Nous, malgré tout de LK Imany

Nous, malgré tout Imany
Résumé :Peuvent-ils rompre les promesses qu'ils se sont faites et façonner ensemble le bonheur dont ils rêvent secrètement ? Amina vient de déménager à Grenoble et elle n'a qu'un but : avoir son bac et bâtir un avenir qui l'aidera à survivre face au racisme et à l'islamophobie. Mais comment faire quand la disparition brutale de sa grand-mère la hante au quotidien ? De son côté, Yahya veut enfin s'écouter. Il souhaite devenir un auteur publié, même si pour cela, il doit braver l'interdiction formelle de ses parents. Et puis, comment se créer une place dans le monde de l'édition quand on est un auteur noir et musulman ? 
C'est lors de ce passage difficile de leur vie qu'Amina et Yahya se rencontrent, ignorant alors que la présence de l'autre va devenir une source de réconfort... et que cela pourrait mener à la plus belle des histoires d'amour.
Mon avis :Quelle histoire !Je dis toujours que la représentation, c’est salvateur, et à la lecture de ce roman, je l’ai vraiment ressenti. J’ai vécu à travers les personnages, leur peine, leur colère, mais aussi les moments de joie, de douceur et de bienveillance qu’ils ont les uns pour les autres. Et ça m’a fait beaucoup de bien.
Ça m’a fait du bien, même quand le texte montre des situations insupportables, qu’on appelle le racisme et/ou l’islamophobie « ordinaire », termes que je réfute parce qu’ils tendent à normaliser des actes profondément cruels. Ça m’a fait du bien de les lire, de me sentir appartenir à un tout, pas juste dans l’idée d’être une victime, mais dans celle d’un groupe, d’un collectif qui subit mais qui déploie une véritable agentivité par sa solidarité, par sa résilience. Ça m’a fait du bien aussi de voir que je n’ai pas été la seule à être confrontée à ça, moi ou mon entourage. Et c’est dérangeant de l’écrire, parce que ça voudrait dire que c’est rassurant de se reconnaître dans des moments de grande violence portés à d’autres. Oui, lire ces scènes de racisme et d’islamophobie est paradoxalement rassurant, parce qu’elles confirment que cette violence n’est pas liée à nos personnes, mais à un mécanisme global qui brutalise nos vies quotidiennement : elles sont systémiques.
Ce qui est décrit ici, ça résonne.J’ai adoré ce titre parce qu’il montre tout un panel de gestes et de situations, et à chaque fois, il y a une réponse.Ça fait du bien de voir des personnages qui restent droits, même quand ils encaissent.
On suit Amina, qui vient d’arriver à Grenoble, avec un objectif clair : avoir son bac et se construire un avenir pour combattre le racisme et l’islamophobie. Et Yahya, auteur noir et musulman, qui veut être publié malgré l’opposition de ses parents et la normativité blanche dans le monde de l'édition.
J’ai aimé la radicalité de l’héroïne et du héros. Ils ne font aucune compromission avec leur éthique, avec leurs valeurs, avec leur manière de vouloir vivre ensemble, face au privilège blanc. Ce sont des personnages d’une grande authenticité, envers eux-mêmes et envers leurs proches. Ils subissent les affronts, des tentatives de marginalisation, mais ils se tiennent debout. Il y a là une forme de résilience, de courage, d’abnégation. Et en même temps, c’est triste à dire, parce qu’ils mériteraient des vies simples, sereines, douces et ordinaires, pas ce combat permanent et cette charge mentale que la société leur impose.
Amina et Yahya, c’est une rencontre qui met des papillons dans le ventre. J’ai adoré la relation qui grandit entre eux. Elle est amenée avec douceur, avec sérénité, dans un cadre qui est aussi celui de leur religion. Il y a une vigilance, une manière de se comporter, mais aussi des pensées, des élans, des hésitations. C’est tendre, c’est juste.
Au-delà de la romance et du contexte de discrimination systémique, il y a des histoires personnelles fortes et profondes. L’histoire est d’une justesse rare sur la santé mentale, bousculée par un stress post-traumatique particulièrement virulent dû à du mépris systémique (ma reconnaissance eternelle pour avoir évoqué le syndrome du méditerranéen !) ; et sur l’orientation, avec la pression de la réussite sociale comme échappatoire, qui en réalité ne met jamais fin aux discriminations.
Ce titre est abouti, par son histoire, par la psychologie de ses personnages, par cette manière presque viscérale de montrer comment, dans chaque instant du quotidien, il peut y avoir une atteinte. L'autrice fait un travail de chef d'orchestre et nous fait une démonstration de l'intersectionnalité.
Pour celles et ceux qui, comme moi, ressemblent aux personnages, c’est une histoire profondément vraie. Une histoire qui ne cherche pas à rassurer ou à expliquer. Ici, le vécu est admis et les réponses sont toujours à la hauteur. Les injustices sont là, vécues. Pas besoin de les décortiquer ou de les analyser pour « valider » qu’une action vécue est discriminante. C’est un récit incarné qui ne cherche pas à rassurer ou à éduquer un lectorat blanc. D’ailleurs, quel soulagement de ne pas avoir de personnage blanc à qui il faudrait justifier l’injustice ! Et ça fait du bien de ne pas avoir à passer par ce filtre, de ne pas avoir à éduquer un regard extérieur.
L’autrice ne chôme pas, elle aborde également la psychologie des communautés, le colorisme, le racisme intériorisé et les dérives de certains discours 2.0 au sein de nos communautés. Rien n’est simplifié. Et c’est peut-être aussi pour ça que ça touche autant. Parce qu’on est dans du vécu, dans du palpable. L’autrice offre une véritable représentation de nos quotidiens, sans filtre et avec une authenticité profonde.
Au plaisir. Nous, malgré tout Imany

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