Roman national

Par Henri-Charles Dahlem @hcdahlem

En deux mots

Fioravante naît en 1544 en Corse, dans un bourg de montagne. Il grandit dans une île ensanglantée par les raids des Turcs et des Barbaresques, puis par l’armée génoise qui cherche à annexer le territoire. Entre deux batailles, il défend sa langue et rêve de partir avec Catalina. La guerre ne lui en laissera pas le temps.

Ma note

★★★ (bien aimé)

Ma chronique

La grande épopée corse

Marc Biancarelli nous entraîne en Corse, au XVIe siècle. Sur les chemins escarpés de montagne, on y suit Fioravante parti rejoindre les défenseurs de l’île face aux envahisseurs successifs. Une épopée pleine de bruit et de fureur qui va construire une identité.

Nous sommes en Corse, dans un gros bourg de montagne. En consultant les archives, on découvre cet acte de naissance : « Au dixième jour de juin 1544 a été baptisé en l’église Saint-Jean par moi, père Paduvanu recteur de cette église, un fils de Baldassaru de l’Arcinivala et de son épouse Ginebra et on lui a donné pour nom Fioravante. Le parrain est Carrancione, la marraine Fasgianella, tous demeurant en cette piève. » C’est ce garçon qui va se retrouver au cœur d’une épopée, qui va traverser des années de guerre, qui va témoigner des combats qui ont façonné la Corse. Son premier fait d’armes est d’avoir occis un Turc venu piller son île. Des envahisseurs qui n’ont pas la connaissance de la topographie de l’île. Ainsi, L’Arcinivala n’est pas qu’un décor, c’est un organisme vivant, défendu par la nature elle-même, « enserré dans une étroite vallée dont la plupart des accès consistaient en des passes escarpées et perchées sur des éminences vertigineuses où deux hommes n’auraient pu avancer côte à côte ». On y parle corse, on y braisionne le cerf en secret, on y pêche la truite à la main — a manuta —, et les enfants comme Fioravante, avec sa tignasse rousse et sa petite ombre nommée Catalinaccia, courent pieds nus sur les sentiers de pierre.

Sauf que le pays est loin d’être un paradis. C’est une terre assiégée. Les Turcs rôdent, les Barbaresques débarquent, brûlent, repartent chargés de captifs. Puis vient Gênes, plus redoutable encore, avec ses armées et ses prétentions. La Corse saigne. Les villageois pleurent leurs morts sur ce terrain de larmes. « Ils n’étaient pas parvenus à décimer les Barbaresques, mais ils les avaient harcelés jusqu’à les faire rembarquer », et rentraient au village, exténués et fiers, entre bras tendus et chants de mort que les femmes entonnaient.

C’est ainsi que se construit une nation : par fragments, par résistances, par deuils accumulés. C’est là toute la résonance du titre. Wikipedia définit le roman national comme « la narration romancée qu’une nation offre de sa propre histoire ». Il se construit par la sédimentation d’une imagerie populaire. Marc Biancarelli s’empare de cette définition et la fait exploser. Son roman est ce roman national corse, celui qu’on n’avait pas encore écrit. Épique, documenté, lyrique. Celui d’un peuple qui se forge dans le feu et ne se soumet pas.

Au cœur de ce tumulte, Fioravante souffre doublement. La violence extérieure ne lui laisse aucun répit. Les enrôlements succèdent aux batailles. Son frère Filippone part un matin en lui adressant « un étrange sourire, presque un rictus d’embarras », levant la main en signe d’adieu. Et en lui brûle un rêve simple, presque doux : partir avec Catalina. L’aimer. Vivre. « L’espiègle Catalina est devenue une femme », et Fioravante la regarde, « se reflétant sur le corps dénudé d’une simple déesse », mais la guerre reprend toujours. Chaque fois que l’horizon s’éclaircit, une nouvelle vague de violence le balaie. Les rêves se brisent face aux assauts incessants qui meurtrissent la population autant qu’ils construisent leur histoire.

« Lorsque les Génois s’emparèrent de Porto-Vecchio, ils en exterminèrent la garnison. Mais lorsque Sampieru obtint la reddition de Sartène, il fit exécuter plus de quarante défenseurs en dépit des promesses accordées. » La guerre est sans fin et impitoyable. Ce siècle était fou, dit l’auteur. « Y survivre relevait tout simplement du miracle. » Il n’oublie jamais les sans-grades, « ceux dont nul jamais ne parle », le peuple des campagnes qui « le premier souffrait de ces désastres ».

Biancarelli écrit avec des phrases amples et précises, des images saisissantes, au rythme d’une chronique ancienne. La langue corse affleure à chaque page — andàghjini, invistita, l’ora di mirizia —, comme la preuve vivante que cette culture a existé, résisté, survécu.

Et puis vient cette question, posée en clôture du roman : « Pourquoi les hommes vont-ils en guerre ? Pourquoi choisissent-ils ce théâtre de mort, cette atroce sauvagerie ? Si l’auteur ne juge pas, il dit tout de la complexité humaine, dans sa violence et sa beauté triste.

