Disclosure day : le dernier spielberg sur universcomics

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 Steven Spielberg a toujours aimé les secrets, ça fait partie de ses trucs d'écriture et de ses préoccupations fondatrices. Depuis plus de cinquante ans, son cinéma tourne autour de portes entrouvertes, de lumières mystérieuses dans le ciel, de vérités dissimulées derrière les apparences, limite complotistes. Avec Disclosure Day, le réalisateur américain ne change pas vraiment de terrain de jeu, il décide simplement d'aller droit au but. Cette fois, le secret est annoncé dès le titre : le jour où tout doit être révélé. On va enfin savoir, ouvrez vos oreilles ! Le point de départ semble sortir tout droit d'un vieux dossier classé secret défense : depuis des décennies, une organisation occulte cacherait au monde l'existence de formes de vie extraterrestres. Mais certains de ses membres ont décidé qu'il était temps de mettre fin au mensonge. Parmi eux, Daniel Kellner, brillant spécialiste en cybersécurité interprété par Josh O'Connor, qui s'est emparé de milliers de documents compromettants. Désormais traqué par ceux qu'il a trahis, il tente de rejoindre un groupe dissident mené par Hugo Wakefield (Colman Domingo). Sur sa route apparaît Margaret Fairchild (Emily Blunt), présentatrice météo dont les capacités semblent soudain dépasser les simples prévisions atmosphériques. Elle se met à lire dans l'esprit des gens (elle "ressent leurs expériences") et parlent différents langages qu'elle n'a jamais appris, entre autres choses. Sur le papier, Disclosure Day ressemble à un thriller de science-fiction assez classique. Une course-poursuite, des lanceurs d'alerte, des complots gouvernementaux, des extraterrestres et quelques méchants bien décidés à empêcher la vérité d'éclater. Spielberg aurait pu se contenter de livrer un blockbuster efficace. Il le fait d'ailleurs en partie. Le film avance avec un rythme soutenu, alterne scènes d'action et moments plus contemplatifs, et bénéficie d'un casting particulièrement solide. Emily Blunt apporte une belle humanité à son personnage tandis que Josh O'Connor compose un héros fragile, davantage habité par ses convictions que par son courage. Quant à Colin Firth, il semble prendre un plaisir évident à jouer les antagonistes élégants et inquiétants. Même lorsque le scénario lui demande parfois d'en faire un peu trop, dans la pure tradition du jeu d'acteur pour blockbuster ricain.
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Bon, faut tout de même être sérieux, tout n'est pas irréprochable. Certaines séquences donnent l'impression que les adversaires de nos héros ont obtenu leur diplôme de poursuite dans une fête foraine. Quelques rebondissements paraissent étonnamment faciles pour un récit qui prétend manipuler les plus grands secrets de l'histoire humaine. Spielberg reste un immense metteur en scène, mais même les magiciens laissent parfois apparaître les ficelles ou se laissent gagner par la paresse quand ça leur permet d'aller un peu plus vite en besogne. Pourtant, l'intérêt de Disclosure Day ne réside pas vraiment dans son intrigue. Les extraterrestres ne sont finalement qu'un prétexte. Comme souvent chez Spielberg, ce qui l'intéresse n'est pas ce qui vient du ciel mais ce que cela révèle de nous-mêmes. Le film pose une question simple : pourquoi avons-nous autant besoin d'une révélation, de savoir si oui ou non nous ne sommes pas seuls ? Pendant longtemps, la science-fiction a opposé science et religion. Ici, Spielberg semble reprendre ce vieux débat mais pour mieux le dépasser. Les personnages cherchent moins à prouver l'existence d'une vie extraterrestre qu'à trouver un sens à leur propre existence (dont ils ont oublié un morceau). Comme si l'humanité avait besoin de croire qu'elle n'est pas seule pour supporter l'étroitesse de son horizon. C'est là que Disclosure Day devient plus intéressant. Derrière les soucoupes volantes, les dossiers secrets et les théories du complot, le film parle surtout de foi. Pas forcément de foi religieuse. Une foi plus vaste. La foi dans l'idée qu'il existe quelque chose au-delà de nous-mêmes. Quelque chose qui donnerait enfin une cohérence au chaos et qu'il faut accepter, qu'on le voit ou non. Spielberg retrouve alors l'une de ses obsessions les plus anciennes : l'émerveillement. Mais un émerveillement devenu plus mélancolique avec l'âge. Dans Rencontres du troisième type, la découverte de l'inconnu ressemblait à une promesse. Dans Disclosure Day, elle ressemble davantage à une interrogation, un changement de paradigme en cours. Le réalisateur semble regarder notre époque avec une certaine inquiétude. Un monde où les images peuvent être fabriquées, manipulées ou contrefaites. Un monde où voir ne suffit plus à croire. C'est sans doute pour cette raison que le film accorde autant d'importance au son, à l'écoute, à l'attention portée à l'autre. Son dernier mot résonne comme un programme : écouter plutôt que simplement regarder. Ce qui nous amène à un final particulièrement réussi : Spielberg refuse les réponses définitives. Il préfère laisser le spectateur repartir avec ses questions et c'est probablement ce qu'il pouvait faire de mieux. Les grands mystères survivent rarement à une explication trop précise et forcément décevante. On pourra reprocher à Disclosure Day certains aspects un peu datés de son écriture, quelques facilités narratives ou un traitement parfois trop sage de ses thèmes, mais au moins il nous épargne le cynisme et les grandes leçons de morale. On va s'en contenter et vous le recommander.

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