mais non dénués de fragilités. L’auteur illustre le mal de vivre de toute une génération. Bien que terminée de plusieurs années, la Grande Guerre a laissé des traces. Le krach boursier, lui, n’est pas loin. Les soirées alcoolisées, les fêtes et les dépenses extravagantes signent alors une tentative de lutte contre la mélancolie. Scott Fitzgerald faisait lui-même partie de cette « génération perdue » qui, errant désespérément à travers l’Europe, recherche avant tout distraction et inspiration.
J’avais beaucoup aimé Gatsby le Magnifique (lu en 2015). Cette lecture avait même été un quasi coup de cœur ! Il me fallait donc ouvrir Tendre est la nuit. Entre la Riviera, Paris et la Suisse, Scott Fitzgerald nous entraîne ici sur les traces d’un couple en apparence solide. J’ai d’emblée ressenti assez peu d’empathie pour le personnage de Dick River. Charismatique en diable, c’est un homme qui a besoin d’être admiré et d’être aimé pour se sentir exister. Il se sent également pris en étau, déchiré entre son rôle de mari (dépendant de la fortune de sa femme) et son rôle de médecin. Il en est persuadé : personne d’autre que lui ne peut soigner Nicole. Se construit donc une relation fusionnelle, mais ô combien déséquilibrée car teintée de dépendance.
Nicole est un personnage que j’ai apprécié dès le départ. On lui découvre un secret inavouable qui explique en grande partie ses troubles et fragilités. Et je dois dire que, si je m’attendais à un tout autre final, je n’ai pas été déçue par ce que nous propose ici l’auteur. Entre-temps, au fil des pages, j’ai cherché à la comprendre lorsqu’elle semblait absente à elle-même, presque inexistante. Je me suis mise à la place de ses enfants (qui devaient être terrorisés) lorsqu’elle n’allait pas bien du tout. Je l’ai en tout cas trouvée touchante. Et, si le couple que Nicole forme avec Dick tient à partir du moment où les troubles sont au premier plan, c’est bien toute l’évolution, l’émancipation de son personnage que j’ai aimé suivre au fil du récit.
L’écriture de Scott Fitzgerald sert quant à elle parfaitement l’atmosphère tantôt mélancolique tantôt douce-amère de ce récit. J’ai pensé à Aurélien (Louis Aragon) à certains moments car, ici aussi, la nature se fait miroir des émotions et ressentis de nos personnages. J’ai aimé retrouver cette écriture forte en symbole.
Mais alors, pourquoi n’ai-je pas ressenti ce coup de cœur tant espéré ? Sans doute à cause de quelques longueurs, et de mon antipathie à l’égard de Dick. Mais surtout, je lui ai préféré Gatsby (qui avait réussi à m’émouvoir jusqu’aux larmes). Reste que j’ai maintenant envie d’en savoir plus sur le couple tragique formé par Scott Fitzgerald et Zelda, surtout lorsque l’on connaît la part autobiographique de Tendre est la nuit et de Gatsby le Magnifique.
Extraits …
« “Savez-vous quelle heure il est ? demanda Rosemary.
– À peu près une heure et demie.”
Un instant, tous deux firent face à l’horizon marin.
“Ce n’est pas une mauvaise heure, dit Dick River. Ce n’est pas le pire moment de la journée.” »
« Sur une banquette, un trio de jeunes femmes s’étaient installées. Toutes trois étaient grandes et sveltes. Leurs têtes, petites, étaient coiffées aussi artistement que des mannequins de coiffeur, et, tout en parlant, elles les balançaient gracieusement au-dessus de leurs impeccables tailleurs sombres, si bien qu’elles faisaient penser à des fleurs à longue tige, ou encore à des cobras dressant leurs têtes. »