On saura gré à Marc Biancarelli, un enfant de l’île qui a longtemps enseigné la langue corse avant de fonder les éditions Òmara, de chanter avec sa voix puissante la destinée insulaire, en en explorant ses racines profondes.

Roman national

Marc Biancarelli

Éditions Actes Sud

Roman

192 p., 20 €

EAN 9782330222000

Paru le 6/05/2026

Où ?

Le roman est situé en Corse. On y évoque aussi Gènes et les Amériques et notamment le Pérou.

Quand ?

L’action se déroule de 1544 à 1575.

Ce qu’en dit l’éditeur

En 1564, le bouillant condottière Sampiero d’Ornano, chef de mercenaires, débarque en Corse pour y rallumer les feux de la rébellion. Son rêve, dans une dernière chevauchée personnelle et rédemptrice, est de délivrer l’île de la domination génoise, quasi unanimement exécrée. Le jeune paysan Fioravante et l’indocile Catalina se voient ainsi entraînés, comme l’ensemble de l’île, dans une geste guerrière où se révéleront, bien loin des rêves de liberté et des nobles aspirations collectives, les pires atrocités et les plus viles trahisons dont est capable l’humanité.

Réflexion universelle sur la naissance des nations, sur la langue comme fondement d’un peuple, sur la manière dont les mythes se construisent, Roman national creuse aussi, par sa langue sublime et son souffle prodigieux, la grande question du mal.

Les critiques

Babelio

Les premières pages du livre

« 1

Fioravante

Fioravante, c’est ainsi qu’on le nomma à sa naissance.

Comment le nom de ce paladin imaginaire des Reali di Francia parvint-il jusque dans ces vallées perdues, nul ne saurait vraiment l’élucider, mais les hommes de ce temps étaient bien plus mobiles que tout ce qu’il s’est dit. Guerriers en maraude, déserteurs en fuite, colporteurs égarés ou poètes vagabonds, ils circulaient d’un village à l’autre, franchissaient les gués des rivières et les cols enneigés. Leurs chevaux et leurs mules charriaient d’insolites fournitures, enfouies dans les tréfonds de lourds bissacs en jute, des objets de parure ou des tissus, des fers pour les semailles ou pour la guerre, et les biens immatériels, ceux que l’on dirait chants, ceux que l’on dirait contes, nichaient quant à eux dans la mémoire de pérégrins énigmatiques. Ainsi les récits d’Andrea da Barberino parvinrent-ils mystérieusement jusqu’à l’Arcinivala, comme plus tard ceux de l’Arioste ou du Tasse, que reprendraient, de génération en génération, les bergers ignorants des hautes terres, après qu’ils les avaient entendu déclamer par quelque ménestrel inconnu au détour d’une représentation villageoise.

Des cultures naissent ainsi, surgissant de sombres écritoires pour s’en aller irriguer la conscience en perpétuel éveil des petites gens, les besogneux, les anonymes, ceux que l’on dit incultes mais en qui sommeille cette étincelle supérieure, cette virtuosité insaisissable de ce que l’on appelle le génie populaire. Le chemin inverse est tout aussi possible, une simple rengaine entonnée sur le sentier des labours, aux aires de battage, devenant œuvre de grande poésie, et se faisant trésor de l’humanité entière par la magie de celui qui a su y déceler les magnificences, et les transmettre en les immortalisant au travers de savantes gammes musicales.

Fioravante naquit en ce pays où des hommes misérables s’émerveillaient de ces chants inventés en des terres lointaines. Il naquit dans ces vallées des Deux Pièves que l’on nommait déjà les Terres, comme si elles avaient été au cœur de l’univers, en son centre même, et que tout ce qui en fût extérieur et distant s’en trouvât dès lors revêtu d’une singulière irréalité. Si l’on écrit que des sorcières vinrent se pencher sur son berceau, ou si l’on dit que des sacrifices païens accompagnèrent sa venue au monde, qu’il nous faille comprendre qu’aucune exagération n’accompagne ces énonciations. Elles ne sont que les vérités d’un monde qui fut, et la rémanence d’une théogonie que nul homme n’aurait mise en doute en cette époque où des bandes de contadins masqués – ici appelés culpadori, et ailleurs benandanti – improvisaient encore des guerres symboliques au solstice d’été, un village et l’autre se rencontrant nuitamment aux pertuis des montagnes, et ce pour en découdre à coups de tiges de fenouil ou d’asphodèle. Le sang virtuel et la défaite de l’ennemi, pour nourrir la terre et assurer des floraisons annuelles. Je ne vous parle pas de paysannerie, je ne vous dis pas l’Europe il y a cinq siècles. Je vous dis quelque chose de bien plus ancien, je vous dis un ailleurs dans le temps qui, s’il nous est en tout point ineffable, et aujourd’hui radicalement inatteignable, était pour les gens de ces campagnes d’une absolue concrétude.

