Avril enchanté • Elizabeth von Arnim

Par Bénédicte

Éditions J’ai lu, 2024 (347 pages)

Ma note : 12/20

Quatrième de couverture …

Une annonce discrète dans le Times propose à « Ceux qui Apprécient la Glycine et le Soleil » de louer un petit château médiéval dans une baie de la Riviera italienne. En ce mois d’avril, cette invitation réunit sur la côté méditerranéenne quatre femmes que tout oppose : Mrs Wilkins, épouse dénigrée ; Mrs Arbuthnot, aussi mélancolique que dévote ; Mrs Fisher, veuve redoutable ; et lady Caroline Dester, aristocrate au charme enchanteur. Fuyant le poids et la grisaille de leurs quotidiens, elles commencent à s’épanouir dans la douce chaleur du printemps italien. C’est alors que, parmi les roses, les lys et le jasmin, l’inattendu se produit. Le bonheur frapperait-il enfin à leur porte ?

La première phrase

« L’affaire commença à Londres dans un club de femmes par un après-midi de février – un club pas très confortable, et un après-midi pas très gai -, quand Mrs Wilkins, qui était descendue de Hampstead pour faire des achats et avait déjeuné là, prit le Times sur la table du fumoir et, parcourant de son œil morne le courrier des lecteurs, repéra l’annonce suivante : “À ceux qui Apprécient la Glycine et le Soleil. Petit château médiéval sur les rives de la Méditerranée, à louer meublé pour le mois d’avril. Domestiques compris. Z, Boîte postale 1000, The Times.” »

Mon avis …

Elizabeth von Arnim est une autrice que j’affectionne tout particulièrement. Après avoir eu un coup de cœur pour Elizabeth et son jardin allemand (lu en 2018) et apprécié la noirceur de Vera (lu en 2016), il me tardait bien évidemment de renouer avec sa plume. C’est maintenant chose faite, et j’ai pour cela choisi son texte le plus connu : Avril enchanté (publié en 1922).

Nous suivons ici la rencontre, pour le moins inattendue, de quatre femmes que tout oppose. Mrs Wilkins, une rousse timide au tempérament exalté ne peut que subir son quotidien londonien. Rabaissée par son mari qui la trouve sotte, elle rêve de s’enfuir loin, très loin… Suite à la lecture d’une petite annonce dans le Times, la voici qui prend son courage à deux mains proposant à la très rigide et dévote Mrs Arbuthnot de l’accompagner en Italie, afin de partager les frais. Une jeune aristocrate déçue des hommes ainsi qu’une veuve aux principes corsetés finiront par les rejoindre. Nos quatre héroïnes ne feront rien, sinon profiter du soleil et des jardins, faire connaissance, et réfléchir à ce qui vient faire souffrance dans leurs vies respectives.

La mer. Le ciel bleu. Le château de San Salvatore. Un arbre de Judée. Des capucines et des cyprès. Elizabeth von Arnim nous brosse un magnifique portrait de la nature qui séduit, qui sait réconforter aussi. Tout du moins pour celles et ceux qui savent apprécier la beauté de ce que l’on a sous les yeux. Le charme enchanteur de cette région de l’Italie influera en tout cas sur chacune de nos protagonistes pour les aider à prendre du recul, et à s’ouvrir. Lady Caroline se découvrira un égoïsme d’enfant gâtée, et Mrs Aburthnot un côté grenouille de bénitier qui aura contribué à éloigner son mari. Mrs Wilkins goûtera quant à elle une soif de vivre intense (et le fera savoir !) tranchant absolument avec son étiquette de femme effacée et peu intéressante. Mrs Fisher, quant à elle, se sentira rajeunir, délaissant ses vieilleries et ses souvenirs pour se surprendre à apprécier le lien avec la jeune génération.

Avril enchanté est un roman étonnant, et positif. J’ai aimé retrouver cet amour de l’autrice pour la nature (que l’on ressent déjà intensément à la lecture d’Elizabeth et son jardin allemand). En toile de fond, il y a bien sûr une critique de la société victorienne et corsetée. Elizabeth von Arnim égratigne également gentiment nos travers humains, en y ajoutant une petite note d’humour (et c’est réellement parfois réussi et très drôle).

Malgré tout, je n’ai pas été aussi transportée que prévu. La faute à un loupé : ma rencontre avec les héroïnes de ce roman ne s’est pas faite. J’ai ainsi eu la désagréable sensation de passer de l’une à l’autre, sans parvenir à m’attacher. Ce qui est ô combien frustrant ! J’aurais souhaité que l’autrice se pose beaucoup plus sur chacune, que la psychologie des personnages soit davantage travaillée. J’ai malheureusement ressenti une certaine superficialité au niveau des répliques, et parfois du lien entre certains protagonistes. Le coup de cœur n’est donc pas au rendez-vous. D’Avril enchanté, je garderai donc surtout en tête la beauté des descriptions relatives à la nature (et donc la plume d’Elizabeth von Arnim, encore une fois), l’humour de son autrice ainsi que son caractère introspectif qui vient questionner notre rapport au bonheur.

Extraits …

« Rien que de rester allongé sous un acacia à regarder le ciel à travers ses branches menues, ses feuilles fragiles et ses fleurs si blanches, à respirer le parfum qui se répandait au moindre souffle de vent, on était au comble de la félicité. »