Sur Gethen, la planète glacée que les premiers hommes ont baptisée Hiver, il n'y a ni hommes ni femmes, seulement des êtres humains. Des androgynes qui, dans certaines circonstances, adoptent les caractères de l'un ou l'autre sexe. Les sociétés nombreuses qui se partagent Gethen portent toutes la marque de cette indifférenciation sexuelle. L'Envoyé venu de la Terre, qui passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, parviendra-t-il à leur faire entendre le message de l'Ekumen ?
Pourquoi ce livre ? Je connais évidemment la réputation de cette autrice, sans pour autant me donner envie de me plonger dans sa bibliographie. C’est finalement une box littéraire qui aura choisi pour moi puisque je l’ai reçu, y’a de cela déjà à un deux ans. Oui, le livre aura eu le temps de traîner dans ma PAL… Il en sort notamment grâce à un challenge !
Ce qui est étrange avec La Main gauche de la nuit, c’est que j’ai lu le premier tiers d’une traite – bon, j’étais au travail, donc je bossais entre temps, mais sur le temps de mes pauses, plus d’une centaine de pages avait été lue. C’est chez moi le signe que j’accroche bien au ton, aux personnages, à l’intrigue en général. Puis passé la découverte des enjeux, au moment où l’intrigue franchit l’étape de l’apprentissage de l’autre pour se tourner vers quelque chose de plus politique, je me suis ennuyée, avec moins l’envie d’ouvrir le bouquin. J’ai même terminé la fin en sautant les passages descriptifs, que ce soit les états d’âme des personnages ou le décor très figé.
Je reconnais que l’œuvre d’envergure mérite sa réputation. Tout est réfléchi et l’autrice avait une longueur d’avance sur son temps, dans l’acceptation de l’autre, dans l’acceptation des différences et comment respecte les us d’un peuple en l’intégrant à une communauté bien plus immense. L’approche est novatrice, portée par la douceur caractéristique d’une sensibilité toute féminine.
Sauf que je me suis ennuyée. Le propos peut être intéressant, le style doux, j’ai tout de même besoin de rythme ou d’un élément qui va pimper tout ça. Dans ce titre je n’ai ressenti aucune étincelle attisant ma curiosité ou ma sympathie envers les personnages.
Je ne me suis pas du tout attachée à ces derniers. Autant j’éprouve une brève compassion pour le premier haut conseiller du roi, dont la situation allant de mal en pis ne peut que faire réagir, autant les autres m’ont laissé de marbre. Même Genly Aï n’a pas su soulever grande impression chez moi… En réalité, cela donne le sentiment que Le Guin s’est davantage concentrée sur l’élaboration ou la prolongation de son univers et ses réflexions en délaissant totalement la personnalité de ses personnages, choix d’autant plus aisé que le peuple que l’on découvre suit une sorte de vœu collectif dans lequel les émotions, les effusions et le trop-plein de mots sont bannis, parce que les hormones sont organiquement régulées. Il faut aller à l’essentiel en dehors du kemma, cette période où un individu subit la libido et cherche à se reproduire. Forcément que cela facilite grandement le travail de l’auteur, qui peut reposer ses efforts sur cette question pour se pencher avant tout sur le propos et l’intrigue. Personnellement, je ressors frustrée de n’avoir rien éprouvé au cours de cette lecture.
J’ai été perdue dans les points de vue. C'était très clair quand c'était celui du personnage principal, le missionnaire Genly Aï. Quant aux quelques autres sont on a le point de vue, c'était moins limpide.
Je suis allée au bout sans trop de douleur et pourtant j’ai émis beaucoup de reproches. Entre les personnages qui ne dégagent rien au-delà de leur mission respective, l’intrigue qui manque de rythme et le propos à la fois moderne et dépassé, je n’ai pas su tirer mon épingle de cette lecture. Résultat, je me suis lancée gaiement dedans avant de patiner. Encore une fois, j’admets la réputation de l’autrice tout en ayant le sentiment que ses oeuvres ne sont pas faites pour moi.
10/20
La Main gauche de la nuit d'Ursula Le Guin, Le Livre de Poche, 346 p. Traduit par Jean Bailhache, Couverture par Studio LGF © Ekolara / iStock