Mais puisqu’il était question de Fioravante, et même de sa naissance, attardons-nous sur ces instants, car ils disent en eux-mêmes quelque chose du paysage où il évolua, et ils traduisent l’esprit des hommes et des femmes qui le forgèrent. Ainsi d’anciens registres paroissiaux témoignent-ils de son éveil à la vie, et s’il était banal que l’on utilisât déjà au XVIe siècle le vernaculaire toscan et de rugueuses graphies latines, les assonances corses du texte sont quant à elles moins communes. Les actes notariés de ce temps en étaient pourtant imprégnés, dans une absence de maîtrise qu’aucun des scribes de l’époque ne semble vouloir démentir. Le prêtre qui enregistra le baptême de Fioravante était donc de ces rares lettrés qui, ayant appris des rudiments d’écriture aux écoles pisanes ou ligures, pouvaient malaisément retranscrire les événements du quotidien. Il eût pu s’agir ici d’une élection de chasseur, comme il était procédé dans de nombreuses communautés où le port d’arme était la plupart du temps prohibé, il eût pu s’agir aussi d’un témoignage en sorcellerie, ou d’une dénonciation de concubinage – ce qui pouvait aller de pair –, ou encore, fait plus rare, de la description légiste d’une tête tranchée de brigand, et ce dans le but d’en obtenir une récompense infamante. Mais il n’est cette fois question que du plus banal aléa de la vie, celui d’une naissance, certes censément le plus beau, mais somme toute plus habituel que les croustillantes vicissitudes précédemment décrites. Baptêmes, mariages, naissances, tels étaient donc en réalité les événements que Paduvanu, ce prêtre inconnu de nous, inscrivait jour après jour dans les registres de l’Arcinivala, nous livrant au passage les accents et les vocables que Fioravante entendit en sa survenue. Mais écoutons :

A die 10 iugnu 1544 e statu battizatu ne la iesa sanctu Iuvannj per me prete Paduanu rectore di essa iesa un figlo di Baldassaru da l’Arcinivale e di sua mogla Ginebra e li e statu postu nome Fioravante. Lu cumpare Carrancione, la cumare Fasianella tucti stancti in essa pieve.

“Au dixième jour de juin 1544 a été baptisé en l’église Saint-Jean par moi, père Paduvanu recteur de cette église, un fils de Baldassaru de l’Arcinivala et de son épouse Ginebra et on lui a donné pour nom Fioravante. Le parrain est Carrancione, la marraine Fasgianella, tous demeurant en cette piève.”

Voici donc les quelques bribes que nous ont livrées les archives, et ayant éclairé le lecteur sur ces éléments, évoquons à présent le lieu où tout ceci se déroula. L’Arcinivala était ainsi, à l’époque qui nous intéresse, un gros bourg de moyenne montagne, enserré dans une étroite vallée dont la plupart des accès consistaient en des passes escarpées et perchées sur des éminences vertigineuses où deux hommes n’auraient pu avancer côte à côte. Par le piémont, de rares gués submergés une bonne partie de l’année par des crues impitoyables gardaient le seul sentier quelque peu entretenu qui menait jusqu’à la piève où le village avait été édifié. On aura compris que, par temps de neige, ou de fortes pluies, les entrées vers ces endroits reculés étaient quasiment condamnées, inaccessibles, et encore fallait-il aux beaux jours s’enquérir des sentinelles qui étaient tapies sur le moindre promontoire pour s’imaginer pénétrer plus avant et atteindre les contreforts de la bourgade. Une fois parvenu aux maisons hautes qui s’accolaient les unes aux autres et constituaient une masse défensive infranchissable, le voyageur étranger se heurtait encore à une herse qui protégeait la seule porte de la forteresse. Il serait faux de dire que de cette manière nul ne pouvait accéder en ces lieux, mais convenons que l’autarcie de l’Arcinivala, de même que sa protection, était des plus favorisées par la nature, et aussi par la main de l’Homme, qui avait su s’y adapter et tirer profit de la moindre aspérité d’un paysage dont un épais maquis, et des forêts denses, renforçaient pour les intrus la sensation d’une absolue hostilité.

Des bandes de campagnards errants, dont les terres et les habitations avaient été dévastées par la guerre (celle que l’on nommerait plus tard “des Français”), avaient pourtant trouvé refuge en ces lieux, grossissant la population de la vallée et menaçant le fragile équilibre et les ressources dont la communauté disposait. Ils furent cependant accueillis, et protégés, car attachés aux gens de l’Arcinivala par le sang et divers liens d’allégeance ou de solidarité. Ces malheureux, dont les hameaux avaient été rasés par la République, ou plus précisément par son créancier l’Office de Saint-Georges, n’auraient eu sinon d’autres choix que de mourir de faim, ingurgitant en désespoir de cause des herbes que même les animaux rechignaient à avaler, ou bien encore seraient-ils partis par le monde, comme tant d’autres, s’échouant dans les ports d’Ostie ou de Livourne, ou se condamnant à des destinées de brigandage dans les Maremmes de la Terre Ferme.

Mais le territoire de l’Arcinivala n’était pas que cet obscur décor, ni seulement une terre de relégation pour de misérables fuyards. Derrière les rideaux de végétation dense, des prés verdoyants y étaient labourés depuis des temps bibliques, et sur les inclinaisons mêmes des coteaux rocailleux, des terrasses avaient été bâties, sur lesquelles on semait un excellent grain à la bonne saison. Il y avait même par endroits des vignes ensoleillées d’où l’on tirait un vin que l’on consommait chaud, et agrémenté de miel ou d’épices que l’on importait. Sur tout le territoire, des oliviers avaient été plantés, et l’on en faisait une huile épaisse et vitreuse que l’on destinait tant à la consommation qu’à des ouvrages plus domestiques. Sur les plus hautes terres étaient des châtaigneraies qui fournissaient fruits et farine, et où l’on laissait paître en liberté des porcs qui s’engraissaient des châtaignes abandonnées ou des glands des chênaies. Aux premiers grands froids, ils étaient abattus et transformés en de fameuses salaisons, et leur lard enrichissait les frustes repas et les soupes insipides des saisons à venir.

On ne prétendra pas que le gibier représentait quotidiennement la nourriture du peuple de l’Arcinivala, car celui-ci était le plus souvent repoussé lorsqu’il était nuisible, et la chasse réservée aux notables de la communauté qui s’en allaient même bien au-delà des montagnes à cet usage, en des terres sur lesquelles ils se prétendaient des droits. La vision d’une nation insulaire dédiée en toutes choses à la chasse est d’ailleurs ici trop rétroactive pour être pertinente, et ne chassaient donc ouvertement que les ayants droit, mais quelques sangliers, mouflons, et des merles, ou des lièvres, pouvaient cependant être braconnés à l’insu des puissants. Et des truites, aux robes colorées et aux dorures sémillantes, étaient pêchées à la main ou au filet, sans trop de vergogne, par les bergers et les éleveurs qui délaissaient pour ce faire la garde des troupeaux. Mais si quelque interdiction était formulée aux manants de regarder vers le gibier noble, les seigneurs n’avaient cure des choses de la pêche, tout en ne méprisant pas qu’on leur réservât les meilleures prises.

Et c’est donc là que nous retrouvons Fioravante. L’enfant dans la rivière, le garçonnet à demi nu qui saute d’un rocher à l’autre, traînant sa tignasse rousse tout échevelée, et pénétrant dans l’eau jusqu’aux épaules pour taquiner à la main – à a manuta – les poissons rutilants qui se tapissent tels de mauvais esprits sous les berges du fleuve. Il a plongé le bras dans une caverne, sachant l’endroit propice, et voilà qu’il caresse la proie convoitée avec la plus absolue patience, la plus sournoise délicatesse. La main remonte le long du ventre de l’animal, doucement, l’effleurant presque, puis elle atteint le haut du corps et les ouïes. Là, le gamin resserre son étau, il a appris depuis longtemps, serrant et asphyxiant la bête, puis de manière énergique il la tire à lui et l’expédie hors de l’eau, vers les buissons où Catalinaccia, son ombre envahissante, le surveille et s’esclaffe en accueillant la prise. Si lui n’a que dix ou douze ans, elle est bien plus petite, mais là où il va, elle le suit, et dans sa langue à peine née, qui n’est plus du charabia mais qui garde les sonorités de la petite enfance, elle crie les mots de son admiration.

Plus tard, les voilà remontant vers le village, empruntant des passages rocheux et des brèches dans les buissons qu’ils nomment andàghjini, selon le vocable qui désigne les trouées frayées par les bêtes. Et elles sont nombreuses, sauvages tels de craintifs sangliers, ou semi-domestiquées tels des vaches ou des porcs, des chèvres entravées ou des brebis égarées. Le soir, la vallée résonne des cris des éleveurs, chacun le sien pour rappeler son bétail, sa bande porcine, on nomme ce cri l’addettu, et si les enfants sont pris à l’imiter – au cours de ces jeux où ils attirent les animaux pour les chasser ensuite à coups de pierres – il leur en cuira.

Là, Fioravante et Catalinaccia apparaissent enfin en haut du ravin, sur les pistes étriquées de l’Arcinivala. Le garnement a rempli – nous exagérons un peu – sa musette de poissons frais et grossis par les gobages printaniers. Tous deux vont pieds nus, comme il est de coutume à leur âge, mais la corne sous leurs pas est déjà insensible aux duretés du sol et aux épines. Enfin presque, Catalinaccia freinant leur retour en gémissant et en claudiquant sur une courte distance, avant de s’arrêter pour ôter de ses orteils une malencontreuse branche de chardons.

Chì tù voghi ceca ! “que tu deviennes aveugle !” lance le garçon, qui a déjà intégré depuis longtemps les jurons familiaux, et aussi toutes les circonstances de leur utilisation, notamment celles où il s’agit d’imposer un rapport de domination.

L’impatience de l’enfant est aussi due à l’heure avancée, et même si une liberté quasi totale est accordée aux plus petits le temps que les parents vaquent à leurs tâches quotidiennes, la sévérité est de mise dès lors que la nuit approche et que le retard est flagrant. Et par sévérité comprenons bien des châtiments que les mœurs modernes réprouveraient dans leur globalité, telle que l’utilisation de l’apiacée que tous nommaient alors fèrula, dont la vigoureuse Ginebra – la mère de Fioravante, donc – était une virtuose du maniement. Il fait heureusement jour lorsqu’ils atteignent la herse, qui est levée, mais à peine ont-ils pénétré dans le village qu’une effervescence inhabituelle anime chaque ruelle, et jusqu’à la place centrale où se dirigent des cortèges de villageois.

Il se dit que des hommes de troupe battent le rappel, à grands coups de tambours, et chacun s’affaire pour assister à l’enrôlement.

Ils sont gascons ou provençaux, corses ou mercenaires aux origines indéterminées – peut-être des Suisses ? ou des Allemands ? –, et la plupart portent la demi-cuirasse, la culotte bouffante et le cabasset. Certains, plus rares, sont affublés d’un extravagant morion, à la manière ibérique. Celui qui harangue, un géant blond au regard de fou, est un alfiere à l’accent du Deçà des Monts un soldat de métier à l’évidence, sans doute de ces vétérans des armées italiennes, et sa voix rauque couvre le son des tambours. Il en appelle aux hommes de l’Arcinivala, et à la fière jeunesse, il énonce le danger qui frappe aux portes de la piève, les compagnies génoises qui partout sèment la désolation, et vengent les offenses que les insulaires, alliés de Sa Majesté le Roy, ont infligées à la République. Il énumère des noms de capitaines, comme s’il s’agissait de démons – en tête Cristoforo de Negri – et il désigne à la vindicte d’autres renégats, Francesco Sornacone, Ercole de Gentile, toute une multitude d’infâmes dont les hordes, génoises ou espagnoles, commettent d’indescriptibles crimes partout où elles passent.

Le voici maintenant invoquant les héros, d’une voix vibrante, ceux qui se sont levés contre la tyrannie, débarquant de lointains exils pour relever la flamme de la liberté et dresser haut les armes avilies de l’État cinarcais. Il parle de grands officiers, tel le Romain Giordano Orsini, on dit qu’il deviendra vice-roi de l’île, Jean de Cros et Beaujourdain, à la tête des troupes gasconnes, il n’oublie pas les patriotes, Giacomo della Casabianca, Bernardino et Pietro Giovanni d’Ornano, de tant d’autres… Il prononce enfin le nom de Sampieru, le condottière que chérit la Couronne de France, et qui avant avait servi le pape. À son évocation la foule a quasiment rugi. Sampieru de Bastelica, le vrai maître de l’île, le redresseur de la patrie… On tire à l’arquebuse dans le ciel enfumé, on hurle de rage, certains – certaines – laissent éclater des sanglots délirants.

Des ombres ont frôlé Fioravante, le bousculant presque – les jeunes hommes du village. Et en le dépassant pour aller s’enrôler, son frère aîné s’est retourné et a souri, mais son regard frénétique en disait plus long que des mots. L’enfant le rattrape, il le tire par la chemise.

— Où t’en vas-tu, Filippone ? Où vont les autres ?

— Je vais là où tu iras un jour, quand tu seras grand, tuer des Doria, et des Spinola si je peux ! Et nous allons tous ensemble mesurer le velours des Génois de nos piques, voilà où nous allons !

— Mais que dira notre mère, Filippone, que dira-t-elle ?

— N’aie crainte, petit frère, elle sait déjà, et sinon elle comprendra.

Il l’embrasse et le relâche, puis s’empresse vivement de rejoindre ses compagnons. Dix ou douze villageois, à peine sortis de l’enfance, ont rejoint la troupe, signant d’une croix leur engagement. Pendant les instants de liesse qui s’ensuivent, on prend soin d’abreuver la populace, de flatteries autant que de vin, il faut entretenir l’effervescence et la gaieté, avant que la réflexion ne s’installe, avant que les angoisses ne se diffusent. On ne parle pas des dangers, on n’évoque pas la séparation, mais plutôt on exalte le courage, on parle de courtes missions, de devoir à accomplir avant de rentrer chez soi. Quelques mères, tout de même, se rongent les sangs, assises sur les marches des maisons, ou tournant dans le vide à demi étourdies, à l’écart du cercle festif.

L’aube venue, on n’attend pas le réveil pour décamper. Les enrôlés ont pu rassembler quelques affaires, de menues choses, des couvertures roulées ou des poignards, leur manteau de berger, de quoi manger deux ou trois jours et les voilà partis. Dans les compagnies du seigneur Orsini, on les équipera mieux, ils recevront piques et arquebuses, ou on les affublera de cette lance insulaire qui arme tous les régiments d’Europe, et que l’on nomme la corsesque, a cursesca.

Fioravante les suit de loin, levé aux aurores pour ne rien rater, il les suit tant qu’il peut de ses pas d’enfant. Il entend leurs chants, et les rires insouciants qui s’élèvent du cortège. Il tente de les rejoindre, animé par l’espoir fou qu’ils l’emmèneront, mais n’osant pas non plus coller trop près aux basques des rudes militaires. Il voudrait, aussi, parler à Filippone avant de ne plus pouvoir, afin qu’il le rassure. Où vont-ils réellement ? Cette guerre, est-ce une aventure magnifique, ou comme le disent certains la pire des choses sur terre ? Toi, Filippone, seras-tu un héros ? Ou te feront-ils subir les plus grands des supplices, à la chaux vive, à l’huile bouillante ? Et il est enfin cette question suprême, celle qui par-dessus tout le hante depuis hier au soir : moi, Fioravante… pourquoi donc suis-je si jeune ?

Au détour des Puzzacci, là où baugent les sangliers, le sentier va se perdre au bout de la cluse, ils partiront vers l’aval et il ne les verra plus. Avant de dévaler sur le chemin des plaines, et que le lointain ne l’engloutisse, Filippone s’est enfin retourné. Ayant certainement repéré son cadet depuis un moment, le voici marquant un temps d’arrêt. Leurs regards se cherchent, malgré la distance. Fioravante ne comprend pas vraiment ce qu’il a cru déceler dans les yeux de son frère. Un instant, il lui a semblé que la morgue habituelle qu’il y lisait venait de vaciller. Mais un très court instant, parce qu’un lieutenant a fait signe d’avancer, de manière véhémente, et Filippone s’est remis en marche.

Mais tout en avançant, il se retourne encore dans une demi-volte, et une dernière fois il regarde l’enfant. Lui adressant un étrange sourire, presque un rictus d’embarras, il lève tendrement la main en signe d’adieu. Mécaniquement, mais bien après que l’aîné a eu tourné la tête, et quasiment abasourdi par le son des tambours et des fifres, les voix lointaines qui s’entremêlent ou le cliquetis sourd des cuirasses et des hallebardes, Fioravante lui a enfin répondu.

2

Divination

La nuit pesait lourdement sur l’Arcinivala, et Fioravante dormait d’un sommeil agité sur sa paillasse, non loin de l’âtre où des braises rougeoyaient encore. Dans un rêve, il expliquait à Arrigucciu, son habituel et antagoniste camarade en espièglerie – dans sa langue on disait de tels compères qu’ils étaient cumpagni di balestra, c’est-à-dire “compagnons d’arbalète”, comme s’ils avaient servi dans un même corps d’armée –, il lui expliquait, donc, bien des choses qui à l’état d’éveil auraient semblé on ne peut plus incohérentes. Elles sont à moi, disait-il, évidemment qu’elles me reviennent, tu n’as aucun mérite !

Nul n’aurait pu comprendre de quoi il parlait mais, tout en dormant, il est certain que l’adolescent s’exprimait à haute voix, aussi se vit-il secouer sans ménagements – ce qui d’un coup le réveilla – par une créature dont la masse imposante, dans la pénombre, n’augurait rien de bienveillant.

— Mais qu’est-ce que tu racontes ? Allez, réveille-toi. Réveille-toi, je te dis.

À peine eut-il émergé de son sommeil qu’il découvrit son père au-dessus de lui, Baldassaru le géant, dont la barbe tressée aurait pu être celle d’un Sumérien. L’homme, tout en le secouant vigoureusement, lui imposait d’un doigt le chuchotement.

— Lève-toi sans faire de bruit, mets tes chausses et ta chemise et suis-moi.

— Qu’y a-t-il, père ? J’ai fait quelque chose de mal et vous allez me punir dans la nuit ?

— Mais non, crétin ! Ton oncle, Carrancione… Il a tué un grand cerf, aux aguets de la Chjarasgia, et on a besoin de toi pour nous aider à charrier la bête.

Carrancione, qui était aussi le parrain de Fioravante, était un braconnier émérite, et même si – nous l’avons vu – les interdits concernant la chasse n’étaient en rien comparables dans l’île avec ce qui pouvait se pratiquer ailleurs, les seigneurs de l’Arcinivala étaient des plus sévères – et surtout des plus préleveurs. Plus que la punition, les paysans nécessiteux craignaient plutôt une injuste et inégale réquisition, et il convenait de procéder discrètement afin de cacher le larcin et de profiter au mieux d’une viande si rare et si difficilement acquise. Ils n’en étaient pas à leur coup d’essai, les vieux de Fioravante, mais habituellement c’étaient des sangliers qu’ils traquaient à l’approche ou en se mettant à l’affût. La première pratique était nommée abbrattera, et la seconde vattera, mais quoi qu’il en soit l’abattage d’un cerf était pour eux un fait rarissime, et l’excitation de Baldassaru ne cachait pas le caractère exceptionnel de la chose.

Munis de sacs en peau de chèvre, Fioravante et son père se retrouvèrent donc nuitamment à contourner l’entrée du village et la herse qui était en permanence surveillée. Il leur fallut escalader quelques murets en lisière du bourg, emprunter un ou deux passages secrets, puis ils s’enfoncèrent discrètement dans les sous-bois, simplement éclairés par la lune. Ils parvinrent enfin dans des endroits plus reculés, et plus sauvages, là même où le frère de Baldassaru avait l’habitude de surprendre ses proies, généralement d’un coup de lance, ou bien à l’arc qui demeurait en ce siècle un instrument guerrier ou cynégétique des plus communs.

En arrivant finalement au lieu qu’ils nommaient a Chjarasgia – le Cerisier –, Baldassaru émit un long sifflement, deux fois répété mais pertinemment discret. Il lui fut répondu de la même manière et Carrancione apparut, surgissant des buissons, et leur indiquant sans un mot de le suivre. Il les mena jusqu’à une petite clairière où l’animal majestueux avait été abattu, leur montra les bois impressionnants, puis il insista pour que l’on cesse de se pâmer d’admiration et que l’on s’active au plus vite à dépecer la bête. Ce qu’ils firent dans un silence de cathédrale, et avec une efficacité qui, pour de simples cultivateurs généralement cantonnés aux travaux des champs, trahissait tout de même une certaine habitude. Quand ils eurent fini, et divisé la viande dans leurs sacs, ils se lavèrent méticuleusement les mains dans un ruisseau. Carrancione s’appuya sur sa lance au fer luisant et estima la situation.

— Il se fait tard et le jour ne va pas tarder à poindre. Si nous retournons au village avec toute cette barbaque, on risque de nous surprendre. Montons à la Varmidda, là-haut nous nous reposerons et nous ferons fumer la viande, qui se conservera et que l’on reviendra chercher le moment venu. En cette saison, personne ne monte aux bergeries, nous y serons tranquilles.

Ainsi firent-ils, se mettant en marche à travers un maquis épais qui finirait, après quelques heures, par s’éclaircir et laisser place à une forêt moins dense de pins et de chênes verts. Plus haut se trouvaient les pâturages d’été, que ne fréquentaient plus les bergers transhumants en cette fin d’automne. Gravissant de telles montagnes, n’importe qui s’y serait égaré, y aurait même perdu la vie au bout de quelques jours d’une vaine déambulation, vaincu par la faim et le froid. Eux étaient nés ici, leurs ancêtres depuis trois mille ans et plus y étaient nés également, et chaque sentier, chaque passage d’animal leur était familier depuis toujours. Ils avaient suivi les bêtes, et appris tout ce qu’il y avait à savoir du territoire, des mouvements séculaires d’animaux qu’ils laissaient en quasi-liberté. Ils nommaient invistita ce mouvement perpétuel des troupeaux, et le respectaient en toute chose. Peut-être le mot laissait-il entendre une parenté avec l’idée d’investir un espace, jusqu’à pleinement lui appartenir. Il était une heure, au cœur chaud de la journée, qu’ils appelaient l’ora di mirizia, et c’était l’instant où les bovins semblaient à l’arrêt, comme assoupis, ils firent de même en atteignant les hauteurs de la montagne, peu avant de déboucher sur le plateau où se trouvaient les bergeries de Varmidda – qui tenaient leur nom, comme souvent, d’un simple ruisseau ainsi nommé. »

Extraits

« Ils revinrent tard de la plaine, tous les guerriers de l’Arcinivala. Et le crépuscule tombait sur un terrain de larmes où ne brûlaient plus que de misérables brasiers. Se retrouvant, les villageois s’embrassaient, ils se jetaient dans les bras les uns des autres, certains pleuraient. Des chants de mort, également, et que des femmes entonnaient, commençaient à se faire entendre. Le gras podestat était quant à lui porté sur une civière, un bandeau ensanglanté entourant a tête cabossée. Et Baldassaru et Carrancione marchaient au milieu de la troupe des libérateurs, l’un avançant le port altier, quasi sauvage, et l’autre s’appuyant nonchalamment sur la hampe de sa lance brisée, comme s’il revenait de promenade. Ils n’étaient pas parvenus à décimer les Barbaresques, mais ils les avaient harcelés jusqu’à les faire rembarquer, et avaient obtenu deux prisonniers qu’ils garderaient en otage, en vue d’un échange éventuel à l’avenir. Il était toujours bon de pouvoir négocier dans le cas où les pirates revenaient et s’emparaient d’un des leurs. Des prisonniers, ils avaient appris que l’assaut avait été mené par un renégat corse que tout le monde connaissait, et que les musulmans appelaient Mami Pacha. » p. 37

« Voici que l’enfant que l’on nommait Fioravante est devenu un homme, et nous sommes à la fin de l’automne, en l’année 1563. Avant que les grands froids n’apparaissent, ils sont descendus, les anciens et les jeunes, vers les terres de labour. Les champs et les terrasses ont été préalablement désherbés, désempierrés à grand-peine par les femmes, et il faut maintenant fendre la terre, y semer les grains aux couleurs brunes et rouges, c’est le blé d’ici, le blé des Terres, pour des siècles encore il lèvera, franchira les Saturnales et reprendra vigueur à l’équinoxe de mars. Juillet venu, et malgré les chaleurs, i caldamona, ils iront scier les foins, à la faux, à la faucille, puis ils mèneront les bœufs aux aires de battage, l’arghji, et par grand vent ils broieront les chaumes en chantant des mélopées ancestrales, pour encourager l’animal tirant la pierre, pour ensorceler la pierre et lui permettre de séparer le bon grain de l’ivraie. Ils en feront farine, ils en feront du pain, ils en feront l’un des mille aliments de la subsistance, et il faudra réserver une partie des pour les semailles à venir, il leur faudra puiser dans ce qui jamais ne suffit, et entasser des réserves de grain qu’ils protégeront contre les moisissures, qu’ils dépendront contre la vermine. » p. 41-42

« Et voici donc que l’enfant que l’on nommait Fioravante, disions-nous, est devenu un homme. Mais voici aussi que l’espiègle Catalina est devenue une femme, mais espiègle, malicieuse, ça ne veut plus dire grand-chose à la lueur de ces flammes rougeoyantes, se reflétant sur le corps dénudé d’une simple déesse, et qui s’ébranle et se soulève au rythme du crépitement comme si elle dansait. » p. 49

« Il y eut donc une longue veillée et des chants et des déchirements. Des mises en terre et des adieux. Car d’autres procédaient de même un peu partout dans la vallée, même si les pertes étaient minimes en regard du désastre subi par les Génois. Des mises en terre et des brasiers, des chagrins ravalés et une colère qui d’elle-même se ravivait. On savait que le conflit ne s’arrêtait pas à ce combat, eût-il incontestablement représenté — de mémoire d’homme ou gravé dans les archives — le plus haut fait d’armes jamais perpétré par la nation insulaire. Gênes vacillait, Gênes était à terre, mais des renforts arrivaient par mer à Bastia et la guerre était loin d’être gagnée, il faudrait marcher encore, lutter jusqu’aux limites extrêmes de chaque combattant. Aussi, parmi d’autres, les gens de l’Arcinivala furent-ils de nouveau sollicités pour suivre leur chef suprême, et pendant qu’Antonio de San Fiorenzo était envoyé à Vescovato avec un gros contingent — chargé de verrouiller les accès à l’intérieur —, des officiers passaient dans les rangs et désignaient ceux qui devaient suivre Sampieru dans le Delà des Monts. » p. 131

« Mais ainsi étaient donc ces temps, et partagées étaient les pratiques les plus cruelles qui l’une à l’autre se répondaient. Lorsque les Génois s’emparèrent de Porto-Vecchio, que les Corses avaient réussi à investir, ils en exterminèrent la garnison. Mais lorsque Sampieru obtint la reddition de Sartène, il fit exécuter plus de quarante défenseurs en dépit des promesses accordées. De même avait-il procédé en s’emparant du château d’Istria, et pareillement avaient agi les Génois lorsqu’ils rasèrent son village de Bastelica. La guerre était sans fin et impitoyable, les supplices inhumains. On pendait du côté rebelle et l’on suspendait par les pieds dans le camp d’en face les condamnés que l’on arquebusait avec délectation. » p. 164

« Ce siècle était fou, y survivre relevait tout simplement du miracle.

Mais il me semble avoir suffisamment décrit d’horreurs et bouclé en partie ce que j’avais à dire. L’instant est donc venu de poser la plume, mais avant de ce faire, moi qui ai tellement évoqué les personnages les plus illustres, je voudrais m’attarder un instant sur ceux dont nul jamais ne parle, ceux qui le plus souvent n’avaient rien demandé mais eurent à subir les affres de leur temps. Les petites gens, donc ; le peuple des campagnes qui le premier souffrait de ces désastres… » p. 166

À propos de l’auteur

Marc Biancarelli © Photo Diane Egault

Né en 1968, Marc Biancarelli a longtemps enseigné la langue corse. Il dirige aujourd’hui les éditions Òmara, qu’il a lui-même créées. Poète, nouvelliste, dramaturge et romancier, il est l’auteur de nombreux ouvrages en corse et en français. Il a notamment écrit Orphelins de Dieu (2014), qui a reçu le prix Révélation de la SGDL. (Source : Éditions Actes Sud)

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